Alep

Guernica, Grozni …

250.000 personnes piégées, toute une jeunesse qui se bat héroïquement et désespérément, dans la lignée de la Commune et du Ghetto de Varsovie, bien qu’une partie d’entre eux aient été recrutés par Fatah al Chams – islamistes issus d’al-Qaïda, ce qui fournit une « narrative » pour tout justifier contre le peuple d’Alep, bien que Daesh soit absent de la scène. Bombardements russes massifs, bombes au phosphore, bombes qui soufflent l’oxygène dans un rayon de plusieurs centaines de mètres, bombardements délibérés d’hôpitaux.

Ce qui est ciblé n’est en rien l’islamisme, cet alibi : Daesh est positionné à l’extérieur et des islamistes, chiites ceux-là mais tout autant adeptes de la chariah, figurent parmi les massacreurs, ceux du Hezbollah. Aviation russe, mercenaires de Poutine, armée d’Assad, hélicoptères d’Assad lâchant des bonbonnes de gaz, miliciens du Hezbollah, tous sont sur Alep. Autour, l’impérialisme nord-américain et le français émettent des pleurnicheries – alibis là encore.

Ce qui est ciblé : la révolution. Car Alep, c’est un peuple qui s’est insurgé, en 2011, en même temps que celui de Tunis, que celui du Caire, que celui de Benghazi, que celui de Sanaa, que celui de Barhein.

Un verdict pour la « gauche »

Alors une question terrible se pose : « Il faudrait être avec Poutine pour être parfaitement anti-américains .(…) Devrait-elle, cette gauche, se taire quand l’assassin n’est plus George W. Bush mais Vladimir Poutine ? » – un Poutine qui se fait le digne héritier de Bush : il pratique la soi-disant « guerre contre le terrorisme ».

La « gauche » visée dans ces phrases, c’est « celle de Mélenchon et du PCF, la gauche anti-guerre, celle qui a condamné l’invasion américaine en Irak, en 2003 », écrivit Denis Sieffert, éditorialiste de Politis, le mercredi 28 septembre.

On peut étendre sa question à toute « la gauche », après tout, et l’on doit surtout y répondre : devrait-elle se taire, évidemment non, mais elle se tait, et elle se tait, au niveau de beaucoup de ses responsables, non parce qu’elle s’interroge et peine à comprendre – cela, c’est ce qui arrive à des militants désorientés et dont l’information sur le Proche-Orient ne s’est jamais éloignée de « Gaza », un Gaza fétiche lui-même déconnecté, d’ailleurs, du Gaza réel qui lutte et souffre contre l’État israélien et contre le Hamas – mais parce que, au niveau de ses dirigeants, elle soutient le massacre du peuple d’Alep.

Faut-il rappeler que le mensonge, digne des « armes de destruction massive » de Saddam en 2003, selon lequel « Poutine va régler son compte à Daesh » en attaquant Alep, a pour propagateur, depuis janvier dernier, un certain J-L Mélenchon ?

Défendre Alep et combattre l’islamisme, ça va ensemble !

Qu’on ne vienne pas expliquer qu’il serait incompatible de combattre énergiquement l’islamisme et le fascisme de Daesh et de soutenir le peuple d’Alep contre l’impérialisme russe, le régime d’Assad et le Hezbollah !

Au contraire : la vérité est toujours révolutionnaire et tout combat efficace contre l’islamisme exige le plein soutien aux peuples révoltés, y compris lorsque certains secteurs parmi eux, d’ailleurs remarquablement limités en réalité au vu des efforts faits aussi bien par le régime saoudien, par exemple, de son côté, que par le régime syrien qui a tout fait pour promouvoir al-Nosra puis Daesh, se tournent vers eux.

Il faut les en détourner, bien sûr, parce que leur lutte pour une Syrie libre et démocratique est incompatible avec l’islamisme. Il faut donc être avec eux contre les avions russes, les chars d’Assad et les miliciens du Hezbollah.

La rupture donc nous avons besoin.

N’y aurait-il pas une relation profonde entre l’état de catastrophe assumée dans lequel toute la « gauche », « gauche gouvernementale » et « gauche de la gauche », aborde l’élection présidentielle en France, et l’absence d’indépendance politique de tous ses dirigeants envers les intérêts du capital et de l’État, les uns alignés sur le gouvernement et l’Alliance atlantique, les autres estimant que « l’intérêt de la France » est de réorienter ses alliances impérialistes en dehors de celle-ci ? … et les uns et les autres se retrouvant, dans le silence général, pour soutenir la « politique africaine » de l’impérialisme français ?

