Rapide retour sur la situation en Syrie

Revenons brièvement sur les derniers développements de la situation en Syrie.

Début septembre 2015, l’armée d’Assad était rongée par une crise profonde : désertions, départs à l’étranger, défaites sur le terrain, cela malgré la place délibérément accordée à Daesh pour polariser les interventions extérieures et prendre à revers les zones insurgées. Alors se produisit l’intervention russe, massive, complétée par des forces iraniennes et par le Hezbollah. Dans un premier temps, ce fut un semi-échec. Dans un second temps, Poutine a décidé de bombardements massifs qui non seulement n’épargnaient pas les civils, les écoles, les hôpitaux, les réfugiés, mais qui les visaient.

Le peuple d’Alep a subi la combinaison des bombardements impérialistes sur Bagdad en 2003 et de la destruction méthodique, impérialiste aussi, de Grozny en 1999.

A ce stade, la question des réfugiés impacte fondamentalement l’Union Européenne, d’autant que ces réfugiés ne sont pas que de « pauvres réfugiés » mais bien souvent des hommes et des femmes combatifs exigeant leur droit, porteurs de la dynamique de la révolution syrienne, de l’insurrection de 2011 et de la résistance armée de villes entières, de régions entières. Notons que l’affaire des viols et agressions sexistes de masse à Cologne lors du Nouvel an, qui a servi à attaquer les réfugiés en Allemagne et au-delà, si elle met en cause certains milieux musulmans, ne met pas en cause les réfugiés syriens.

Intervient le cessez-le-feu de fin février, négocié au sommet par les impérialismes nord-américain et russe. Ni l’un ni l’autre ne peut occuper tout le terrain. Ni l’un ni l’autre n’a intérêt à laisser se prolonger une situation où des « accidents » les opposant militairement, surtout quand interfère la Turquie, peuvent survenir. Poutine a sauvé Bachar mais n’est pas marié avec lui. Les services US qui ont largement promis et largement trahi les groupes insurgés, flirté avec les islamistes y compris al-Nosra (al-Qaïda), travaillent à renforcer leurs liens avec le PYD kurde et ses alliés au moment précis où le projet de fusionner les zones kurdes de l’Est (Rojava, D’jezireh en arabe) et de l’Ouest (Efrin) implique de conquérir des régions non kurdes et renforce la tendance du PYD à se lier soit à Bachar, soit à la Russie. Il semble que l’activité de l’impérialisme US, discrète si on la compare à leurs interventions précédentes, n’ait pas été sans résultats.

Dans les villes des zones insurgés, le cessez-le-feu voit se développer des manifestations de masse, sous les drapeaux syriens, reprenant les slogans de 2011, excluant délibérément tout emblème salafiste, et se heurtant aussi à al-Nosra, auquel tous ceux qui ne veulent voir que «l’islamisme » ou « le chaos » dans ces mouvements, en niant la révolution syrienne, voudraient les amalgamer.

Le 14 mars Poutine annonce son « retrait » – un vrai-faux retrait, ce dont il ne se cache pas, mais qui marque une volonté de favoriser les conditions d’une négociation au sommet avec le seul impérialisme US, les alliés du régime et iranien étant des partenaires de seconde zone. Ces annonces vont avec une recrudescence de rumeurs et de concentrations militaires inquiétantes envers l’Ukraine, notamment au Nord de la Crimée, alors même que l’annulation des sanctions commerciales et bancaires semble se profiler.

Dernier épisode en date sur le terrain : le PYD et ses alliés, non reconnus dans les négociations officielles et soumis à la pression du régime turc qui accentue la répression militaire de masse contre le peuple kurde, proclament une « région fédérale », manière de confirmer qu’ils tournent le dos à la formation d’une république kurde unifiée inscrite pourtant dans la dynamique de leur propre combat, tout en proposant un compromis à l’échelle de la Syrie, qui maintiendrait les frontières de 1918 tout en laissant des territoires fragmentés gérés par les forces qui s’en sont emparées – sauf, officiellement, Daesh …

Ces développements ne peuvent être dissociés de l’accord honteux signé vendredi 18 mars entre l’UE et le régime turc, prévoyant le renvoi des réfugiés en Turquie et faisant de celle-ci, s’il parvient à s’appliquer, le garde-chiourme de l’UE contre les Syriens, contre les Kurdes, et finalement contre le peuple turc lui-même. Le droit d’asile est ainsi renié ouvertement par l’UE. Au moins, les choses sont claires : ce qui fut le droit démocratique, républicain, humanitaire et international, le droit « bourgeois », n’est plus l’affaire du capital !

Conclusions :

  • Laissez passer les réfugiés !
  • Plus que jamais : dehors Bachar !
  • Non à toutes les interventions impérialistes !
  • Dehors Daech !
  • Auto-détermination des Kurdes en Turquie, en Syrie, en Irak, en Iran !

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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