Polarisation aux États-Unis (13 mars)

Chaque jour qui passe en ce moment aux États-Unis montre toujours plus clairement l’inanité de tous les prétendus « marxistes » qui, ne voulant pas voir le mouvement réel et répugnant à l’analyse concrète de la réalité concrète, voudraient à tout prix que Bernie Sanders soit de plus en plus réduit à n’apparaître que comme un rabatteur pour le compte d’Hillary Clinton.

Ce qui, pour la grande presse et les chaînes TV comme pour ces « marxistes », devait se passer voici quelques jours, c’était une défaite, prédite par les sondages, de Sanders devant Clinton dans l’État clef du Michigan, celui de l’industrie automobile sinistrée, de Detroit, de la ville de Flint aux eaux empoisonnées.

Justement, ces grands médias avaient condamné le « comportement » de B. Sanders lors du débat qui l’avait opposé à H. Clinton à Flint : il avait condamné les traités économiques transatlantique et transpacifique et aurait « élevé le ton » (pour la première fois ! ) devant l’arrogance notoire de Mme Clinton. Alors, forcément, il devait perdre, parce que « les noirs qui votent Clinton » n’avaient pas apprécié.

C’est de la classe ouvrière et c’est des noirs qu’est venu ce que les commentateurs dominants et « marxistes » n’avaient pas prévu, et surtout ce dont ils ne voulaient pas : Sanders en tête dans le Michigan.

Le vote « identitaire » (des noirs, des latinos, des femmes …), la rhétorique « liberal » branchée, et le gauchisme sectaire, se manifestent comme autant de facteurs jouant en faveur de … la candidate de Wall Street. Ils crient « On ne rompt pas avec Wall Street sans rompre avec le parti de Wall Street », s’opposant ainsi concrètement à l’amorce d’un mouvement de rupture de masse avec Wall Street qui se produit dans et surtout autour du parti de Wall Street qu’est en effet, comme tout le monde le sait très bien, le parti démocrate. Ainsi, en criant cela, ils font le jeu de Wall Street !

Le vote du Michigan a été perçu comme un tournant. Comme, dans le même temps, de véritables hordes petites-bourgeoises, et surtout prolétaires appauvries, investissent la convention républicaine pour soutenir l’autre candidat indépendant des grands donateurs – non pas parce qu’il a le soutien de millions de petits donateurs, mais parce qu’il est milliardaire ! – qu’est Donald Trump, la possibilité se dessine d’une implosion par l’intérieur du système des doubles « primaires » qui, depuis 150 ans, avait assuré sans risques le renouvellement de l’exécutif nord-américain au service du capital.

Le basculement de ce fameux – et pitoyable ! – « vote identitaire noir pour Clinton », qui socialement a le même sens que celui du vote des prolos blancs pour Trump : des gens qui se tirent une balle dans le pied, ce basculement a commencé. Dans un nouveau débat à Miami opposant Sanders et Clinton, le premier a largement gagné à l’applaudimètre, de façon là encore imprévue. En Floride les sondages annoncent une large victoire pour Clinton …

Dernier développement inédit : université de Chicago, vendredi 11 mars au soir, meeting de Trump. Des milliers de noirs et de non-noirs avec Blacks Lives Matter, et des milliers de « partisans de Bernie Sanders » selon la presse, ont littéralement attaqué le meeting de Trump, dénonçant le racisme, affrontant supporters et police. Le meeting a été annulé.

En même temps, des sondages sortent sur un duel Trump-Sanders et donnent Sanders gagnant. La masse de l’électorat ouvrier, employé et populaire «blanc », et surtout la masse des abstentionnistes habituels (sauf en 2008, première élection de B. Obama) ne veulent voter que Trump ou Sanders.

Tels sont les processus réels et inédits qui sont engagés aux États-Unis. Quiconque veut sérieusement construire un parti représentant le monde du travail dans ce pays, ne peut qu’intervenir dans ce processus.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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