Vers le 12 et le 20 septembre

Le cœur des ordonnances projetées, c’est la généralisation, notamment aux salaires, de l’inversion de la hiérarchie des normes en droit du travail introduite par la loi El Khomri. La ministre Mme Pénicaud tente de jeter sur ceci un rideau de fumée : il n’y aurait pas « inversion », mais « clarification », raconte-t-elle. Force est de constater qu’un dirigeant confédéral de premier plan, J.C. Mailly, lui prête main forte : « Au démarrage, nous avons eu le sentiment que, dans l’esprit de la loi El Khomri, le gouvernement entendait donner la priorité à l’accord d’entreprise. », explique-t-il à l’Humanité dimanche du 9 juillet. Au démarrage et pas maintenant ? Plus rassurant, il explique ensuite qu’il n’acceptera pas que les rémunérations et les primes d’ancienneté relèvent des entreprises et pas des branches, tout en se déclarant convaincu que le contenu des contrats de travail ne relèvera pas de l’entreprise (Mme Pénicaud lui a donné sa parole ? …). Mais il explique entre-temps que « La liberté de négociation dans la branche doit être affirmée. », c’est-à-dire que patronat et syndicats pourraient se mettre d’accord, en dehors de la loi, pour faire relever tel ou tel domaine de la branche. Se contenterait-il de cela ?

J.C.Mailly, questionné sur l’appel à manifester avec la CGT, la FSU et Solidaires, de FO Ile-de-France le 27 juin, qualifie celle-ci d’ « initiative isolée à laquelle je n’ai pas participé. » Si l’on consulte les positions des unions départementales FO, on constatera que c’est lui qui est isolé. A terme, pourra-t-il se tenir en dehors de la grève le 12 septembre prochain, dans une situation où la CFDT elle-même qualifie les dernières annonces gouvernementales sur le Compte pénibilité de « droit à continuer d’abîmer la santé des salariés ayant les métiers les plus pénibles » ?

Nul doute que les militants FO ne veulent pas sortir de l’unité contre la loi El Khomri et veulent continuer ainsi contre les ordonnances Macron. La nécessité de la rupture du soi-disant « dialogue social » au sommet est ainsi soulevée avec acuité dans FO au vu de la dérive que le dit « dialogue » suscite chez sont principal représentant. Mais cette question se pose aussi dans les autres organisations, dont la CGT, car si, comme le dit justement P. Martinez, « ce n’est pas de la négociation », alors il vaudrait mieux arrêter les frais tout de suite.

Beaucoup de militants se posent la question de la mobilisation en terme de «vitesse », craignant à juste titre d’être pris de vitesse par Macron à la faveur des mois d’été. Le regroupement « Front social », dont fait notamment partie Info-Com CGT, multiplie les appels à manifester tous azimuts (mais curieusement pas le jour du vote de la loi d’habilitation). Il est clair en fait qu’il n’y aura pas de mouvement d’ensemble en juillet-août du fait de la conquête sociale que sont les vacances et aussi parce que le monde du travail et la jeunesse doivent « digérer » les élections du printemps et du début de l’été. Par contre, en rompant le « dialogue social » au sommet et en mettant le cap sur une grève générale effective à la rentrée, il est possible de permettre le regroupement.

Les grèves localisées sont nombreuses et des combats comme celui de GM&S à La Souterraine ne devraient pas être laissés dans l’isolement de fait. Les salariés menacés de perte d’emploi de cette entreprise de l’automobile ont bloqué pendant deux jours et demi une usine Peugeot dans l’Allier : ils on eu raison, ils ont ciblé leur donneur d’ordre, ils ont bloqué la production, c’est ce qu’il faut faire – n’en déplaise au syndicat maison recruté à FO par l’union locale qui ferait mieux de s’occuper de Mailly. Le rôle des fédérations du privé est de regrouper, de sortir de l’isolement dont elles se sont largement accommodées depuis des années.

Alors, oui, grève générale le 12 septembre, en mettant par avance en perspective la nécessité d’en faire le coup d’envoi de la bataille pour empêcher l’adoption des ordonnances en conseil des ministres le 20 septembre !

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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