La vraie indépendance syndicale et la question politique.

A la veille de la journée d’action du 16 novembre appelée par la CGT, la CGT-FO, la FSU, Solidaires et l’UNEF, le sentiment général parmi les militants syndicaux est qu’elle est nécessaire, importante puisque la ratification parlementaire des ordonnances Macron contre le code du travail arrive, mais qu’elle ne sera pas massive, même si des exemples locaux (participation des salariés d’une PME en lutte pour leur salaire ici, mobilisation des jeunes AED – surveillants – d’un lycée là), sont parfois encourageants.

Le même sentiment prévaut parmi les secteurs syndicaux et politiques qui, à l’appel initial du regroupement « Front social », avec notamment Solidaires, entendent relier cette journée à une « marche sur l’Elysée » samedi 18 novembre. La motivation et la mobilisation de ces secteurs est hautement significative, mais, à nouveau, le sentiment est que si elle est juste elle ne fera pas masse pour autant.

L’importance de la journée du 16, bien qu’elle soit appelée sur un texte national où ne figure pas le retrait total des ordonnances et l’abrogation de la loi El Khomri – avis aux camarades de FO : votre mandat contre Mailly n’était pas celui-là !-, comme l’importance de la manifestation de samedi, est qu’elles indiquent une direction à prendre, une nécessité, sans la réaliser pour autant : celle de la généralisation et de la centralisation des conflits, luttes, résistances, contre le pouvoir exécutif.

C’est parce que les journées d’action successives ne répondent pas à cette nécessité qu’elles ont à nouveau fini par ne plus être suivies. Le moment de la ratification parlementaire des ordonnances appelait une action de grève unie se centralisant contre l’exécutif sur des mots d’ordre clairs : retrait des ordonnances, abrogation de la loi El Khomri, hausse des salaires, annulation de la hausse de la CSG et maintien de la sécurité sociale reposant sur les salaires. Si, « en bas », était ressentie une volonté claire d’unir et de résister, il y aurait du répondant. Si cette volonté n’est pas perçue de la part des directions syndicales nationales c’est qu’il y a un problème politique de leur part, toujours le même : le refus de porter la résistance sociale jusqu’au niveau de l’affrontement central, en lui-même politique, avec le pouvoir exécutif d’Etat, et par conséquent la peur de gagner.

Notons d’ailleurs que les accords signés, en dépit du gouvernement, dans les branches des Transports routiers, des Ports et docks, contredisent bel et bien les ordonnances en préservant la place des conventions collectives de branche dans des domaines essentiels. C’est aussi l’enjeu en cours dans la branche du Pétrole. Mais de tels garde-fous ne tiendront pas si l’ensemble du code du travail est brisé.

La caractérisation politique des directions syndicales faite ici est, précisons-le, exactement l’inverse des critiques largement répercutées et commentées ces dernières semaines, faites par J.L. Mélenchon. Selon lui il faut en finir avec la charte d’Amiens ou avec l’esprit de celle-ci, qui ferait que les syndicats ne veulent pas agir avec les mouvements politiques (ce qui signifie en l’occurrence qu’ils ne veulent pas s’aligner sur le sien), et ceci peut être interprété comme une critique du refus d’affronter politiquement le président et son gouvernement. Mais regardons-y de plus près : la charte d’Amiens (qu’il date au passage de 1905 alors qu’elle est de 1906) poserait problème en raison de l’illusion dangereuse de la « grève générale révolutionnaire ». Cette formule, citée plusieurs fois par J.L. Mélenchon depuis juillet, ne figure pas dans la charte d’Amiens. S’y trouve l’idée de la grève générale abolissant salariat et patronat. Mais la « grève générale révolutionnaire » n’est pas qu’une idée. Lors du mouvement contre la loi El Khomri, sans employer les grands mots, se posait la question de la grève totale de deux-trois jours avec manifestation centrale pour le retrait : ceci aurait abattu le pouvoir en place et ouvert la crise de régime. C’est à cela que s’oppose J.L. Mélenchon. La « manifestation centrale » qu’il invoque est une manif de week-end, pas la centralisation de la lutte réelle contre patronat et gouvernement.

La question centrale est bien politique et appelle une réponse inverse : le respect de l’indépendance syndicale c’est que les syndicats n’aient aucune restriction politique pour gagner, donc que le mouvement social puisse se généraliser et se centraliser jusqu’à l’affrontement nommé avec effroi « grève générale révolutionnaire » par les politiciens de tous bords. Mais pour que la base puisse les contraindre à jouer leur rôle et à être ainsi réellement indépendants il lui faut une perspective politique, car battre l’exécutif Macron pose la question de l’après, de l’alternative. D’où la nécessité et l’importance de la fédération, dans le débat démocratique, de tous les courants qui entendent contribuer à cette alternative.

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