Le discours de Macron et la suite à y donner.

Un mot sur la forme : personnage figé, vitreux. Peut-être a-t-il été personnellement affecté par les événements, mais ce qui filtre n’est rien d’autre qu’une volonté d’affirmer la pleine maîtrise de la situation. Exercice de personnalité autoritaire et en même temps compréhensive, qui sonne faux. Cela, les gens le ressentent.

Ensuite, 5 parties dans ce discours.

 1. D’abord la répression, par laquelle tout commence : des menaces ! Pas un mot pour les victimes, pour la grand-mère de Marseille, etc., et un complotisme affiché envers « ceux qui », « certains qui » … « ont voulu détruire la « république » », etc.

 2. Grand numéro de compréhension larmoyante pour les pauvres qui culmine dans l’autocritique feinte (« je regrette de vous avoir blessés ! ») puis qui, combiné au thème initial, se termine dans l’annonce du soi-disant « état d’urgence économique et social » …

 3. S’ensuivent donc les mesures immédiates annoncées :

 – 100 euros de plus pour le SMIC, c’est censé être le point clef. Mais attention : 100 euros « que les employeurs n’auront pas à payer« . C’est donc l’attaque massive contre le salaire brut et donc contre la Sécu et les retraites. Une hausse des salaires payée par les salariés ! De plus, qui va verser ? Sur quelle durée ? … en fait une hausse était déjà prévue : d’après G. Filoche, il n’a « lâché » au final que 23 euros. Fort ! D’ailleurs, il n’a pas dit « le SMIC augmentera » mais bien « le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera » ! Qui plus est, ceci ne concerne pas la fonction publique …

 – les heures sup’ défiscalisées, ce point phare du vieux programme sarkozyste, revient en première ligne. Les Gilets jaunes sur les ronds-points apprécieront : on leur dit de faire des heures supp’ !

 – des primes de Noël au choix des patrons sans impôts ni « charges » : là encore, attaque contre le salaire brut et la Sécu …

 – et l’annulation de la hausse de CSG pour les retraités ayant moins de 2000 euros. Seule cette dernière mesure est un recul réel.

Les autres cherchent à combiner hausses apparentes des bas salaires et attaques contre la sécu et, via les impôts, contre les services publics – ce qui a toujours été le programme de Macron.

 4. Le couplet sur l’ISF : « du temps de l’ISF vivait-on mieux ? » Elle est bonne, celle-là ! Donc pas touche à l’ISF, ni à la TVA, ni au CICE et maintien des allégements cumulés de cotisations patronales …

 5. La péroraison sur le grrrrand débat national, avec évocation rapide de tous les sujets du monde-  dont « l’immigration« , sujet, notez-le bien, qu’il faut « combattre » -, ayant pour fonction de reconstruire sa propre légitimité et dont il sera le « coordinateur« . Au passage, redécouverte de l’existence ces maires.

Nous avons donc trois composantes mêlées : des reculs réels mais très faibles ; une tentative de poursuivre contre la Sécu, les retraites et les services publics qui doit franchement alerter les syndicats de la fonction publique et des services sociaux ; et l’annonce, éperdue, d’un « grand débat national » pour reconstruire non seulement sa propre légitimité, mais celle du régime de la V° République.

A quoi il faut ajouter les silences absolus. Naturellement, rien sur quoi que ce soit qui toucherait aux institutions – le « grand débat » sera totalement cadré par elles, et d’ailleurs, ajoute Macron, « j’en serai le coordinateur » (et il a, au passage, redécouvert l’existence des maires, mais c’est lui qui viendra les convoquer pour les rencontrer !). Et, surtout, rien sur la jeunesse, révoltée, bouillonnante, honteusement réprimée. Ce discours et l’agenouillement collectif de Mantes-la-Jolie sont les deux revers de la même médaille !

La question politique centrale devient plus que jamais celle de la place des organisations syndicales qui ne doivent pas être les relais de cette opération politique. Or, elles le sont : l’indigne communiqué « unitaire » du 6 décembre (toutes les confédérations sauf Solidaires) et ce lundi matin la présence, au coup de sifflet, de tous pour siéger autour du président dans une « concertation » préparant le discours du soir, en témoignent.

Participer, c’est permettre immédiatement que la politique antisociale qui a provoqué l’explosion se poursuive. Il est évident que les grèves appelées par la CGT ce 14 décembre ne seront réussies qu’en opposition à cette orientation. La participation au macronisme moribond, c’est la mort du syndicalisme. La grève générale, c’est la voie de la victoire pour les Gilets jaunes, pour la jeunesse et pour le salariat et les syndicalistes. Et les plus larges masses ont donné un nom à cette victoire : Macron dégage !

11-12-2018.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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