A cette heure au moins 70.000 habitants d’Alep, fuyant les bombardements impérialistes russes et l’avancée des troupes tortionnaires d’Assad, sont coincés devant les postes-frontières turcs. Selon les « anti-impérialistes » pro-Assad et pro-Poutine nourris à la sauce « Sputnik », le peuple de ces quartiers, qui a tenu depuis des années à la fois contre Assad et contre l’Etat islamique, donc à la fois contre les nationalo-fascistes et les islamo-fascistes, devrait pourtant être composé des islamistes amis de la Turquie ! Or celle-ci tient sa place dans la sordide partition contre-révolutionnaire en leur bloquant le passage, les exposant, vieux, femmes, enfants, hommes, à la torture et aux viols des nervis d’Assad, tout en favorisant les courants islamistes les plus réactionnaires.

Dans ce cadre, la tentative légitime du parti national kurde de Syrie, le PYD, de souder l’une à l’autre les zones frontalières qu’il contrôle, risque de devenir une pièce d’un jeu impérialiste et contre-révolutionnaire plus vaste, qui ferait complètement du PYD le complice de l’impérialisme russe, du régime de Damas et du Hezbollah, car l’unification de son territoire ne serait pas le résultat de son combat propre, mais un acquis précaire, otage de la Russie, de la Turquie et de Damas. Si l’objectif était un Kurdistan libre et unifié, l’alliance avec l’insurrection syrienne aurait dû s’imposer depuis longtemps et elle aurait été dynamique et puissante, tant contre Assad que contre l’EI.

C’est donc l’heure de vérité pour tous ceux qui ont soutenu le Rojava, parfois en lui attribuant les traits d’une terre promise, et c’est aussi le moment de ne pas oublier que jamais, par delà discours fédéralisto-libertaires et actes- réels et très importants – en faveur de l’émancipation des femmes, jamais les appareils du PKK et du PYD n’ont rompu avec leur structuration stalinienne, ni avec la recherche de l’entente avec le régime syrien. La combinaison d’une possible victoire nationale kurde en Syrie du Nord avec l’écrasement contre-révolutionnaire du peuple insurgé d’Alep serait le pire des poisons, porteur de défaites, pour la cause de l’émancipation nationale kurde.

Le 6 février 2016