Le gouvernement Macron et les élections législatives.

Plusieurs médias et ses propres supporters présentent la présidence Macron en France comme un tournant de l’histoire : la malédiction du Brexit et de Trump aurait été conjurée, le reflux des « populismes » viendrait de la lumineuse et royale France de la V° République, avec son jeune président solaire, ou jupitérien (sic), à la formation philosophique (n’a-t-il point annoté Paul Ricoeur dans sa première jeunesse ? ) que ne signalent pourtant pas ses discours creux.

Le président Macron veut manifestement repositionner favorablement l’impérialisme français dans le cadre d’un partenariat avec l’impérialisme allemand. Son programme annonce la formation d’un budget de la zone euro auquel contribuerait donc principalement l’Allemagne, en contrepartie de réformes dites de structures, visant à la baisse des salaires réels (faussement compensée par la « baisse des charges » détruisant la Sécurité sociale au profit de la CSG, et par la baisse de la taxe d’habitation sapant les finances locales) et une flexibilité accrue du marché du travail.

Autrement dit, il veut taper un grand coup sur les salariés par une sorte de dévaluation interne analogue à celle qu’ont connu les pays méditerranéens, et à laquelle les mesures anti-sociales de Hollande, à commencer par la loi El Khomri dont l’aggravation constitue la trame de toute la politique de Macron, ont pavé la voie.

Et il semble s’imaginer qu’ainsi, l’Allemagne impressionnée paiera … un peu ! C’est là en somme une version inversée, mais analogue, du programme de la « France insoumise » qui prétendait que la puissante France ferait plier l’Allemagne en menaçant de se retirer des traités européens. Toute l’histoire des dernières décennies laisse au contraire penser qu’en essayant de faire plier les travailleurs en France, le capitalisme français ne parviendra pas à se ré-instituer en puissance industrielle exportatrice, sauf dans le domaine, para-étatique et qui lui est désormais indispensable, des armements, mais sapera son propre marché national et s’enfoncera un peu plus.

En résumé : du point de vue la place de la France dans les rapports de force internationaux, la nouvelle présidence « solaire » et « jupitérienne », sans autres atouts réels que ses bombes et sa présence en Afrique, n’est absolument pas en mesure de donner la ligne à qui que ce soit.

Emmanuel Macron a nommé premier ministre un relatif inconnu, mais Édouard Philippe représente parfaitement le deep state de la V° République : il a été Directeur des ressources humaines … de l’UMP, à sa fondation, affectant les permanents en relation avec Alain Juppé, jusqu’à ce que Sarkozy l’écarte, et il a été ensuite lobbyiste d’Areva, la firme liée à l’État qui exploite l’uranium du Niger, fondement de l’industrie nucléaire française – pas seulement le nucléaire civil, seul à obséder écologistes et « insoumis », mais le nucléaire militaire, et nœud central de la présence française en Afrique. Le maire du Havre avec son look de hipster sans scrupule, c’est donc cela.

Le reste est à l’avenant. La ministre du travail Mme Pénicaud était DRH chez Danone et a nommé directeur de cabinet Antoine Foucher, ancien directeur au « social » dans le MEDEF. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, un faiseur clef du produit « Macron », baron régional et potentat local, a nommé à ce poste Stéphane Fratacci, qui l’avait occupé dans le ministère de «l’Identité nationale » de Sarkozy avant d’être un préfet du Doubs expulseur de Roms sous Hollande. La ministre de la Culture Mme Nyssen présente très bien en raison de la bonne réputation intellectuelle de sa maison d’édition Actes Sud, mais c’est aussi un magnat de l’édition en pleines manœuvres de concentration, et l’alliée de la petite église anthroposophique qui déteste l’école publique française.

A ce propos justement, comme on a pu l’entendre récemment en conclusion d’un congrès local de Délégués Départementaux de l’Éducation Nationale, le ministre de celle-ci, M. Blanquer, n’a pas un vocabulaire comportant les mots « école publique » : cet idéologue du droit et de la décentralisation a d’ailleurs déjà été le ministre réel, celui des cabinets, sous plusieurs gouvernements précédents, de droite ou de gauche. Avec lui, c’est là aussi le deep state des cabinets ministériels qui s’affiche ouvertement (il y a à cela un précédent à l’Éducation nationale : il s’appelle Claude Allègre!).

