Les besoins politiques du mouvement social.

Une indication.

Dans le cadre des négociations difficiles pour la formation du prochain gouvernement allemand entre la CDU de Merkel, la CSU bavaroise, le FDP libéral et les Grünen, le FDP, qui veut les ministères économiques et sociaux, demande la fin de la loi sur le salaire minimum qui date seulement de 2015, de façon à replonger ceux des travailleurs pauvres créés par le plan Harz-Schroeder au début de ce siècle, qui émergeaient tout juste de la misère et à adresser un signal, n’est-ce pas, à toute l’Europe.

Voila qui donne tout son sens à la tentative de M. Macron d’imposer en France un choc dit de compétitivité, baissant les salaires réels et « transformant », selon ses mots, les rapports sociaux les plus quotidiens, vers plus de brutalité, d’exploitation et d’abandon.

Savoir mesurer le danger.

Les ordonnances contre le droit du travail visent, en s’appuyant sur ce qui avait été amorcé sous Hollande (loi El Khomri), à amorcer cette « transformation ».

Il ne faut pas minimiser la menace immédiate.

Ni jouer à se faire peur : « Mieux que Reagan, plus vite que Thatcher, mieux que Blair, avec un seul texte et en quatre mois, Emmanuel macron va-t-il renverser cent ans de compromis social ? « , écrit J.L. Mélenchon dans son blog (La semaine perplexe, lundi 16 octobre). Reagan plus Thatcher plus Blair, quel hommage à Macron Imperator !

Inutile de se prendre pour Marc Bloch, ceci n’est pas le moment présent : nous ne vivons pas en ce mois d’octobre 2017 la consommation pratiquement acquise d’une « étrange défaite », mais un ressac consécutif au fait qu’après les véritables premières défaites – l’application de la loi El Khomri et la présidentielle Macron/Le Pen – la résistance et la poussée sociales sont pourtant là et bien là.

Premiers résultats et vraies négociations.

D’où des paradoxes qui sont au coeur de la situation.

Répétons-le, les accords signés par les fédérations patronales devant la poussée vers la grève initiée par les fédérations FO et CGT et la porte claquée par la fédération CFDT lors d’une première rencontre chez les routiers, puis dans les ports et docks devant la grève des heures supplémentaires des dockers et la mobilisation interprofessionnelle maintenue au Havre, sont véritablement de premières victoires contre les ordonnances.

Les mots-d’ordre de la CGT du pétrole en Seine-Maritime, qui a adressé un ultimatum au gouvernement jusqu’au 23 octobre exigeant des négociations immédiates visant à préserver la convention collective, autrement dit à neutraliser les ordonnances Macron dans ce secteur, vont dans le même sens.

Nous avons là de véritables négociations, à la grande fureur du gouvernement, comme ceci s’était déjà produit en juin chez les transporteurs de matières dangereuses.

Par contre les séances de « dialogue social » avec Macron, qu’elles soient bilatérales ou multilatérales, ne sont en rien des négociations et devraient être boycottées par les organisations syndicales.

La cocotte est à point : alors ?

Après le succès du 10 octobre dans la fonction publique, les militants syndicaux, qui constituent la couche humaine la plus confrontée aux véritables questions politiques à l’oeuvre dans ce pays, s’impatientent de plus en plus car le Tous ensemble et la grève sont nécessaires.

Certes ils ne se décrètent pas, mais le grand nombre de grèves et de conflits « locaux », ce qui s’est passé chez les routiers, dans les ports et éventuellement dans les raffineries, et le bilan plutôt positif des mobilisations du 10 octobre, sont autant d’éléments qui indiquent qu’un appel confédéral clair au Tous ensemble serait suivi.

Cette situation a conduit des militants, notamment CGT, aussi bien à s’agacer que la journée d’action supplémentaire du jeudi 19 ne soit pas plus suivie, ou inversement à s’agacer du fait qu’elle soit, justement, « supplémentaire ».

Soyons clairs, nous sommes au moment où une décision devrait être prise, un appel devrait être lancé.

Signaux.

