Fausse constituante au Venezuela : des leçons pour la France !

C’est un fait : la majorité du peuple vénézuélien manifeste, fait grève, affronte physiquement, au prix de dizaines et de dizaines de morts et de blessés, l’État, l’armée, la police, le parti et les nervis du régime de Maduro.

C’est un fait : héritier du chavisme, bonapartisme national-populiste de gauche qui a eu un grand soutien populaire autrefois et que l’impérialisme nord-américain avait vainement tenté de renverser, ce régime est totalement anti-social, anti-démocratique et anti-populaire.

C’est un fait : les mobilisations contre ce régime, au delà de leur spontanéité et de leur généralisation avérée, sont le plus souvent dirigées par des partis réactionnaires liés à l’ancienne oligarchie et aux propriétaires fonciers, qui veulent reprendre les parts de profits accaparées par la bourgeoisie « bolivarienne » et ses clients. La faute à qui ?

Maduro annonce l’élection d’une « constituante » pour canaliser le mécontentement et brider le mouvement insurrectionnel qui se dirige vers la destruction, ou du moins l’ébranlement complet, de l’appareil d’État, ce dont la bourgeoisie « libérale » et « de droite » qui dit s’opposer à lui, a aussi peur que lui.

Une constituante souveraine suppose qu’elle ne soit pas octroyée par un président-Bonaparte et qu’elle n’ait pas d’appareil d’État au dessus d’elle. La constituante souveraine, comme les soviets et les conseils, est synonyme de démocratie et synonyme de révolution. Ceux qui s’imaginent que l’élection au suffrage universel d’une assemblée souveraine à l’échelle d’une nation est quelque chose de « bourgeois » devraient se demander pourquoi la bourgeoisie en a aussi peur qu’elle a peur des conseils populaires, des soviets, des assemblées d’habitants.

La « constituante » de Maduro n’a rien d’une constituante. Sous le contrôle de l’appareil d’État, des clientèles armées, et du PSUV (la tentative de parti unique chaviste), elle doit être soi-disant plus ou moins « soviétique » en ce qu’elle comporterait non pas des représentants élus par le peuple tout entier, mais des représentants de branches professionnelles, de « communautés », de factions et de syndicats sous contrôle, etc. Ceci n’a rien de soviétique : les soviets sont la réunion directe du prolétariat mobilisé sous la forme d’assemblée et de conseils de délégués élus et révocables. Comme la constituante souveraine, les soviets sont l’expression de la vraie démocratie, celle qui prend le pouvoir. Le point de départ des soviets, ce sont les délégués élus par les assemblées de grévistes. Si des soviets voient le jour au Venezuela, ce ne peut être que contre Maduro, dans les grèves et les manifestations.

Ni assemblée soviétique, ni assemblée constituante, la « constituante » annoncée par Maduro est une manipulation qui prétend représenter tous les groupes sociaux dans l’unité simulée du « peuple » contre « l’oligarchie » dénoncée comme étrangère – impérialiste, yankee et « sioniste » – de sorte que le capital national, à commencer par celui des barons du chavisme, est occulté et protégé. Dans sa conception elle s’apparente donc, fatalement, à la Chambre des faisceaux et des corporations de Mussolini, dans l’Italie fasciste des années 1920.

L’opposition « démocratique » crie à la manipulation mais ne veut pas de constituante véritable pour autant. L’opposition « interne » au régime (voir par exemple l’interview de Stalin Perez Borge sur le site A l’Encontre) en est réduite à vouloir faire de la fausse constituante de Maduro un « espace de débat (…) entre tous les secteurs sociaux » (sic). La démocratie et l’intérêt des travailleurs exigent pourtant une orientation très simple :

Dehors Maduro !

Une vraie constituante, pleinement souveraine, élue au suffrage universel proportionnel partout, avec liberté démocratique et vote libre partout, tout de suite !

De plus, cette exigence démocratique entrerait en résonance avec ce qui se passe au Brésil, où la crise au sommet et la marche à la destitution de Temer posent la question d’élections générales, législatives et présidentielles, immédiates.

Mais au fait, cette histoire au Venezuela n’a-t-elle pas un intérêt politique direct en France aujourd’hui ? Une constituante en France ne saurait en effet, pas plus qu’au Venezuela, être un gadget, une constituante octroyée sans pouvoir réel ou une Chambre de faisceaux et des corporations. Nous assistons en ce moment au spectacle des « groupes d’appui » de la « France insoumise » allant répétant que les élections législatives doivent être un calque des élections présidentielles, ce qui pour eux signifie que les 19,5% de Mélenchon le 23 avril devraient leur appartenir. Mais la démocratie veut, elle, que les législatives ne calquent pas les présidentielles. Elles ont d’ailleurs été mises juste après elle, lors de l’adoption du quinquennat présidentiel par Chirac et Jospin, dans cette intention ! Le programme de la « France insoumise » prévoit une constituante octroyée par le président, qui ne serait pas en même temps législative, qui serait pour moitié tirée au sort et dont les membres seraient interdits d’avoir eu un mandat électif auparavant. Tout le contraire de la souveraineté populaire et de la liberté de choix dans des élections libres, tout le contraire d’une constituante !

Le sort qui risque d’être fait à la pseudo-constituante de Maduro risque de montrer ce qu’il en est, et ce qu’il doit en être, de tels gadgets bonapartistes qui n’ont rien, rien du tout, de démocratique.

Autre caractéristique de ce que doit être une vraie constituante, comme d’ailleurs de vrais soviets : le pluralisme des partis et leur libre confrontation. Ni tirage au sort, ni choix policier : démocratie !

Telle est déjà la leçon du Venezuela, elle est universelle.

21-05-2017.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
Cet article a été publié dans France, Venezuela. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.