Ce gouvernement de la « société civile », étant entendu que « société civile » veut dire : énarque ayant pantouflé entre conseils d’administration et haute fonction publique, n’est pas du tout un gouvernement du renouveau.

C’est une synthèse : synthèse de la droite UMP recyclée à laquelle sont confiés les postes clefs de l’Economie (Le Maire) et des restrictions budgétaires (le sarkozyste Darmanin, ministre « de l’Action et des Comptes publics », le ministère de la Fonction publique étant supprimé!), avec la « gauche » des potentats régionaux menée par M. Collomb, le liant du tout étant cette soi-disant « société civile » qui n’est en réalité rien d’autre que le deep state de la V° République obligé de se montrer au grand jour pour prendre directement les affaires en main.

Gouvernement de la dernière chance de la V° République, chargé de la ressusciter ?

Dans le pays, en dehors des candidats macronistes aux législatives et des secteurs du PS qui lui font les yeux doux, ce gouvernement ne fait pas illusion.

Le sentiment du cœur du prolétariat à son égard est parfaitement illustré par l’attitude des ouvriers de GM&S à La Souterraine : s’ils menacent de tout faire sauter c’est qu’ils n’attendent rien de lui.

C’est pourquoi le discours de J.L. Mélenchon, dont les milliers de manifestants le mardi 16 mai ont apprécié la présence ainsi que celle de Philippe Poutou, donnant comme unique perspective une injonction faite à Macron de nationaliser de facto leur usine en affirmant que cela, Macron pourrait le faire, ne correspond pas à leur mouvement réel et, sous l’apparence d’un discours radical, vise à faire reconnaître Emmanuel Macron, nouveau président de la V° République, dont J.L. Mélenchon dit vouloir être … le premier ministre !

L’objectif est donc clair : il faut battre ce président et ce gouvernement, bloquer les ordonnances annoncées contre le droit du travail.

Cet objectif pourrait être atteint aux législatives si les candidatures unitaires et démocratiques opposées au régime de la V° République et à la logique de la loi El Khomri étaient prépondérantes.

Il y en a quelques unes : citons François Ruffin à Amiens, soutenu aussi par une grande partie des socialistes, Sylvain Boudier à Montluçon et Commentry, qui représente un regroupement similaire, ou Caroline De Haas dans le XVIII° arrondissement de Paris, qui représente le mouvement pour l’abrogation de la loi El Khomri contre Mme El Khomri elle-même soutenue par Macron, ou encore Isabelle Attard, élue députée EELV du Calvados en 2012 avec le soutien du PS, qui s’est opposée de bout en bout à la loi El Khomri et à l’état d’urgence et a reçu un soutien unitaire majoritaire à gauche.

Ces quelques exemples montrent que la question n’est pas celle d’une imaginaire pureté idéologique ou programmatique, mais de l’attitude réelle des candidats. Mais ils sont minoritaires.

En effet, deux forces politiques font tout ce qu’elles peuvent pour interdire l’unité dans la clarté, l’unité contre Macron, la loi El Khomri et les ordonnances. D’un côté, opèrent les partisans de Macron jusque dans les sommets du PS, paralysant celui-ci ou ralliant ses candidats à la « majorité présidentielle », parfois affublée de l’adjectif « exigeante », de l’autre la « France insoumise » a décidé, sans y arriver toujours, d’imposer des candidats partout dans une frénésie agressive croissante envers tout pluralisme, tout parti, tour courant politique organisé – allant jusqu’à présenter une candidature dans le XVIII° arrondissement parisien, faisant ainsi le jeu de Mme El Khomri dont la candidature avait pourtant été martelée pour dénoncer Benoit Hamon aux présidentielles …

Tels sont les obstacles qu’il faut aujourd’hui combattre : celui de la confusion avec Macron et celui de la division, mais une division dont la nature est nouvelle et nous aurons à y revenir : elle se fait au nom d’une force qui entend détruire les partis, qui se veut étrangère au mouvement ouvrier et à la lutte des classes, et qui dit ouvertement vouloir cohabiter, et donc en fait gouverner, avec Macron.

