Message rédigé à l’occasion des actions de solidarité tenues en France les 19 et 20 juin.

Chers camarades solidaires de la lutte de notre peuple :

Recevez un salut fraternel de la part de celles et ceux qui font partie de l’Articulation des mouvements sociaux au Nicaragua : un espace de rencontre où convergent différents groupes en résistance – collectifs féministes, LGTBIQ+, écologistes, peuples des Caraïbes, paysans, mouvements anti-extractivistes, organisations étudiantes et groupes autoconvoqués.

Nous nous adressons une fois encore à vous, en pleine nouvelle escalade de violence politique, par laquelle la dictature Ortega Murillo a détruit la possibilité d’une issue à la crise sociopolitique, cette fois-ci, la voie électorale.

Au sein de l’AMS, nous avions déjà signalé qu’aucun signe réel ne laissait espérer que de véritables élections puissent avoir lieu. L’État policier restait inébranlable, semant la terreur en assiégeant, séquestrant, surveillant et opposant une réponse violente à toute personne qui manifestait. Il y avait encore 124 prisonniers politiques. Dans les territoires paysans et dans ceux des peuples autochtones, loin des caméras et des médias, la violence politique se traduisait, comme avant avril 2018, par des assassinats et des expropriations de terres pour récupérer les biens communs et les octroyer à l’extractivisme minier, à l’agrobusiness de la palme africaine, du bois et de l’élevage.

Les réformes permettant un processus électoral équitable n’ont pas eu lieu, au contraire, c’est une contre-réforme électorale qui a été votée, des magistrats obéissants et en phase avec la dictature ont été élus avec la bénédiction des partis traditionnels ; tout cela dans le but de s’assurer le contrôle et établir les mécanismes nécessaires à une fraude électorale. Ainsi, toute possibilité de constituer une liste indépendante de celle des partis collaborationnistes ou de l’option électorale liée au grand patronat allié à Ortega a été éliminée, marginalisant de fait les secteurs indépendants et émergents.

De surcroît, la dictature a accru la répression. Elle isole et stigmatise ceux qui s’opposent à la proposition de « l’atterrissage en douceur », mise en avant par le grand capital pour pouvoir pactiser avec la dictature, afin de sauver le modèle corporatiste « de dialogue et consensus », mis en œuvre pendant les onze premières années du gouvernement d’Ortega. Tout cela, en échange du maintien des avantages économiques partagés, de l’impunité pour les crimes contre l’humanité commis en 2018 et pour la corruption. En d’autres termes, accepter d’aller aux élections sans aucune condition, en particulier l’exigence la plus importante : la liberté des prisonniers politiques et la levée de l’état policier.

Nous nous trouvons donc face au pire des scénarios, celui de la fraude électorale ouverte et de la continuité du régime, avec un secteur entrepreneurial qui ne se soucie pas du fonctionnement démocratique des institutions. Ce secteur s’est contenté d’une apparence démocratique avec des suffrages vides et de négociations pour la stabilité et la gouvernance qui donnent la priorité à ses intérêts particuliers, lesquels depuis quelques années coïncident avec ceux d’Ortega.

Et comme c’est généralement le cas dans tout État fasciste comme l’est celui du Nicaragua, personne n’échappe à sa violence. Hier ils s’en prenaient aux secteurs populaires et aux mouvements sociaux, protagonistes de l’insurrection d’avril 2018 ; aujourd’hui, ils attaquent ceux qui pensaient qu’il est possible de négocier avec un gouvernement fasciste, qu’on peut lui laisser une porte de sortie digne et une cohabitation, et même des pré-candidats compatibles à un ortéguisme sans Ortega.

Nous observons aujourd’hui que la communauté internationale s’émeut de cette nouvelle escalade répressive. Cette communauté internationale qui a poussé à participer à des élections sans conditions, qui avait besoin de « voir » la fraude pour comprendre que le Nicaragua vit sous une dictature, et ce, bien que les preuves documentées du massacre d’avril 2018, de « l’opération nettoyage » – qui, par les armes, a anéanti des centaines de vies – constituaient des éléments suffisants pour comprendre que nous étions face à un gouvernement illégitime et violent, qui n’hésitait pas à assassiner, torturer, kidnapper et violer des prisonnier.e.s. Cette communauté, qui se préoccupe davantage du maintien des accords commerciaux que de renforcer les droits humains.

Aujourd’hui, nous vous demandons d’interpeler vos gouvernements, de faire pression pour qu’ils prennent des positions contre la dictature. Nous vous demandons de dénoncer le fait que les accords de partenariat avec les pays centraméricains ne protègent pas les droits humains, comme l’affirmaient ceux qui ont promu leur signature, mais favorisent plutôt un modèle de croissance extractiviste, inégalitaire et brutal qui touche non seulement le Nicaragua, mais aussi toute la région, comme le démontre la succession des différentes crises écologiques, sociales et politiques.

Exigez la libération des 134 prisonniers politiques, la levée de l’état policier, le retour des organisations de défense des droits humains, d’une issue sans impunité, qui garantisse une justice transformatrice, qui permette l’avènement d’une République, qui n’a jamais existé au Nicaragua, où règnent la justice sociale, l’équité, inclusive, la liberté et une vraie démocratie fondée sur la souveraineté du peuple, non pas sur des aspirants monarques et sur les élites.

Nous finalisons ce message à nos sœurs et frères de France avec l’espoir de continuer à tisser ce pont de solidarité entre les peuples, entre les mouvements sociaux, qui aspirent à un autre monde possible.

Nous maintenons la ferme conviction que nous sortirons de cette crise socio-politique grâce à la force du peuple et de ceux qui, au niveau international, continuent à soutenir nos revendications, car seul le peuple sauve le peuple !

Articulation des mouvements sociaux

19 juin 2021