L’avenir possible passe par une rupture, en France avec la V° République et l’Union Européenne, celle-là même que la poussée de grèves et de manifestations contre la loi « travail » recherchait et dont elle a montré qu’elle est possible et nécessaire ; et cette rupture comporte aussi, nécessairement, la capacité à manifester à nouveau de façon internationaliste, à combattre tous les impérialismes en rompant avec le fétichisme qui n’en connaît qu’un seul, l’ « américain » (souvent flanqué du « sionisme » …), en combattant donc réellement « notre » propre impérialisme, qui essaie de jouer sur plusieurs tableaux.

Quand ce grand vendeur de Rafales fait une démonstration sur Mossoul, utilisant en relation avec l’OTAN la présence de Daesh pour remettre ses petits pieds brutaux au Proche et au Moyen Orient, il doit être combattu. Quand il négocie avec Poutine les zones qu’il occupe en Ossétie et Abkhazie, quand il tente de lui vendre des armes à lui aussi, quand il l’invite en octobre prochain, il doit être combattu. Quand il soutient Bongo, copain de Sarkozy, et tous les dictateurs africains tout en entretenant désordre et corruption au Centrafrique, il doit être combattu. Quand il créé une situation concentrationnaire à Calais contre les réfugiés d’Afrique et d’Asie, il doit être combattu. Quand il filtre l’accueil des réfugiés syrien, quand il déloge les réfugiés au lieu de les loger, et quand il prend prétexte de Daesh pour éterniser l’état d’urgence contre les libertés démocratiques et syndicales, il doit être combattu. C’est à chaque fois le même combat.

La rupture, c’est donc aussi retrouver la capacité à manifester, maintenant, devant l’ambassade russe notamment.

Dans la rue contre Poutine !

A propos : l’impérialisme français dont certains déplorent, non la nature impérialiste, mais son seul alignement sur l’OTAN et sur l’UE, va recevoir officiellement Poutine, invité par J-M. Ayraut depuis avril. Selon Sputnik, officine du Kremlin, il s’agit de « renouveler l’agenda de la coopération entre la Russie et la France ». L’exécutif français, dans le cadre de son double jeu permanent entre impérialismes, a essayé de diminuer la portée de cette visite en tentant de la laisser présenter comme officieuse, destinée principalement à inaugurer les cinq bulbes de l’église orthodoxe de Paris, ce que Poutine compte effectivement faire, et qui, dans le cadre d’une visite officielle, s’annonce comme une atteinte de plus à la laïcité.

De nombreuses associations, dont le collectif pour la libération de Sentsov et Koltchenko, cinéaste et anarchiste ukrainiens de Crimée kidnappés par le FSB en 2014 et condamnés respectivement à 20 ans et 10 ans de camp (1), appellent à manifester. L’inauguration de l’église orthodoxe doit avoir lieu le mercredi 19 octobre (2). Les diasporas syrienne, ukrainienne et russe seront là. Le mouvement ouvrier français doit y être !

Alors, la rupture avec le capital, avec la V° République, avec l’Union Européenne, elle doit passer aussi par là !

(1) Organisations signataires : Ligue des Droits de l’Homme, Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme, Groupe de résistance aux répressions en Russie, Ukraine Action, Russie-Libertés, CEDETIM – Initiatives Pour un Autre Monde – Assemblée Européenne des Citoyens, Action antifasciste Paris-Banlieue, Collectif Antifasciste Paris Banlieue, Mémorial 98, Union syndicale Solidaires, CNT-f, CNT-SO, Emancipation, FSU, FSU 03, CGT Correcteurs, SUD éducation, SUD-PTT, Alternative Libertaire, Ensemble ! (membre du Front de gauche), L’Insurgé, NPA, Fédération Anarchiste, Critique sociale.

http://collectifkoltchenko.blogspot.fr/p/qui-sommes-nous.html

(2) Hasard ? Le même jour la revue Eléments organise une conférence avec le principal théoricien de l’« eurasisme » poutinien, Alexandre Douguine, quai de Javel.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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