L’indiquent d’ailleurs la position du comité confédéral national de Force Ouvrière de fin septembre, se prononçant, contre J.C. Mailly, pour une grève interprofesslonnelle avant la ratification parlementaire des ordonnances. Donc avant le 20 novembre.

Le Front social, que l’on pourrait définir sommairement comme un regroupement d’impatients, appelle à une « marche sur l’Elysée » le samedi précédent, 18 novembre.

Oui, la question qui nous est posée à tous est d’imposer l’unité pour la grève en même temps dans tous les secteurs avec une centralisation, pouvant prendre la forme d’une manifestation nationale, dirigée contre l’Elysée et son assemblée aux ordres.

« France insoumise » contre syndicalisme.

Le fait que les directions syndicales nationales évitent de facto cette centralisation et cette action commune au même moment n’est absolument pas une nouveauté. C’est même à présent un lieu commun.

Mais dans cette situation, l’attaque menée contre elles par J.L. Mélenchon dans ce même billet du 16 octobre a été massivement ressentie par les militants CGT et FO – les deux organisations qu’il cible – comme une attaque antisyndicale. A juste titre.

Car ce sont bien les organisations, traitées par lui de « corps intermédiaires », qui sont la cible de son billet. Pourquoi ?

Le « rassemblement populaire » du 23 septembre, après avoir pleinement aidé à compliquer le premier mouvement général du 12 septembre, a été un échec politique : 55 000 participants c’est important mais ce n’était pas la « déferlante » annoncée par un mouvement prétendant avoir 500 000, voire 7 millions, d’afficionados ! Et surtout ce n’était pas « le peuple en construction », tricolore et en marche (hé oui, en marche …), de J.L Mélenchon, qui n’existe pas, mais simplement une délégation partielle du « peuple de gauche », du mouvement ouvrier, qui a fait cette manif.

Ceci l’avait conduit à évoquer « un million aux Champs Elysée » avec une FI qui consentirait à être « derrière les syndicats ». Après avoir ainsi joué avec l’idée d’une manifestation centrale, le voici qui s’en prend aux syndicats comme tels tout en sonnant la défaite, dénonçant ce « leadership » d’où il ne sort « rien » pour lui opposer le sien, comme s’il en étant sorti quelque chose !

Le sien est pire car il ne veut pas de l’organisation démocratique et de plus en plus, dans la tradition du bonapartisme le plus réactionnaire, il entend dompter les « corps intermédiaires ».

Cela précisément au moment où, la défaite annoncée n’ayant pas eu lieu – elle était prévue par Macron, justement, cette défaite, pour le 23 septembre, lendemain de l’adoption des ordonnances et jour du »rassemblement populaire »  ! – les forces ouvrières cherchent à se regrouper pour transformer l’essai, réaliser l’unité de tous les syndicats en leur faisant jouer leur rôle, pour une bataille qui n’a pas encore eu lieu !

Les vrais besoins politiques de la lutte sociale.

Concernant J.L. Mélenchon et la FI cette confirmation, après les hésitations du 23 septembre, du pli antisyndical dans le cadre de la phrase « antisystème » confirme les risques de dérives mais aussi un tassement du mouvement (1), alors même que le plus large mouvement social, en toute indépendance, se cherche.

De quoi a-t-il besoin politiquement ? Certainement pas de prophètes, Césars, dieux, tribuns, matamores, qui disent mener son combat à sa place voire le remettre à sa place. Mais bel et bien d’une expression politique, nécessairement pluraliste, conjuguant, comme le disait Rosa Luxembourg, lutte, organisation et conscience.

Lutte : pas dans tous les sens mais ensemble, grève ensemble dans tous les secteurs contre les ordonnances, et centralisation, manifestation nationale contre Macron et son assemblée !

Organisation : que les courants, groupes, individus, se fédèrent du niveau local au niveau national pour former des fronts communs contre Macron et sa politique, démocratiques, indiquant la voie d’une alternative politique majoritaire. Cette fédération dessinerait de fait ce qui pourrait devenir un parti démocratique : ni un appareil bureaucratique, ni une ligue plébiscitaire. Des structures élues, mandatées, révocables, des courants explicites. Les « insoumis » peuvent s’y retrouver puisque dans leur grande majorité c’est ce qu’ils ont recherché : qu’ils se libèrent du chef qui leur a enseigné à appeler « tambouille » toute démocratie.

