Istambul, Alep, Gaza

Au moment de rédiger ce bulletin, nous apprenons l’horrible attentat commis à Istambul contre une manifestation, composée notamment du HDP, réclamant la paix au Kurdistan, c’est-à-dire l’arrêt de l’agression forcenée contre le peuple kurde menée par l’État d’Erdogan et ses alliés nervis fascistes turcs ou islamistes.

Le solde provisoire est à cette heure de 120 morts …
La police de l’État turc a chargé les victimes et gêné les secours. Le scenario de Surük le 20 juillet se répète dans la capitale, signe de la fébrilité et de la peur du pouvoir d’Erdogan, fourrier des provocations, des meurtres et de la répression. Mais cet attentat ne peut pas être séparé de l’évolution de l’ensemble de la situation au Proche-Orient, à proximité immédiate de la Turquie.

En Palestine, on ne parle plus que de « reprise de l’Intifada » et les affrontements se multiplient, à Gaza et en Cisjordanie, mais aussi sur le territoire israélien.

Et à Alep, ce sont à présent, simultanément, les troupes de Bachar el Assad l’aviation russe leur ouvrant la route, et Daesh, qui prennent en tenaille les quartiers insurgés et libérés, en une spectaculaire complicité de fait qui n’aura pas attendu pour s’afficher au grand jour que l’intervention massive de l’aviation russe ait duré plus d’une semaine !

Impossible de comprendre la situation si on fait l’impasse sur son foyer central : la Syrie.

Impossible de mettre en œuvre une vraie solidarité internationaliste si elle n’englobe pas le peuple palestinien, le peuple syrien, le peuple kurde.

Impossible de concevoir une orientation politique émancipatrice si on ne prend pas en compte cette réalité : l’intervention impérialiste russe en Syrie s’inscrit désormais aux côtés des grandes interventions nord-américaines en Irak et en Afghanistan.

Aujourd’hui, George W. Bush junior s’appelle Vladi Poutine !
Ils ne valent pas mieux l’un que l’autre. C’est à l’ombre du bruit fait par les bombardements russes des villes syriennes, des missiles envoyés depuis la mer Caspienne, rééditant les missiles Tomahawk de l’impérialisme nord-américain des guerres de 1991 et de 2003 et les mettant en scène en mode hollywoodien, pure répétition sénile des exploits meurtriers du modèle yankee, c’est maintenant sous cette couverture de feu que l’État israélien frappe les Palestiniens, que l’État turc frappe les Kurdes, que l’État saoudien bombarde le Yémen.

Prétendre défendre les Palestiniens ou défendre les Kurdes en faisant l’impasse sur l’intervention impérialiste russe en Syrie est au mieux une illusion, au pire une escroquerie.

L’intervention impérialiste russe en Syrie est massive, elle est coordonnée avec Bachar el Assad, avec l’Iran dont des troupes sont présentes sur place, avec le Hezbollah. Elle ne vise pas Daesh dans l’immédiat, mais elle est en accord avec Daesh sur un point : exterminer tout ce qui n’est ni Daesh, ni le régime d’Assad. Autrement dit : exterminer le peuple syrien. Contre-révolutionnaire sur toute la ligne, sa cible, ce sont les révolutions arabes et au-delà, les révolutions qui, depuis plusieurs semaines, avec la résistance syrienne et la résistance kurde, les manifestations laïques de Bagdad, la montée révolutionnaire pour la démocratie au Liban avec le mouvement « Vous puez », ont ouvert une alternative à la guerre, au feu et au sang généralisés dans la région par tous les impérialismes.

En ce sens, même si elle vise à pouvoir négocier directement avec Washington avant tout, et si elle inquiète et pose problème aux autres puissances impérialistes, l’intervention russe opère au compte du capital mondial, de la contre-révolution, de la barbarie. Elle ne ramènera pas l’ordre. Si elle restaurait le régime d’Assad ce serait sur un fleuve de sang avec la majorité du pays en exil. Elle introduit dans l’armée russe des ferments de mutinerie – des heurts se sont déjà produits avec des soldats qui ne voulaient pas partir – et elle fatigue l’économie russe. Elle relève de la fuite en avant, tout en prétendant maintenir l’ordre.

C’est pourquoi les espoirs du parti kurde de Syrie, le PYD, d’avoir un appui russe envers Assad pour établir une zone autonome au Nord du pays, et contrôler le secteur attaqué par la Turquie avec la complicité des États-Unis et de l’OTAN, sont, dans le meilleur des cas, illusoires. Que serait d’ailleurs un Rojava élargi et autonome verrouillé par la répression armée en Turquie et otage d’accords avec Assad et Poutine ? La Russie n’a aucun intérêt à favoriser tout pas en avant vers l’avènement du Kurdistan uni et indépendant. Au moment où les États-Unis hésitent devant le chaos qu’ils ont provoqué, où Daesh remet en cause les frontières au nom du califat, où la Turquie d’Erdogan tend à investir les territoires kurdes de Syrie et d’Irak dans une logique que ses opposants qualifient déjà d’ « ottomane », l’alternative serait l’autodétermination des peuples, à commencer par les Kurdes et les Palestiniens. Contre cette alternative, l’impérialisme russe, après avoir dûment négocié avec Netanyahou, se pose en ultime gardien des frontières impérialistes des accords Sykes-Picot de 1918 …

L’intervention impérialiste russe en Syrie est au moment présent le bélier de la contre-révolution et de la barbarie capitaliste dans l’ensemble du Proche-Orient, et c’est elle, répétons-le, qui fournit la couverture non seulement à la tentative de restauration du régime tortionnaire en Syrie, mais aussi à la répression en Turquie et en Palestine.

Washington est militairement paralysé par ses propres contradictions qui ont poussé puis permis à Poutine de prendre place, mais ne perd nullement de vue sa stratégie globale : la signature de l’accord commercial de partenariat transpacifique (TPP, avec Australie, Nouvelle-Zélande, Malaisie, Singapour, Brunei, Vietnam, Japon, Canada, Mexique, Pérou, Chili,) le 5 octobre dernier et le regain de tensions en mer de Chine, sont là pour nous le rappeler.

Il faut être des manifestations pro-palestiniennes et pro-kurdes. Mais la tache politique la plus urgente est de briser les murs dressés au compte de l’ordre établi et des dictateurs tortionnaires par ceux pour qui l’anti-impérialisme ne saurait viser que certains impérialismes et pas d’autres.

Cela pour ouvrir la voie à la tache pratique la plus urgente : l’armement de la résistance syrienne à Alep et dans les autres villes qu’elle tient encore, contre Bachar, contre Poutine, contre Daesh.

Et ce ne sont ni l’OTAN, ni la France, qui le feront. La reconstruction de l’internationalisme révolutionnaire et émancipateur doit poser cette question.

Le 11-10-2015.

PS : au regard de la difficulté en France de trouver des infos sur la situation en Turquie et au Kurdistan, nous signalons à nos lecteurs le site suivant :

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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