Un mouvement global de la société guyanaise est en train de percer le mur des médias. Au cœur de ce mouvement, les salariés et leurs organisations syndicales : l’Union des Travailleurs Guyanais, qui a fédéré 37 organisations, associations et comités locaux, les syndicats de l’enseignement avec la FSU, les syndicats des personnels en grève de la base spatiale de Kourou (les fusées Ariane, dont un lancement a été annulé). Mais pas seulement : avec le salariat organisé, se sont mis en mouvement tous les secteurs de la société, y compris le petit patronat et les agriculteurs, ainsi que les associations 500 Frères et Trop violans, qui se défendent d’être des « milices », qui visent à l’autodéfense des habitants des quartiers pauvres contre délinquants et mafias.

Imaginez un mouvement tel que celui des grèves dans les entreprises agro-alimentaires de Bretagne à l’automne 2013, le plus grand mouvement de grève dans les entreprises privées des années Hollande, mais qui ne se fait pas assimiler, via le terme « Bonnets rouges », à la FNSEA patronale, parce qu’ici, on est en Guyane et pas en France, et que les appareils syndicaux et la « gauche » officielle, de Hollande à Mélenchon, ne sont pas parvenus à faire passer les salariés en lutte pour les suppôts de clientèles locales : au contraire, le salariat en lutte, quelle que soit l’origine des personnels concernés, fédère autour de lui toutes les couches de la société, comme à la Guadeloupe voici quelques années.

La revendication centrale est l’égalité. Selon un communiqué de la FSU de Guyane, 44% des familles sont sous le seuil de pauvreté et la moitié des jeunes au chômage total. Il faudrait construire 10 collèges et 5 lycées pour scolariser les jeunes qui sont à la rue. Or, les habitants de la Guyane savent que Paris peut investir, puisque Paris a construit le centre spatial de Kourou. Kourou, qui est en grève !

L’exigence légitime de services publics à égalité avec la métropole, exigence commune à tout l’ « outre-mer », ne fait pas de la Guyane la France : elle souligne au contraire que c’est dans la lutte commune avec le monde du travail de France que les peuples des dernières colonies françaises peuvent et vont s’émanciper.

Mme Le Pen déplore les « graves troubles », M. Fillon affirme que lui rétablira « l’autorité de l’État » en Guyane, et M. Macron affirme que les blocages « ne sont pas acceptables ». B. Hamon et J.L. Mélenchon affirment par contre soutenir les revendications exprimées, ce dernier tweetant que «la Guyane, c’est la France ». Pour P. Poutou « le peuple guyanais nous montre la voie de la mobilisation pour prendre en main son propre destin. » Traiter tous les habitants de Guyane comme des citoyens, c’est l’égalité avec la France et c’est aussi l’autodétermination : la démocratie est un tout.

Refusant de recevoir une délégation de hauts fonctionnaires envoyés de France, et exigeant de traiter directement avec les ministres concernés, l’intersyndicale élargie réunie ce samedi a appelé à la grève générale illimitée à compter de lundi.