La grosse peur de la Deutsche Bank

La première banque allemande, la Deutsche Bank, a terrorisé les marchés boursiers cette semaine. Du propre avis de leurs commentateurs et apologistes, on est passé à deux doigts d’un séisme pire que la faillite de Lehman Brothers en 2008, acte inaugural de la grande crise économique globale dont le capitalisme mondiale n’est jamais sorti, comme le montre justement, entre autres choses, cette affaire de Deutsche Bank.

Cette grande peur autour de la Deutsche Bank n’est pas apparue cette semaine. Elle hante les « marchés » depuis quelques années, et s’est amplifiée depuis janvier 2016. Sa signification géopolitique est très forte. Début 2015, l’homme malade de l’Europe était censé être la Grèce (la Deutsche Bank a d’ailleurs vendu ses titres de dette « publique » grecque à la BCE, Banque Centrale Européenne). Le sauveur (sauveur du capital, étrangleur des pauvres), Tsipras aurait mis fin à cette situation par son revirement de l’été 2015. Depuis, l’Italie avec, elle aussi, ses banques, a failli devenir le maillon faible, cependant que le Brexit gagnait le référendum britannique. L’impérialisme allemand domine l’eurozone et a siphonné les dettes « publiques » et actions d’entreprises de toute la zone Sud. Les différentiels, même atténués, de taux d’intérêts, et la balance très positive de ses exportations, conjugués à la faiblesse des salaires allemands, ont engendré un formidable accumulation de capital bancaire et financier allemand, essentiellement investi dans la spéculation et les « créances douteuses ». Dominant l’Europe, en centralisant peu à peu les contradictions, l’impérialisme allemand est appelé à moyen terme à redevenir le foyer central de celles-ci. L’homme malade et le maillon faible, ce sera lui. Ce processus économique a déjà commencé à s’exprimer politiquement dans les élections régionales où éclate une crise touchant à la construction nationale allemande, inachevée depuis la réunification tronquée.

Et c’est précisément le soi-disant modèle vertueux impitoyablement imposé à la Grèce, à l’Irlande et à tout le monde, qui a engendré le pourrissement et le parasitisme financier allemand.

Autre leçon de la grande peur de cette semaine, sa cause immédiate. Le département américain de la justice a menacé la Deutsche Bank d’une amende de 14 milliards de dollars, faisant plonger ses actions en bourse. Le litige remonte à 2008 : la Deutsche Bank est accusée, sans nul doute à juste titre, d’avoir refilé massivement des crédits immobiliers toxiques à ses clients, bref d’avoir eu sa part dans la bulle immobilière US des années Bush. Mais que la menace d’une telle amende surgisse précisément maintenant n’est pas un hasard : les capitalistes financiers, leurs porte-paroles judiciaires dans les États, et les États impérialistes entre eux, ne se font pas de cadeaux.

Justement, l’ampleur de la peur boursière engendrée par cette menace a de quoi faire encore réfléchir les sphères financières US. L’impérialisme nord-américain vit au niveau mondial, depuis plusieurs décennies et allant s’aggravant, ce que commence à vivre l’impérialisme allemand au niveau européen : dominant les marchés, il concentre leurs contradictions et finit par devenir tout à la fois le maillon faible et le maillon central, cause de court-circuit général. Quand la Fed (banque centrale US) menace de remonter bientôt ses taux, sans même passer à l’acte, elle fait refluer les capitaux de tous les pays « émergents », cela depuis 2013. Et quand le département de la Justice menace d’une amende la première banque allemande, il manque provoquer une panique boursière mondiale. Les éternuements US deviennent des séismes mondiaux et la crainte des chocs en retour paralyse la politique monétaire US.

La renégociation de l’amende de la Deutsche Bank à 5,4 milliards de dollars a « calmé les marché ». Pour cette fois …

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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