Lever les obstacles politiques pour affronter Macron

La destruction du code du travail et à partir de là de la sécurité sociale et de la fonction publique par Macron, ainsi que les atteintes aux libertés démocratiques (état d’urgence permanent, enfants à la rue …), appellent la réalisation de l’unité la plus large pour affronter le pouvoir exécutif sur tous les terrains – social comme électoral – et le chasser.

Soyons précis : l’affronter centralement et le chasser n’est pas possible dans l’immédiat, en raison d’obstacles politiques qui procèdent des mêmes causes qui ont permis à Macron de prendre le pouvoir.

La présidence Macron a eu et a toujours deux accoucheurs : François Hollande et Jean-Luc Mélenchon.

Le premier, qui au vu de ses récentes déclarations n’a rien appris et rien oublié, a été le pire « président de gauche » ou chef de gouvernement « de gauche » de notre histoire, tous ses prédécesseurs ayant, certes, déjà déçu, mais ayant réalisé quelques réformes sous la pression de ceux qui les avaient mis au pouvoir : F. Hollande, lui, du début à la fin, a systématiquement attaqué les droits sociaux et les libertés de celles et de ceux qui l’ont mis au pouvoir, engageant, avec M. Valls, une opération de destruction de ce qu’est historiquement en France « la gauche » et, avec elle, du code du travail et des libertés publiques, produisant contre eux un affrontement social de portée pré-révolutionnaire durant l’année 2016. La cassure en germe depuis longtemps a été consommée. C’est cela qui fait que le PS à présent ne saurait se redresser et tirer, par exemple, un bilan du précédent quinquennat. Tout au contraire le PS après s’être abstenu sur la confiance au gouvernement Macron-Philippe à l’Assemblée nationale, exclut Gérard Filoche sur un prétexte calomnieux, parce qu’il a incarné la défense du code du travail, pendant qu’un Olivier Dussopt part au gouvernement ou qu’un Jean-Jacques Urvoas, le Garde des sceaux et le ministre de la Justice de l’état d’urgence et de la tentative d’instaurer la déchéance de nationalité, est aujourd’hui accusé d’avoir dans l’exercice de ces fonctions communiqué à son pote de droite Thierry Solère une note sur l’enquête le visant en matière de fraude fiscale, blanchiment et trafic d’influence !

Inutile d’épiloguer ici sur la manière dont F. Hollande a accouché de Macron, la chose est bien connue. Le PS actuel n’est pas l’héritier de l’histoire du mouvement ouvrier dans ce pays, mais le produit annexe inutilisable de cette opération. Par contre, des centaines d’élus locaux et des milliers de militants sont en déshérence. Ils n’ont plus à se déterminer par rapport au PS et à son pseudo-congrès. Il leur appartient de se fédérer pour contribuer, avec d’autres, à l’alternative, et c’est ainsi qu’ils seront socialistes.

J.L. Mélenchon était le mieux placé pour fédérer une alternative politique à Hollande et Valls. Contre ce capital dont il disposait, tout en l’utilisant, il a choisi de tenter de construire une organisation d’un type nouveau, rompant avec le mouvement ouvrier, se voulant au dessus des classes, « construisant un peuple ». Il a de la sorte créé les conditions pour être absent au second tour de la présidentielle, car une approche positive des primaires socialistes et une offensive unitaire aurait sans aucun doute fait de lui le candidat unitaire majoritaire et l’aurait porté au second tour. Ce n’est d’ailleurs pas passé loin, tant était fort le courant social et unitaire qui voulait battre Macron, Fillon et Le Pen et abroger la loi El Khomri que Macron amplifie aujourd’hui par ses ordonnances.

Il s’en est fallu de peu que l’orientation « populiste », anti-unitaire et soi-disant dégagiste, de Mélenchon ne parvienne pas à lui interdire le second tour ! Mais il n’y était pas. Il lui était encore possible d’appeler à battre Marine Le Pen pour défaire ensuite Macron dans les luttes sociales et aux législatives. On sait ce qu’il en a été. L’unité ne s’est rappelée à lui, entre les deux tours des législatives, que pour sauver la possibilité pour la FI de former quand même un petit groupe parlementaire.

Dans les semaines suivantes, alors que se posait la question de la récupération après une défaite politique et sociale, de la défense et du maintien de l’unité contre la loi El Khomri, cette fois-ci contre leur suite les ordonnances Macron, donc de construire l’unité dans la grève et dans la rue pour passer de la défensive à l’offensive, il a alors proclamé qu’il appartenait à la « France insoumise » de tenir la rue, que tel n’était pas le rôle des syndicats sommés de ne pas toucher à l’ordre politique en place, en appelant à un grand rassemblement prévu … le lendemain de l’adoption des ordonnances Macron en conseil des ministres.

