LA MESURE DE LEUR CRISE – Billet du 21 mars 2019, 23h59.

La plupart des commentaires politiques ne relient pas encore ce qui doit être relié, à savoir le développement rapide de la crise de régime cette semaine.

Premier moment : les manifestations du samedi – non seulement « le saccage des Champs Élysée » mais les manifestations de la jeunesse « pour le climat », c’est-à-dire contre le système social qui détruit nos milieux – remettent les pendules à l’heure. Macron, Philippe, Castaner et toute la bande n’ont pas « repris le dessus ».

Aussi incroyable que ceci puisse sembler, en tout cas d’après la presse réputée informée comme le Canard Enchaîné, ils l’avaient cru et Macron était parti skier, et Castaner faisait, comme on l’a su, la bringue …

 Il semble en effet étonnant que ces messieurs n’aient pas vu venir la reprise des manifestations parisiennes massives ce samedi avec leur tonalité d’affrontement avec l’appareil d’État. Cynisme et mise en scène ou véritable bêtise aveugle ? Quoi qu’il en soit, leur story-telling à partir de samedi soir est parti en vrille.

 Après des rumeurs de démission de Castaner, on apprend que celui-ci va pondre, à chaud et en une nuit, une « nouvelle doctrine du maintien de l’ordre ». C’est le second moment de la crise : lundi, Castaner pond, et on n’est pas déçus. Qu’est-ce qui a affaibli le « maintien de l’ordre » ce samedi ? Mais c’est la modération dans l’emploi du LBD ! Et que faut-il pour « maintenir l’ordre » ? Des équipes rapprochées façon cow-boys-BAC et des drones !

Le message à peine subliminal envoyé sciemment par l’exécutif est : « nous pouvons tuer, nous allons tuer« . Peut-être estiment-ils qu’il faut accoutumer au meurtre, après avoir accoutumé à l’énucléation, pour pouvoir continuer à aller cahin-caha, dernier exécutif d’un régime en quenouille, missionné pour casser la fonction publique, casser l’école, casser les retraites, casser tout court, et puis le déluge ?

Associé à ce message à peine subliminal, la purge à la préfecture de police de Paris. Le préfet Delpuech et sa Direction de l’ordre public sont purgés, c’est le mot, avec une violence rarement vue même sous la V° République. Ils sont accusés de … laxisme. Delpuech est remplacé par le préfet de Bordeaux, capitale des violences policières depuis des semaines, Lallement. Dans les bureaux de Beauvaux, Delpuech était surnommé Louis XIV mais Lallement arrive avec le surnom de l’ayatollah. Il est fait appel à l’ayatollah des violences policières bordelaises après que, selon le Canard Enchaîné, le Directeur général de la police, Eric Morvan, ait refusé le poste, ce qui n’est pas non plus ordinaire.

Ces éléments prononcés de crise dans l’appareil d’État renvoient officieusement à l’affaire Benalla. L’équipe préfectorale avait en effet, lors des auditions parlementaires,contribué, volontairement ou non, à placer peaux de bananes et contradictions sous les versions élyséennes successives concernant les frasques de celui qui était promis à commander la garde prétorienne de Macron 1°.

Du second moment de la crise, on passe vite au troisième moment. Ou plus exactement, entre le lundi et le mercredi, il y a eu le mardi, avec, se saisissant de la journée d’action lancée par les directions de la CGT et de FO et répercutée dans leur secteur par les syndicats de la FSU, la claire poussée vers la grève unie dans l’enseignement public. Blanquer, le beau ministre techno qui n’était pas grillé, est en voie de l’être. Qu’à cela ne tienne, mercredi, donc, Castaner en rajoute une : il sera fait appel à l’armée, dans le cadre de « Sentinelle » c’est-à-dire de l’ « anti-terrorisme », dès samedi prochain.

Il fallait entendre le discours de ce jeudi matin, où Castaner, réceptionnant Lallement, a annoncé que l’armée aiderait au « maintien de l’ordre », étant entendu que sa mission n’est pas « le maintien de l’ordre ». Comment l’armée va-t-elle concourir à une mission qu’elle n’a pas à accomplir ? Mystère. Tout est possible, en somme …

Officieusement, il est d’ailleurs notoire que ce complément du mercredi, apporté à la prétendue « nouvelle doctrine » du lundi, l’a été sous la pression d’Alliance, qui n’est pas un « syndicat », mais une officine policière au rôle central dans l’appareil du ministère de l’intérieur, truffée d’éléments liés à l’ultra-droite, l’extrême-droite et la droite dure. A noter que la mesure a été communiquée par Macron en personne en conseil des ministres. Macron et Alliance …

Quatrième moment de la crise dans cette intéressante semaine (qui n’est pas finie) : le Sénat demande une enquête judiciaire, dans le cadre, justement, de l’affaire Benalla, non seulement sur les faux témoignages des sieurs Benalla et Crase, mais sur ceux des trois mousquetaires de l’Élysée (on serait tenté de les appeler « les pieds nickelés », mais ce serait manquer de respect à cette vielle bédé bien plus proche de l’esprit gilet jaune !) : Alexis Kohler, Patrick Stroszda et Lionel Lavergne. La garde rapprochée de Macron, encore et toujours, la camarilla.

Or, sous-titres et rumeurs en étaient sûrs jusqu’à jeudi : Gérard Larcher, le président du Sénat, aurait réussi à calmer sa « base » et avait garanti à l’Élysée que le renvoi à l’institution judiciaire serait limité à Benalla et Crase, parce que pour ceux deux là, c’était vraiment impossible de faire autrement – et attendu que le Sénat ne dit mot des opérations tchadiennes de Benalla, qui mettraient en cause à nouveau Macron et les campagnes de bombardements et de contre-guérilla menées au Tibesti, le tout devant rester sujet tabou …

Que s’est-il passé pour que Larcher ne calme pas ses sénateurs, et en particulier pas le dirigeant LR du Sénat, Bruno Retailleau, l’auteur de la loi scélérate anti-« casseurs » ?

Il est tout à fait vraisemblable que nous avons là une conséquence directe des gesticulations de Castaner et de la purge à la préfecture de Paris. Le message est : « Macron, on ne peut pas te remplacer pour l’instant mais décidément, tu est un mauvais Bonaparte qui casse la vaisselle, ça suffit ! « .

Du coup, le Sénat apparaît à bon compte comme le dernier îlot de parlementarisme dans ce régime en décomposition !

D’où le quatrième et joyeux moment de la crise, ce jeudi après-midi Édouard Philippe … boycotte le Sénat, là encore du jamais vu sous la Cinquième (ainsi d’ailleurs que sous la Quatrième et sous la Troisième ! )!!!

Résumons : l’exécutif n’est pas renforcé, et ses initiatives achèvent de déstabiliser le régime, ce que le Sénat lui signifie, non dans l’intérêt du droit, mais au nom de la V° République, lui criant « casse-cou ».

Que ce soit ce samedi ou un peu plus tard dans la poussée vers la grève unie de l’enseignement public et la levée en masse possible de la jeunesse, ce nouvel accoup de la crise au sommet va se traduire dans le mouvement d’en bas.

Macron dégage ! A bas la V° République ! Grève générale ! 

 21-03-2019 à 23h59.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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