Rentrée sociale, scolaire et politique : de la crise au sommet à la crise sociale révolutionnaire

Éditorial du 29 août 2018

Monsieur Hulot.

La démission en direct de Nicolas Hulot,« ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire », protocolairement n° 3 du gouvernement et seul ministre connu nationalement du grand public, personnage clef pour « l’image » de l’exécutif macronien, est un évènement politique important, en cette rentrée, alors même que l’affaire Macron-Benalla ne doit en aucune façon être tenue pour enterrée.

Quels que soient les efforts de l’un et de l’autre pour s’épargner, elle met directement en question les méthodes d’Emmanuel Macron puisque sa cause immédiate semble bien avoir été le fait que le ministre-vedette a été parfaitement méprisé et piétiné – lui aussi, même lui.

Mise en place des conditions de l’affrontement.

Outre qu’elle souligne le fait qu’un pouvoir exécutif capitaliste n’est pas et ne sera jamais le moyen de contrer la crise climatique causée par le capital (voir notre article du 10 août dernier), cette démission relève des mêmes causes profondes que l’affaire Benalla, élément comme elle de la crise de régime qui vient : le corps social n’a pas été brisé par les premières et violentes offensives de l’exécutif macronien, il s’apprête à résister et à contre-attaquer, la conscience étant là, surtout dans les couches les plus exploitées, que toute lutte partielle est un début d’affrontement avec l’ensemble du système politique en place.

Sur la question des retraites, sur la question du statut de la fonction publique, sur la question de la défense des libertés démocratiques, cette rentrée est grosse des plus grands et prochains affrontements.

Ce gouvernement doit attaquer et, comme il était prévisible, ses mesures de compression des salaires réduisent encore ses ressources et le poussent à frapper plus vite, plus dur et plus fort au moment précis où il se fragilise. La désindexation des retraites et pensions d’avec les prix annoncée le 27 août donne clairement la couleur : il s’agit de faire baisser les revenus réels de l’immense majorité, donc de cultiver la misère.

La crise en haut, qu’elle se manifeste par l’affaire Macron-Benalla ou par la démission de ce ministre, est un appel à la poussée par en bas.

L’obstacle politique.

Or, l’ensemble des « universités d’été » ou leurs équivalents, dans ce qui est issu de la gauche ou du mouvement ouvrier, semble n’avoir eu pour seul horizon que les élections européennes du printemps 2019 (voire les municipales de 2020 dans le cas du PS), quitte à annoncer que ce serait là l’occasion et le moyen de mettre une « raclée » à Macron. Loin de nous la tentation de négliger les développements politiques autour de ce scrutin, mais en matière de raclée, si on attend jusque là, ce sont les travailleurs, les jeunes, les chômeurs, les retraités, les migrants, qui vont encore la prendre. De plus, les élections européennes sont liées à des institutions antidémocratiques, celles de l’UE, et chacune des dites « universités d’été » annonce sa propre liste, réunissant ainsi les conditions pour affaiblir le plus possible cette hypothétique « raclée » différée jusque là.

La véritable question politique générale, nationale, centrale, dans laquelle est emboîtée celle de ce scrutin qui en aucun cas ne la précède, est immédiate : c’est celle de l’unité dans l’affrontement social, de la grève générale à même de transformer la crise de l’exécutif en crise révolutionnaire débouchant sur la vraie démocratie.

C’est ce décalage entre la perspective politique qu’elles offrent : celle d’aller à un scrutin « européen » qui plus est dans la division et la confusion, et le besoin réel des plus larges masses : l’unité dans l’affrontement social, maintenant, qui nourrit interrogations et crises dans l’ensemble des forces politiques ayant tenu leurs « universités d’été » ou cénacles analogues.

L’inévitable et nécessaire crise de la « France insoumise ».

Cela est particulièrement le cas de la France insoumise, dont le chef suprême combine deux orientations.

L’une vise à « l’unité de la gauche » dans le cadre de la V° République et du respect de la propriété capitaliste, c’est, pour le dire vite, une ligne de « front populaire ».

L’autre, matérialisée par l’invitation de députés LR à ses « AMFis d’été », ou encore dans le soutien de J.L. Mélenchon au mouvement « transparti » et surtout antimigrants fondé en Allemagne par la présidente du groupe parlementaire de Die Linke, Sahra Wagenknecht, Aufstehen (« Debout »), est l’orientation populiste qui a déterminé la fondation de la FI, visant à la liquidation du mouvement ouvrier en organisant contre lui des couches que rebutent (au départ légitimement) les anciens partis bureaucratiques.

Ces deux lignes ne sont pas fondamentalement contradictoires mais leur synthèse est l’apanage du chef bonapartiste de la FI : parmi les militants elles se répartissent de fait en courants, ce qui est interdit à la FI ! La résolution ou la combinaison de ces contradictions s’y faisant toujours par les oukases du chef, ceci nourrit une crise, avec l’apparition, face au « Phi », du « CID »,Collectif des Insoumis Démocrates.

Saluons le fait que la réalité de la lutte des classes a suscité la formation ouverte d’un courant dans la FI où cela est interdit. Raison de plus pour le faire !

Nous aurons bien sûr l’occasion de revenir sur cette crise inévitable ainsi que sur la question politique centrale de l’accueil des migrants, et nous signalons sur la FI l’article du camarade Robert Duguet :

https://blogs.mediapart.fr/robert-duguet/blog/270818/propos-de-la-rentree-des-insoumis-marseille

La forme syndicale de l’obstacle politique.

Les organisations syndicales nationales, confédérations CGT, CGT-FO et CFDT, la FSU, l’UNSA et Solidaires, disent toutes, avec des nuances, que cela va de plus en plus mal pour les salariés, mais aucune action d’ensemble n’est appelée à cette étape et les élections professionnelles du 6 décembre dans la fonction publique semblent être une préoccupation majeure, alors même que la meilleure manière de les préparer et des les gagner serait la mobilisation contre le gouvernement, pour les statuts (rappelons que les instances qui seront élues lors de ces élections verraient précisément leurs attributions lourdement affaiblies par les plans du secrétaire d’État Dussopt et de son ministre Darmanin !).

Il n’empêche que le réel, ce sont les conflits qui n’ont jamais cessé et qui vont à nouveau se multiplier. Le rôle du syndicalisme est de les fédérer, les unir et les centraliser pour qu’ils gagnent, sans se préoccuper de la préservation du pouvoir politique, des institutions et du calendrier électoral. C’est cela l’indépendance syndicale. S’y oppose le « dialogue social » en rencontres bilatérales à Matignon.

Rencontrons-nous.

Le blog APLS, qui s’est élargi dans la dernière période, avec nos camarades de l’Espace citoyen du Val d’Yerres et dans l’ouverture à tous les militants du mouvement ouvrier, ne tiendra pas, quant à lui, d’université d’été ou happening analogue, mais appelle à une rencontre approfondie le samedi 29 septembre 2018 au local Le Maltais rouge, 40 rue de Malte Paris 11°pour discuter de :

  • Comment construire la grève générale et l’unité pour chasser Macron ?

  • Quelle perspective démocratique défendre au niveau national et européen, contre la V° République, et contre les institutions dites européennes aussi bien que les politiques de Brexit et autres «axes» à la Salvini ?

  • Pour les participants le souhaitant, quelles initiatives et mesures d’organisation prendre en commun ?

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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