Conscience : s’il s’agit de construire cette représentation politique donc nous avons besoin, sans mettre la charrue avant les boeufs mais sans perdre plus de temps non plus, alors il faut le débat, le débat de fond, irrigué par la rediffusion, non de programmes-recettes miracles que tout groupe est à même de pondre s’il le désire, mais des analyses passées et réelles du socialisme, du communisme, de l’anarchisme et du syndicalisme révolutionnaires. Non pas pour se donner une « identité »,mais pour réfléchir.

Oui, tout cela est difficile. Mais si cela s’amorce la construction ira crescendo.

(1) Tassement accompagné de pugilats publics en l’absence de toute reconnaissance de courants, entre des courants effectifs : non pas ceux supposés exister dans l’ « espace politique du mouvement », mais, pour le dire avec leurs propres termes, les « pro-Obono » et les « anti-Obono » : le populisme peut en effet s’accommoder aussi bien d’une hostilité à la laïcité fantasmée comme « décoloniale », que de la main tendue à ce que représentent les Philippot et les Dupont-Aignan. Les deux peuvent cohabiter tout en se tapant dessus sous l’égide du Chef, tentant mettre tout le monde d’accord en refusant de cohabiter avec M. Valls dans une commission parlementaire, quelques mois après avoir prophétisé sa propre cohabitation gouvernementale avec M. Macron …

* * *

Dans l’immédiat il faut réaliser ce mouvement d’ensemble contre les ordonnances. C’est le mandat du CCN de FO aussi bien que la volonté de Front social. C’est ce que veulent les militants CGT. Mais c’est surtout bien plus vaste.

L’appel de Front social :

Contre la violence tous azimuts du président des riches, nous proposons de riposter en marchant sur l’Élysée le 18 novembre l’avant veille du passage de la loi devant l’Assemblée, tous ensemble, en même temps, au même endroit, le même jour.

Et il est temps

Côté Macron, l’offensive libérale se déploie, des ordonnances à l’Impôt sur la fortune, des emplois aidés à la campagne contre les chômeurs, des aides au logement à la CSG. L’arrogance, l’insulte, le mépris accompagnent les coups.

Côté Résistance, le compte n’y est pas. L’opinion est au rendez-vous, pas la mobilisation. La division règne : journées d’action saute-mouton, négociations séparées, grèves endormies, visites sans mandats chez Macron pour faire semblant de négocier.

Et ça dure depuis juin ! On va passer à l’heure d’hiver, prenons nos responsabilités !

  • Nous marcherons le 18 novembre pour nos exigences fondamentales, contre l’arme de destruction massive qu’est Macron.

  • – Nous participerons à toutes les initiatives jusqu’au 18 novembre en proposant l’unité pour cette marche dont la réussite profitera à tous.

  • – Nous proposerons à tous les syndicats, les partis, les associations et les fronts de lutte opposés aux mesures Macron de participer et co-organiser cette marche

  • Répondons à la confusion et à la division par l’unité, la vraie, dans l’action autour d’un objectif commun : marcher ensemble le 18 novembre contre Macron, pour le retrait de ses ordonnances et toutes ses mesures.

Le passage clef de la résolution du CCN de la CGT-FO de fin septembre :

Compte tenu de la gravité de la situation et des risques qui se profilent pour les travailleurs et les droits sociaux (décrets de mise en œuvre des ordonnances, Assurance chômage, formation professionnelle, service public, retraites), le CCN considère qu’une mobilisation interprofessionnelle avant la ratification des ordonnances est nécessaire. Il donne mandat à la CE, au Bureau confédéral pour prendre toutes les dispositions et initiatives dans ce sens, y compris en lien avec les autres confédérations syndicales. Il demande à toutes ses organisations, à tous ses militants, à tous ses syndiqués de rester particulièrement vigilants, réactifs et mobilisés.

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