Situation politique et élections «européennes».

«Je vous écris une lettre, M. Castaner, répondez-moi s’il vous plaît …»

Les agressions organisées par M. Castaner le 1° mai contre les organisations syndicales ont ouvert une nouvelle phase, avons-nous affirmé, dans laquelle vont se combiner à un degré amplifié crise et décomposition au sommet et mouvements sociaux.

Quelques jours plus tard on pouvait penser que nous avions exagéré, si l’on s’en tenait aux réactions officielles des syndicats eux-mêmes et des partis «de gauche» ou apparentés.

Car après avoir parfois parlé de commission d’enquête parlementaire ces derniers se rabattaient sur leur préoccupation de l’heure : la campagne des élections européennes, laquelle ne comporte pour aucun d’eux la question de la démission de Castaner et encore moins celle de Macron (ce constat vaut pour les listes FI, Génération.s, PS/Place publique, PCF et LO, sans parler d’EELV et sans même oublier le «Parti révolutionnaire Communistes» ).

Quant aux syndicats, Philippe Martinez pour la CGT, à la veille de son congrès confédéral, a écrit une demande d’explication à … Christophe Castaner. Qu’on ne vienne pas dire que les syndicats ne font pas de politique et n’ont donc pas à demander la démission d’un ministre (d’ailleurs, selon P. Martinez, «il y a un problème»: avec qui ? avec le préfet Lallement ; certes …).

Toute lutte de classe est une lutte politique et ce n’est pas pour rien que « Macron démission » est le véritable mot d’ordre de toute véritable manifestation ouvrière aujourd’hui dans ce pays, et pas seulement parmi les gilets jaunes. De plus, la question des libertés démocratiques est centrale pour l’existence du syndicalisme. C’est donc une orientation politique que de reconnaître comme interlocuteur un Castaner qui, ceci dit, n’a pas répondu au secrétaire confédéral de la CGT …

On ne trouvera pas non plus de positions nationales caractérisant la violence policière antisyndicale du gouvernement et en tirant les conséquences du coté des autres centrales prises à partie ce 1° mai, FO (dont le communiqué «déplore et condamne l’enchaînement de la violence dans le cadre de la manifestation syndicale à Paris», ce qui, dans le meilleur des cas, ne veut strictement rien dire), FSU et Solidaires. Concernant la FSU, les premières déclarations de B. Groison ont soulevé des réactions et ont été suivies d’une lettre ouverte au premier ministre, ne s’adressant donc pas à M. Castaner mais à l’ensemble du gouvernement pour exiger «toutes les explications» et «le respect du droit de manifester».

CGT et Solidaires ont refusé de participer à la «conférence sociale» du 6 mai. Tant mieux, mais l’alternative au «dialogue social», c’est non seulement la combativité qui ne manque pas parmi les militants, mais l’unité et la centralisation. Contre qui ? Contre patronat et gouvernement. La lutte des classes est une lutte politique et pour gagner sur les revendications, l’adversaire est politique. C’est incontournable.

De Paris 1° mai à Nice 9 main: le fil des copains et des coquins.

Ainsi donc les choses semblaient reprendre le train-train. Et puis ce fut la grève de la fonction publique du 9 mai. Une grève importante, massivement suivie dans plusieurs établissements publics, lorsque les personnels s’en sont saisis. Mais une grève qui n’avait de sens que dans la recherche de l’épreuve de force avec ce gouvernement qui, par les lois Dussopt de «transformation de la fonction publique», et Blanquer, tente de mener à bien la suite de son entreprise de destruction de tous les droits sociaux.

Et c’est donc là que de petits Castaner ont à nouveau sévi. Ce fut à Nice, et donc de la part de la même bande de copains et de coquins qui s’est illustrée dans les violences, les mensonges et les pressions sur Geneviève Legay. 3 étudiants et un militant connu du SNES-FSU, membre de ses instances nationales au titre de la tendance École Émancipée, militant également de la Roya citoyenne en solidarité avec les migrants, Olivier Sillam, a été agressé de manière organisée par la conjonction de policiers extérieurs à la manifestation et de membres de l’officine Alliance, qui n’a rien d’un syndicat, qui l’avait infiltrée par le biais de la CGC. Son procès pour «outrage» est prévu pour décembre.