Soyons clairs : si une majorité contre Macron, LR et le FN, et contre les ordonnances, était victorieuse en juin, ce n’est pas la cohabitation dans l’ordre qui serait à l’ordre du jour mais l’affrontement avec une présidence minoritaire et illégitime, et donc la mise en cause de la légitimité de la V° République, maintenant.

Le combat pour cette unité, ou ne serait-ce que le combat pour imposer le débat entre tous les candidats se situant « à gauche contre Macron », pourrait, si une ou plusieurs forces politiques l’organisaient à l’échelle nationale, être victorieux. Quoi qu’il en soit, il prépare directement la suite : l’unité dans l’action de classe contre les ordonnances Macron.

21-05-2017.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
Cet article a été publié dans Editorial, France. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Le gouvernement Macron et les élections législatives.

  1. LOUVIERS-PONT DE L’ARCHE-GAILLON-BOURGTHEROULDE : > UNE CANDIDATURE COMMUNE POUR BATTRE LES MACRONIENS « DE GAUCHE » OU « DE DROITE » Mardi 16 mai, la candidature PCF d’Arnaud Levitre et d’Estelle Couturier a pris une nouvelle tournure. Ils sont devenus officiellement les candidats présentés et soutenus par France Insoumise, le PCF, Ensemble et le NPA.

    18 Mai 2017 , Rédigé par NPA 27 Publié dans #Comité NPA Seine-Eure

    Comment en sommes-nous arrivé-e-s là ?
    >
    > Après le combat du collectif autour des salariés de M-real qui nous
    réunissait pour la première fois, d’autres expériences communes sont nées : la candidature NPA-PCF aux municipales de 2014 à Louviers, le travail commun dans le collectif pour la suppression du péage d’Incarville, dans l’association contre le contournement est de Rouen, dans le collectif contre l’état d’urgence. Nous partons de cette unité concrète sur le terrain des luttes qui a permis d’expérimenter ensemble et de partager nos façons de militer.
    >
    > Puis, la réunion unitaire initiée par le NPA le 2 mai, à Louviers,
    > réunissant 40 personnes (dont des représentants dEELV), a permis de discuter de la possibilité et de la nécessité de partir uni-e-s dans la construction d’une résistance et d’une riposte à la politique libérale de Macron et à la montée dramatique du vote FN à la présidentielle.! Partant d’une critique commune du quinquennat Hollande, nous étions d’accord pour chercher la voie d’un accord pour la législative dans la 4° circonscription. Résister et riposter dans les urnes et dans la rue.
    >
    > Puis Arnaud et Estelle ont obtenu l’investiture de France Insoumise. Tandis que nos camarades d’EELV décidaient finalement de se présenter, le NPA a décidé lui d’être partie prenante de cette campagne. Bien sûr, nous contestons la volonté hégémonique de France Insoumise, qui va jusqu’à imposer son logo en plus gros que les autres. Bien sûr, nous avons des divergences voire des désaccords : en particulier la surestimation de l’importance du rôle que pourrait jouer un député en l’absence de mobilisations. Nous mettons nous l’accent sur le fait que rien ne changera sans mobilisations importantes. Mais le plus important est pour nous de regrouper à tous les niveaux toutes celles et tous ceux qui en ont assez de prendre des coups, qui veulent relever la tête et être prêts à refuser la future politique dévastatrice pour les droits sociaux, pour notre camp social, de la droite, de Macron, du FN. La résistance doit s’organiser. Le NPA prendra toute sa part dans cette expérience peu commune, car nous sommes convaincu-es que seule la lutte collective compte quand elle se fait dans l’unité et le respect des uns et des autres, sur des bases claires. Ceci est bien illustré par le choix du président du comité de soutien : notre camarade Thierry Philippot, syndicaliste bien connu, qui fut l’un des animateurs de la lutte des M-real.
    >
    > Les 70 personnes réunies à Alizay, le 16 mai, ont applaudi la démarche, et manifesté cette envie d’unité. Chacun dans nos partis nous ne sommes rien. Ensemble nous pouvons être tout! Le NPA Seine Eure, quel que soit le résultat, aura pris ses responsabilités et fait son possible pour regrouper la gauche de résistance sans se contenter de commenter et de distribuer les bons et mauvais points.
    >

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.