Le peuple français est en deuil ce matin. La nature des attaques dont les villes de Paris et Saint-Denis ont été victimes vendredi soir doit être clairement caractérisée et comprise : réactionnaires sur toute la ligne, par leurs cibles, par leurs auteurs, par leurs conséquences politiques.

Par leurs cibles. Ce sont la population de l’Est parisien, le Paris de la Commune, le Paris des bars et des couscous, une population cosmopolite et laborieuse, et la jeunesse, de sortie en fin de semaine, qui ont été ciblées. C’est le Bataclan, haut lieu de la scène rock-punk et du café-théâtre, qui a été le lieu d’un carnage, les assassins fusillant les gens au sol. A cette heure, au moins 127 morts, et plus de 80 grièvement blessés sur plus de 210 blessés.

Par leurs auteurs. Les attaques ont vite été revendiquées, comme on s’en doutait, par l’« État islamique ». Fusiller massivement la population un vendredi soir est un acte qui n’a aucune espèce de proximité avec quelque combat social, national ou anti-impérialiste que ce soit, mais qui correspond parfaitement à une machine de guerre contre-révolutionnaire et fasciste, dirigée contre les peuples arabes, kurde, et les autres, ce qu’est l’« État islamique ».

Par leurs conséquences politiques : bien entendu cette agression massive entraîne discours de guerre et d’union sacrée et un « état d’urgence », en vertu d’une loi de 1955 qui visait l’Algérie, porteur potentiellement d’atteintes aux libertés démocratiques au nom de la sécurité. Sécurité dont on voit bien pourtant qu’elle n’est pas assurée par un État qui dans le même temps vend des Rafales à l’Arabie saoudite et s’entend avec l’aspirant dictateur de Turquie et complice de Daesh : Erdogan. État d’urgence dont la principale traduction en ce lendemain de crimes de masse, réside dans l’interdiction ou l’annulation de la plupart des rassemblements de protestation.

« Nous sommes en guerre », entend-on. Quelle guerre ? La guerre de l’État impérialiste français pour préserver ses positions chancelantes dans le monde n’est pas celle du peuple de Paris et de tout le pays, expression de l’horreur et de la honte qu’inspirent ces actes, qui, elle, contre la terreur et la réduction au silence que suscitent le terrorisme aveugle et le discours unanimiste d’union sacrée, doit apporter la réponse de la vie : la lutte sociale qui continue, les controverses qui se poursuivent.