Pendant que ses conseillers sont « en pleine recherche de postes attractifs » « dans les institutions financières privées » (dixit La Tribune du 15 avril), François Hollande a donné au peuple une soirée télévisée. Dans sa grande majorité, le peuple ne l’a même pas regardé. « Les Français » étaient incarnés, dans l’émission, par une patronne de PME qui veut des temps partiels et des stagiaire sans limitations, une maman de djihadiste, un électeur du FN et un jeune un peu fatigué parce qu’il fait « Nuit debout ». La déléguée FO des usines Doux dans le Finistère, et un agriculteur, avaient été récusés. Hollande a dit que la loi El Khomri serait adoptée. Son plancher de popularité a encore baissé. Rideau : un exécutif isolé, rejeté, en apesanteur.

La semaine précédente, le gouvernement a lâché quelques concessions économiques sur le montant des bourses, et prétendu « taxer les CDD », ce qui permet à Gattaz de faire semblant d’avoir mal alors que les modalités restent tout à fait mystérieuses. Ce ne sont pas là des reculs à proprement parler, mais des manœuvres qui montrent qu’on peut défaire ce gouvernement. Le but de la manœuvre : parler d’autre chose que du retrait de la loi El Khomri, et ceci avec la direction de l’UNEF.

Simultanément, les violences policières, les provocations grossières, les blessés, et leur documentation par un nombre impressionnant de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, se poursuivent à grande échelle. Hollande, Valls et Cazeneuve en sont entièrement responsables. Fatigue et crise rongent les forces dites de l’ordre, prises entre état d’urgence supposé, manifestations de jeunes, épuisement, consignes contradictoires de fermeté et de prudence. En jouant « fermeté » et pourrissement envers les mouvements lycéens, l’exécutif accentue la crise dans l’appareil d’État, à tous les niveaux, et porte d’avance la responsabilité de possibles incidents dramatiques, à tout instant.

En résumé : ceux d’en haut ne peuvent plus et n’en peuvent plus, mais leur politique s’applique toujours.

Editorial du numéro 41 du 16 avril 2016