Document – Éditorial de Marc Hébert de décembre 2018

Présentation

Nous reproduisons à titre de document le dernier éditorial de Marc Hébert dans le numéro de décembre 2018 de L’Anarcho-syndicaliste, organe de l’UAS (Union des Anarcho-syndicalistes). Cet article illustre que FO est loin d’être un terrain conquis pour les partisans du « dialogue social » voulant poursuivre la politique conciliatrice de l’équipe Mailly face à Macron après l’élection de ce dernier en 2017. Dans le contexte actuel marqué par la crise sociale ouverte par le Mouvement des Gilets jaunes, expression de l’exaspération produite dans de larges couches profondes par l’accumulation de 30 ans de politique libérale, elle-même accentuée par le « président des riches », l’élection de Veyrier en remplacement de Pavageau ne va pas suffire à faire rentrer dans le rang des syndicalistes qui ont envie d’être avec leur classe et pas avec le gouvernement.

Document

CONCERTER ET NE RIEN FAIRE, C’EST CHOISIR LE CAMP DU CAPITAL …

Dans notre dernier éditorial, écrit avant le C.C.N., nous dénoncions l’alliance P.O.I.-Métallurgie qui a abouti à l’éviction de P. Pavageau. Cette alliance de la carpe et du lapin a été suivie d’un combat entre ces 2 groupes pour diriger la Confédération.

Le C.C.N. des 21 et 22 novembre a abouti à l’élection d’Yves Veyrier au poste de Secrétaire Confédéral. élu, mais mal élu: Veyrier: 45,09%, Grolier: 42,65%, Clos: 10,64%, Blanc et nuls: 1%.

Le transfert de voix d’une fédération ou de 3 U.D. de Veyrier à Grolier aurait modifié le résultat des votes. Le décalage est net entre les votes sur les résolutions lors du dernier Congrès: 96% pour, et les votes du C.C.N. de novembre.

Entre la peste et le choléra, il n’y a pas de choix possible.

Les initiateurs de la démission de P. Pavageau savaient qu’en s’alliant, ils verrouillaient la direction de l’organisation.

Fort de ce constat, une fois les élections passées, il faut s’attendre à ce qu’ils renouvellent leur alliance et se protègent les uns les autres, empêchant toute expertise financière indépendante et surtout l’expression de la base des syndicats.

Aussitôt élu, Y. Veyrier a repris les pas de J.C. Mailly et oublié les résolutions du dernier congrès, notamment sa conclusion:

«Compte tenu de l’extrême gravité de la situation et des risques qui se profilent pour les travailleurs, les droits sociaux, notre modèle social et les valeurs républicaines, le congrès considère que la perspective d’une mobilisation interprofessionnelle est aujourd’hui nécessaire, y compris par la grève. Il donne mandat à la Commission Exécutive et au Bureau Confédéral pour prendre toutes les dispositions et initiatives dans ce sens, y compris en lien avec toutes les confédérations syndicales, à la recherche de la plus grande unité possible. Il appelle toutes les structures FO, tous les militants, à rester réactifs et mobilisés. Résister, revendiquer, reconquérir».

Aujourd’hui, la colère s’exprime dans la rue. Certes, ce sont des «citoyens et non des travailleurs», comme certains disent pour se justifier de ne pas y participer. Mais les citoyens ne sont-ils pas, en grande majorité, des salariés, des retraités, des chômeurs? Ne sommes-nous pas salariés et citoyens? Si le syndicat ne peut défendre les citoyens, pourquoi en appelons-nous aux citoyens pour rejoindre nos manifestations et pourquoi se revendiquer de la République? Restons entre syndiqués et attendons… le déluge! La revendication du pouvoir d’achat est celle de F.O. mais aussi des «gilets jaunes». Comment peut-on envisager de s’associer à des syndicats qui valident les projets gouvernementaux sur la sécu, les retraites, le chômage, la formation professionnelle et mépriser les hommes et les femmes qui sont dans la rue à crier leur ras-le-bol?

En réponse, alors que les appels de la base se multiplient pour tirer partie de la situation et faire avancer les droits des salariés, la confédération F.O. propose l’extension à tous les salariés de la prime transport!

Mais visiblement Y. Veyrier préfère fréquenter les salons dorés de la République et écouter les paroles lénifiantes de Macron et de ses sbires plutôt que se frotter à sa base.

Au niveau de cette base, un constat s’impose: les citoyens en colère (les «gilets jaunes» et ceux qui les soutiennent représentent 80% de la population) dénoncent le décalage entre leur vécu et les discours de nos dirigeants politiques. De la même façon, les syndiqués FO dénoncent le décalage entre la passivité du Secrétaire Général et du Bureau confédéral et leur propre volonté de se battre pour voir améliorer le sort des salariés.

Nos dirigeants politiques et syndicaux oublient que la lutte des classes est incontournable car elle n’est pas un concept mais une réalité et que, nécessairement, ceux qui l’ignorent s’exposent à être renversés.

Sans prédire la suite des évènements, il faut constater que tous les ingrédients d’une situation révolutionnaire sont présents et que les militants syndicalistes doivent choisir leur camp.

Concerter et ne rien faire, c’est choisir celui du capital.

A l’heure actuelle, le gouvernement dramatise la situation à outrance par le biais des médias et appelle les forces politiques et syndicales, le patronat, à l’Unité Nationale.

Rentrer dans cette logique, c’est renoncer à la lutte des classes, c’est trahir la classe ouvrière et accepter le coup d’état.

Marc HÉBERT – 8 décembre 2018

Source : «L’Anarcho-syndicaliste»: L’édition n°207 – décembre 2018

(Sur internet : http://www.uas-pelloutier.fr/ )

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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