Le député Eric Ciotti, leader de l’aile droite de LR, auteur de l’amendement à l’article 1 de la loi Blanquer contre l’école publique qui prétend instituer le drapeau dans les salles de classe, amendement accepté par Blanquer de bon cœur, a appelé à le suspendre de l’Éducation nationale.

Ses collègues et ceux de plusieurs lycées ont tous débrayé le lendemain. Au cas où la direction de la FSU aurait voulu l’oublier, elle apprend là que sa destruction, en tant que syndicalisme unitaire de l’enseignement, est au programme des provocateurs policiers, gouvernementaux et autres LR.

10 jours après ce 1° mai, l’analyse selon laquelle nous entrons dans une période marquée par l’aggravation des affrontements et de la crise de l’État se trouve donc bel et bien confirmée.

Alors, ces Européennes ?

Ce constat fait, il nous faut à présent, tout de même, parler un peu des élections européennes !

Si nous l’avons peu fait jusqu’à présent, ce n’est ni par dédain «gauchiste» des élections, ni par désintérêt des «affaires européennes» qu’en fait nous abordons souvent, car il le faut.

C’est pour une raison beaucoup plus simple, une raison qui doit constituer le point de départ de toute analyse sérieuse des conditions de ce scrutin : il ne s’inscrit en rien dans le cours «naturel» des affrontements sociaux, ne pèse pas sur eux (à la différence de présidentielles, de législatives ou de municipales), et, moins que jamais cette fois-ci alors que pourtant jamais il n’a soulevé passion ou enthousiasme, ce scrutin n’est saisi par la masse de toutes celles et tous ceux qui ont, depuis des mois, fait grève et manifesté, occupé des ronds-points et protesté, comme susceptible de leur apporter quoi que ce soit.

Le mouvement réel va vers l’abstention avec un naturel que confirment d’ailleurs les sondages, puisque c’est l’électorat potentiel des listes dites «de gauche» qui se détourne le plus de ce scrutin.

En aucun cas on ne saurait lui donner tort ! Si encore la campagne des élections européennes consistait, ne serait-ce que pour une seule des 4 à 6 listes «de gauche» ou peu ou prou issue du mouvement ouvrier, à agir pour chasser Macron, en appelant à l’unité dans une manifestation place Beauvau exigeant déjà la démission de Castaner, la situation s’en trouverait modifiée.

Mais justement non: la campagne des élections européennes leur sert à tous d’alibi, à la fois pour cultiver une division qui n’est même plus désespérante, mais seulement agaçante, et pour ne pas poser les questions réelles,c’est-à-dire la question du pouvoir en France – une vraie «question européenne», pourtant, que l’on ose prétendre le contraire!

Précisons au passage que la rhétorique sur «votez pour nous pour faire de ce scrutin un référendum anti-Macron», initialement lancée par la FI, n’y change strictement rien et peut d’ailleurs justifier tout autre vote, dont celui pour le RN qui le revendique aussi. Dans tout le pays les manifestations scandent depuis des mois, elles, « Macron démission ».

Un scrutin taillé pour Macron quel qu’en soit le résultat …

La division de «la gauche» est une composante écrite par avance du tableau, qui va avec la fonctionnalité, tout aussi écrite par avance, que ce scrutin doit avoir pour Macron.

Il s’agit de le présenter comme ayant franchi l’étape du printemps 2019 après la crise pré-révolutionnaire de la fin de l’année précédente, cela en le posant de manière précaire, mais répétée car il n’a pas d’autre fétiche politique à mettre en avant dans l’électorat (tout le reste, «jeunesse», «nouveau monde», «disruptivité»… a fait flop jusqu’au fond du caniveau) comme le seul rempart possible au RN (y compris au RN complété des listes de Dupond-Aignan, Philippot, Asselineau, et des groupuscules racistes ou «royalistes» qui ont aussi présenté des listes), ainsi que, plus largement, le rempart international, le rempart interplanétaire, face à, excusez du peu, Trump, Poutine, Erdogan, Orban, Salvini …

De ce point de vue, l’enjeu n’est pas de savoir si la liste «Renaissance» (LREM-MODEM, plus éventuellement la liste de l‘UDI) sortira derrière ou devant le RN. Dans les sondages c’est le yoyo entre elles, et les médias voudraient en faire un suspense haletant pour les foules, qui s’en moquent: elles ont bien raison.

