Après le 31 mars

Cette semaine en France, mercredi : achèvement de la défaite politique du président, et du régime de la V° République, sur la constitutionnalisation de l’état d’urgence – voir ci-dessous le billet que nous avons diffusé ce soir là- et jeudi 31 mars : mouvement d’ensemble du monde du travail et de la jeunesse pour le retrait de la loi « travail » et donc pour défaire ce gouvernement et ce régime.

Largement plus d’un million de manifestants, compte tenu de l’énormité de plusieurs manifestations de grandes villes comme à Toulouse, Grenoble, Nantes, Rennes ou Clermont-Ferrand, et aussi du très grand nombre de rassemblements locaux qui souvent ne sont pas pris en compte médiatiquement, comme par exemple dans le Finistère : 200 à Chateaudin, 800 à Carhaix ; compte tenu aussi de la volatilité des regroupements et petites manifestations de lycéens, un peu partout.

Pour que ces centaines de milliers soient dans la rue, il a fallu plus encore de grévistes. Il y a les grèves « visibles » et médiatisées sur le thème de la « galère des usagers » comme dans les transports, et il y a ces dizaines de grèves locales pour des revendications salariales ou contre des suppressions d’emploi, comme à l’usine Diam de Lurcy dans l’Allier. Ces conflits dans des entreprises petites et moyennes sont venus se rallier au mouvement d’ensemble et ceci est un aspect essentiel du processus qui se cherche. De même, les affrontements entre fonctionnaires territoriaux et élus (de tous bords …) contre la hausse du temps de travail se multiplient et se relient au mouvement d’ensemble, comme à Niort, Montreuil ou Moulins.

C’est cela, la grève générale : pas la grève à perpétuité, pas même – bien qu’il soit essentiel de l’étendre au maximum – la grève absolument partout, mais la grève sur les questions générales, la grève politique, la grève pour en découdre. Et la loi El Khomri cristallise tout cela. C’est pourquoi il n’y a qu’un seul mandat démocratique de la majorité qui s’est à nouveau exprimée ce 31 mars : le retrait, et rien d’autre.

Caractéristique aussi de la situation : le très grand nombre d’incidents, affrontements, provocations, brutalités policières, envers lesquelles un impressionnant dossier d’images est en train de fleurir partout sur les réseaux sociaux, dessinant l’ultime acte d’accusation contre MM. Hollande et Valls, leur signifiant leur déchéance. Mais soulignant aussi la responsabilité des organisations syndicales, qui ne doivent pas laisser les étudiants et surtout les lycéens seuls et dispersés.

Attention, attention : l’effroyable accumulation de violences, bien documentées, très souvent filmées, ne peut qu’être mis au compte de ce gouvernement. Hollande, Valls, stop ! Que dans tout le pays la protection des jeunes s’impose, contre vous.

Une inquiétude monte parmi les militants syndicaux et bien au delà d’eux. Après le 31 mars, les directions nationales de la CGT, de FO, de la FSU, de Solidaires et de l’UNEF appellent à une nouvelle journée de mobilisation des jeunes le mardi 5 avril, puis à des manifestations massives le samedi 9 avril, ainsi, souvent, qu’à l’interpellation des députés le 5 avril. Certes, et nul doute qu’à nouveau les jeunes et les syndicalistes vont réaliser ces objectifs. Mais dans quel but ?

Le but, c’est de gagner. Donc de défaire un gouvernement qui, précisément parce qu’il est le dos au mur, ne veut pas céder (et a pour ce faire l’appui du MEDEF et de la droite).

Comment ne pas mettre en débat la montée en puissance de la grève générale, déjà latente dans le pays, qui déjà a donné son contenu politique, celui du règlement de compte d’ensemble, aux précédentes journées culminant dans ce jeudi 31 mars ?

Répétons-le, la grève générale, ce n’est pas la grève à perpétuité, c’est une montée en puissance rapide, bloquant la production, permettant la centralisation contre le gouvernement et l’assemblée, pour leur interdire de voter et de promulguer la casse du code du travail.

Comment se fait-il que les directions syndicales nationales CGT, FO, FSU, Solidaires et UNEF ne mettent même pas en débat cette nécessité ?

Alors que le corps des militants syndicaux, ceux qui sont au front dans les boites, les chantiers, les bureaux, les gares, les lycées, les collèges et les écoles, a déjà montré qu’il ne veut pas refaire comme en 2010, avec les journées interminables esquivant toujours le moment décisif : déjà, le 9 mars, c’était pour agir au moment prévu pour la prise de décision (le dépôt du projet de loi en conseil des ministres, qui fut reporté du coup au 24), et ne pas le laisser passer comme y poussait les premières « décisions » syndicales nationales.

Cette question se pose d’autant plus qu’en l’absence de réponse, des équipes militantes sont poussées à chercher à forcer le destin et à trouver des substituts, ce qui peut conduire à de beaux moments collectifs certes, comme la « nuit debout » place de la République après le 31, mais aussi à des initiatives risquées, surexposant les jeunes, voire à des divisions entre militants de secteurs plus ou moins mobilisés.

La vraie question, c’est que la puissance de la grève dans tous les secteurs, des lycées aux chantiers, dépend de la perspective. Si la perspective est de monter en puissance pour trancher bien avant l’été où Valls veut nous conduire, la puissance de la grève sera là.

Alors, pourquoi les directions syndicales nationales, insistons-y, n’ouvrent même pas ce débat, dont les assemblées générales, assemblées interprofessionnelles, collectifs intersyndicaux, unions locales CGT et FO, se saisiraient sans aucun doute ?

Parce qu’elles ont peur de ce que cela produirait infailliblement : la victoire, donc la neutralisation totale du gouvernement, et par là la crise du régime, et la crise de régime, un an avant les présidentielles et indépendamment d’elles. Elles en ont peur parce qu’elles sont attachées à cet ordre, à cet État. Mais la majorité des militants syndicaux, et plus encore la masse des travailleurs et des chômeurs et les jeunes qui refusent ce non-avenir de précarité et de galère à perpétuité, eux, n’ont aucune attache avec cet ordre social et cet État, bien au contraire.

La victoire maintenant dépend de la bataille politique sur ces questions : nous voulons gagner, pour cela il faut agir vite, les directions syndicales nationales doivent appeler à la grève générale et au rassemblement de toute la France contre gouvernement et assemblée, et ainsi cette loi sera défaite, et de nouvelles perspectives s’ouvriront. Cela ne se fera pas tout seul : la victoire est possible, mais elle dépend de cela.

D’aucuns diront que ceci pose la question d’une organisation politique pour mener ce combat, et ajouterons ou bien qu’elle n’existe pas (et donc que c’est foutu), ou bien que c’est la leur (et donc que c’est foutu si on ne les rejoint pas). Nous leur dirons ceci : en effet, la question est politique, mais cette organisation doit précisément se construire dans ce combat qui est d’ores et déjà mené, en fait, par des dizaines de milliers de militants, de jeunes devenus des acteurs de leur lutte, de travailleurs. D’ores et déjà. Il faut donc qu’ils s’associent, se reconnaissent, quelles que soient leurs appartenances politiques d’ailleurs, pour aller de l’avant.

Tel est le message audacieux de notre très modeste bulletin.

Éditorial du Numéro 39 du 3 avril 2016

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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