[Note de présentation APLS : cette initiative dont nous donnons écho ici, est l’exemple type de ce qu’il faudrait déployer partout, à savoir la combinaison de la lutte pour empêcher Macron de détruire la civilisation des services publics, de la Sécurité sociale et du Code du travail, et la discussion la plus large sur l’alternative politique qui nourrira cette même lutte, dont le débouché ne peut résider, selon nous, que dans la réalisation de l’unité pour chasser Macron]

Le samedi 8 juin à Yerres l’Espace Citoyen du Val d’Yerres tenait une réunion sur le thème des services publics en présence de 45 citoyens et militants. Dans notre vie militante, notamment celle de la génération d’après la grève générale de 1968, nous ne comptons plus le nombre de fois que nous sommes descendus dans la rue pour défendre les services publics. Les attaques étaient en général ciblées sur tel ou tel secteur…

Le problème pour l’ Espace Citoyen du Val d’Yerres, association qui intègre dans l’article 1 de ses statuts le point suivant –   « libérer la société de l’impasse dans laquelle l’a plongée le capitalisme… »- c’est bien de partir de cette volonté d’alimenter la discussion pour une alternative politique. Dans les semaines que nous vivons, marquées par une offensive tout azimuth du gouvernement Macron-Philippe-Collomb contre toutes nos conquêtes, il nous a semblé important d’alimenter la réflexion sur les services publics.

Tout d’abord la question d’où viennent-ils ?

Les services publics dits « à la française » se construisent à partir d’une offensive des forces du travail en 1945 contre une bourgeoisie qui, à 90%, avait pactisé avec le régime collaborationniste de Pétain. « Plutôt Hitler que le Front populaire ! » Le magnifique film de Raoul Peck « le Jeune Marx », que nous avons visionné dans une réunion politique commune précédemment, met bien en lumière que le Capital n’est pas autre chose qu’un rapport social : toute l’histoire de la société bourgeoise depuis la naissance du capitalisme est déterminé par ce rapport antagonique du capital et du travail.

L’extension des services publics, bien entendu certains existaient antérieurement, notamment dans l’application du programme républicain sous la IIIème république, est liée à une situation où les forces du travail étaient à l’offensive après la victoire contre le fascisme. Le programme du CNR (Conseil National de la Résistance) en a déterminé les points fondamentaux tout en limitant l’extension des Communs : si l’appropriation sociale des grands moyens de production a été suggérée dans le programme, la composition du CNR et la politique du gouvernement d’union nationale de Charles De Gaulle après l’effondrement du fascisme, va limiter les aspirations révolutionnaires à la nationalisations des grandes entreprises qui ont directement collaborer avec la machine de guerre nazie. Pas question de toucher à la nature de la propriété capitaliste.

La question de l’origine historique induit celle de leur avenir.

Pour l’union européenne et le MEDEF aujourd’hui, pour le néo-libéralisme qui organise une véritable prison des peuples, les services publics dits « à la française » sont une verrue qu’il faut extirper. Tout doit être soumis à la dite « concurrence libre et non faussée » définie depuis le traité de Maastricht. C’est ainsi que la libre concurrence au niveau du rail – dont on a vu les effets produits en Grande Bretagne – a pris pour cible le statut des cheminots. Rappelons que la SNCF a été créée en 1937 parce que les sociétés privées étaient incapables de répondre aux besoins de la population qui les utilisaient.

Les intervenants de notre réunion se sont donc inscrits dans cette discussion en apportant leurs propres interrogations dans le secteur qui est le leur. Dans la santé où la logique de la privatisation asphyxie l’hôpital public et empêche ce dernier de remplir ses missions. Dans l’école publique où les suppressions de postes, la baisse de qualification dans la formation des maîtres, la menace sur leurs statuts s’amplifient : dans cette destruction du service public d’éducation, le capital met en place des initiatives pour investir ce secteur comme un marché. Dans la justice où tout en ne donnant plus les moyens de fonctionner, on se dirige vers une judiciarisation de la vie publique à l’américaine. Dans le domaine du logement social où la politique en direction des offices HLM menace leur propre existence au profit du privé… Pour ne citer que ces quelques résumés d’intervention.

L’ensemble de cette politique déconstruit un modèle de civilisation : la question n’est pas comment demander à ce gouvernement de renoncer à ce qu’il applique – comme si Macron pouvait écouter nos revendications et y répondre – mais quelle société pourra préserver nos Communs.

Si après la manifestation du 26 mai bien des incertitudes planent quant à l’alternative opposer à Macron et au monde qu’il nous construit tout en détruisant la civilisation, la question posée reste bien celle-là. Nul doute que c’est à cela qu’il nous faut continuer à travailler.

Source avec les photos : http://socialisme-2010.fr/blog2016/juin2018.php#juin11