Elles ont raison parce que si les macroniens sont devant l’extrême-droite au sens large ou les prétendus «souverainistes de droite», cela profitera à Macron.

Mais si les macroniens sont derrière les mêmes cela profitera aussi à … Macron.

Dans le premier cas, il se présentera comme le bouclier qui a gagné et il passera à la casse de la fonction publique et des retraites.

Dans le second cas, il se présentera comme la dernière chance du genre humain … et il passera à la casse de la fonction publique et des retraites !

Alors que dans un cas comme dans l’autre, le total des deux «camps», l’union nationale autour du président Macron et l’union nationale soi-disant souverainiste de droite, est minoritaire.

La majorité ne votera pas, et, outre LR qui verse de part et d’autre, le total des intentions de vote à «gauche» dépasse chacun de ces «camps» alors même que la majorité de cet électorat ne votera pourtant pas.

On doit d’ailleurs noter au passage que, tandis que s’exhibent la décomposition au sommet de la FI et l’effacement du PS voulu par sa direction, cette campagne permet au PCF une sorte de recomposition en tant que parti, phénomène réel mais limité, qui ne modifie pas l’analyse d’ensemble faite ici de la place de ce scrutin dans la lutte des classes.

Dans un cas comme dans l’autre, les chances réelles de Macron de réussir la casse de la fonction publique et des retraites, ou non,dépendent de la lutte des classes directe.

mais qui voit quand même la campagne Macron prendre l’eau !

Or celle-ci l’a déjà beaucoup usé et l’a conduit à la répression, à l’État de non-droit en train de se systématiser, à la V° République crépusculaire. Et cela se répercute sur la campagne de LREM. Le nécessaire se réalise par le biais du contingent, c’est bien connu. En l’occurrence, le contingent s’appelle Mme Nathalie Loiseau, tête de liste.

Comme la barque est chargée!

C’est une ancienne du GUD (car c’est cela que signifient les informations sur ses «erreurs de jeunesse avec des copains»). Elle ne veut que des migrants «sincères» et «qui ont été invités». Quand elle veut la jouer féministe elle ne trouve rien de mieux à dire qu’en politique les femmes ne devraient pas être traitées comme le sont «les romanichels». Et quand elle parle d’accélérer le rythme de la campagne pour faire plaisir au chef, le mot qui lui vient est Blitzkrieg. Quand paraîtront ces lignes, elle pourrait bien en avoir encore sorti une belle …

Sous ces anecdotes perce la nécessité : il est désormais impossible de faire croire que le populisme «extrême-centriste» de Macron puisse être en quoi que ce soit le rempart au populisme de droite des Le Pen et autres énumérés plus haut puisqu’il est leur frère jumeau.

Par conséquent, la propre campagne macronienne est en train de dériver et de se décomposer, à l’image de la dérive du pouvoir exécutif auquel cette campagne est suspendue.

A la grande fureur de Macron, comme le raconte le Canard Enchaîné, les Raffarin et autre maire de Bordeaux, gros poissons venus de LR, qui avaient annoncé le soutenir, ce qui était un choix politique majeur et de poids, affichent maintenant un profond silence. Quant à celui qui l’a fait roi, Gérard Collomb, il répond à la question d’un journaliste sur la situation de Macron, avec laconisme façon Droopy (le personnage de Tex Avery) : «il est en difficulté». Autre question : voterez-vous pour sa liste ? Je vous réponds oui parce qu’il me l’a demandé, réplique en substance ce grand comique involontaire … qui ajoute «il faudrait que M. Castaner soit inattaquable»!

Il est donc possible, finalement, que même ce scrutin «européen» programmé entièrement pour que le seul vainqueur en soit Macron, que sa liste soit devant le RN ou qu’elle soit derrière, finisse par l’affaiblir un peu plus encore !

* * *

Dans ce cas, ce sera le résultat des affrontement sociaux et de leurs répercussions électorales. Des camarades, des lecteurs de notre blog vont refuser de voter ou vont voter pour telle ou telle liste issue du mouvement ouvrier. L’important est que ce scrutin ne parvienne pas à ralentir la lutte des classes de celles et de ceux d’en bas.La question politique déterminante est bien de s’organiser pour centraliser ce combat contre l’exécutif.

11-05-2019

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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