L’orientation politique de J.L. Mélenchon mise en œuvre lors des présidentielles, des législatives et de l’adoption des ordonnances Macron, restera comme un cas d’école accablant de dilapidation délibérée d’un capital politique et d’un espoir incarné dans le score, en lui-même considérable et nullement réductible aux « insoumis », de 19,5% au premier tour de la présidentielle. Elle a bien servi Macron, le régime en place et vaut à son auteur de figurer, aux côtés de François Hollande, parmi les parrains du macronisme.

Elle n’est par contre pas parvenue à construire un nouveau mouvement politique de masse de nature « national-populiste » ainsi que l’imaginaient ses promoteurs. Sans un appel unitaire, contradictoire à son orientation, entre les deux tours des législatives, et sans le recrutement pour son groupe de quelques députés élus sur des bases différentes, la FI n’aurait pas de groupe parlementaire. Assurément, les forces fluctuantes qui se sont agrégées autour d’elle restent significatives, et si le 23 septembre a été, politiquement et numériquement, un échec par rapport à l’orientation suivie et aux ambitions affichées, un rassemblement politique de près de 60.000 jeunes et travailleurs contre Macron est quelque chose de tout à fait important. Ce à quoi J.L. Mélenchon et son brain-trust sont parvenus en termes organisationnels n’est pas ce qu’ils prétendaient faire, mais donne un composé instable qui ne tient que par le culte du chef et la chasse aux courants, aux débats libres, l’interdiction assumée de tout mandat démocratique. Ne négligeons pas les dégâts ainsi produits : les mœurs et le vocabulaire du stalinisme d’antan ont largement été recyclés et réactivés. Dans ce cadre, les errances du chef, par exemple hostile à l’auto-détermination catalane puis complice de la faction Talamoni-Simeoni en Corse, conduisent à des phénomènes de décomposition intestine, ainsi entre « pro-Obono » pour qui la « laïcité rance » est l’ennemie n°1, et « anti-Obono » pour qui les « valeurs de la République » sont partagées avec Valls ou encore avec Dupont-Aignant, Asselineau, voire Philippot et au-delà. Initialement, l’espoir populaire qu’il voulait incarner et qui était une réalité, donnait légitimité et ciment au mouvement, justifiant aux yeux de beaucoup de ses membres que l’on passe l’éponge sur bien des choses (Alep !). Mais au fil du temps l’espoir s’avère avoir été instrumentalisé, les rangs se resserrent et le maintien par le chef de la ligne « au dessus des classes et contre les partis » (voire contre les syndicats) conduit à un constat d’inutilité – comme le PS !

Il serait pertinent de le faire, mais nous nous passerons ici de développer la situation spécifique du PCF et des autres courants de gauche et d’extrême-gauche dans ce tableau. Ils ont naturellement leur responsabilité. Mais l’essentiel dans le moment immédiat est dans le diagnostic conjoint de l’irredressabilité du PS et de l’impasse de la FI, deux revers d’une même médaille, qui réunis font obstacle à la fédération des forces militantes décidées à affronter Macron le plus tôt possible et à reconstituer une alternative, qui ne peut se construire que sur cette double rupture avec le monde ancien : ni social-libéralisme, ni populisme, mais la démocratie jusqu’au bout, la démocratie aux postes de commande, le pluralisme et la représentation politique du monde du travail et de la jeunesse !

De ce point de vue, les animateurs de ce bulletin souhaitent participer au rassemblement qu’organise le courant Gauche Démocratique et Sociale le 20 janvier prochain, en disant à ces camarades qu’il ne leur faut plus prendre pour point départ la déploration de ce que « la direction actuelle du PS ne tire aucun bilan du dernier quinquennat«  car tel est littéralement l’essence de cette direction et que tout le monde le sait. Y compris pour regrouper les forces issues du PS, le point de départ doit être : recréer les conditions politiques pour affronter centralement, dans la grève, dans la rue et dans les élections, Macron.

Nous avons bon espoir que ces camarades et des milliers d’autres engagent ce combat là, beaucoup l’ayant déjà engagé. Et si l’heure du peuple, le vrai, celui des exploités et des opprimés, le prolétariat, était pour maintenant ? Il s’agit d’aller plus loin que les comités unitaires divers qui existent déjà et dont l’existence est un premier acquis. Il s’agit d’aller vers des comités d’action pour affronter Macron et les patrons dans la grève, dans la rue, dans les urnes, partout. Il s’agit de faire en sorte que les débats sur le programme ne soient pas un préalable, mais une conséquence de ces regroupements, tendant à centraliser et donc à généraliser les luttes sociales, donc à affronter le régime existant. Il s’agit de porter systématiquement cet objectif et d’associer démocratiquement toutes celles et tous ceux qui le partagent ou qui peuvent y trouver, ou y retrouver, espoir et ardeur.

17-12-2017.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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