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Manif anti-Bolsonaro à Salvador de Bahia

Il y a, socialement, trois sortes d’électeurs de Bolsonaro.

Il y a bien entendu les « poupées Barbie », comme on dit au Brésil : toute la bourgeoisie, tout le patronat, soutenus par le Wall Street journal, les latifundiaires et leurs sphères d’influence directe, mais il est évident que ça ne suffit pas.

Il y a aussi les « classes moyennes », à savoir surtout des couches qui soit se sont enrichies, soit ont simplement vu leur situation s’améliorer, durant les années Lula qui sont celles d’une « redistribution » qui fut, en fait, un ruissellement permis par les prix des matières premières et de l’agro-alimentaire dans les années 2000-2008, puis qui voient un gouffre s’ouvrir sous leurs pieds avec la crise et évoluent vers la droite dans le cadre des « affaires de corruption ».

Il y a enfin des couches populaires dans les favelas, passées d’un clientélisme à un autre et que le syndicalisme de masse et le PT n’ont jamais véritablement organisées, parmi lesquelles les communautés catholiques de base sont de plus en plus en plus supplantées par les églises protestantes évangélistes et pentecôtistes.

S’ajoutent sans doute à ces trois couches électorales pas mal de fonctionnaires et, bien entendu, le milieu militaire et policier.

Ce que les bolsonaristes préparent c’est la prise d’assaut des organisations ouvrières, paysannes et étudiantes -CUT, Conlutas, MST, MTST, PSOL …- et les agressions sexistes et homophobes généralisées. 

Ces trois ou quatre couches électorales ne forment une majorité potentielle que par la sidération et la démoralisation dans le camp social ouvrier et paysan, déjà marqué par la défaite qu’a constitué le coup d’État à froid contre Dilma et Lula permis par leur politique et perpétré par leurs alliés  -de ce point de vue, on rappellera qu’avant Hitler le mouvement ouvrier allemand avait subi les défaites de Brüning et von Papen ainsi que celle de la confusion du plébiscite rouge-brun en Prusse et de la grève des transports berlinois fin 32.

L’ambiance est telle que ce second tour n’a rien de démocratique : il se fait déjà, localement, sous la terreur, et nationalement, sous la menace d’un coup d’État et d’émeutes si Bolsonaro n’est pas élu. Cela veut dire affrontement dans tous les cas.

Bien entendu, il faut voter Haddad mais ça ne suffit pas. La question des armes dans les luttes sociales en Amérique latine a été présente, mais confisquée par les minorités éclairées. Aujourd’hui la question des armes doit être posée dans les syndicats de la métallurgie et chez les sans-terres notamment, dans les États du Nordeste où Bolsonaro reste minoritaire électoralement et qui formeraient une poche assiégée, de l’extérieur et, de l’intérieur, par les bandes armées des latifundiaires, s’il est élu. La question des armes doit être envisagée partout, avec des comités unitaires locaux, régionaux, nationaux, préparant la défense contre les bandes armées et militaires.

Il n’y a pas de raccourci, il y a une responsabilité. Non pas pour provoquer, mais pour éviter ou limiter, le bain de sang, résister et contre-attaquer, il faut que les ouvriers, les paysans, les étudiants, aient des armes. L’état d’esprit tourné vers ce combat sera la première arme.

27-10-2018.