Source : https://newpol.org/after-cuban-communism/
Présentation de New Politics
Samuel Farber a initialement publié cet article en espagnol sur sa page Facebook le 19 juin 2026, au moment même où Cuba annonçait une nouvelle politique économique. Farber avait rédigé l’article avant l’annonce de ces changements. – La Rédaction de New Politics.
Texte
Récemment, plusieurs articles sont apparus sur Facebook concernant le programme politique qui devrait être adopté dans un Cuba post-communiste. Ces articles portaient principalement sur l’avenir du Parti communiste cubain (PCC), en particulier sur la question de savoir si le PCC devrait être interdit une fois qu’il aura été retiré du pouvoir.
Toutefois, cette question ne peut être résolue sans examiner au préalable le processus par lequel le PCC serait évincé et la position que nous devrions adopter à l’égard de cet événement. Ce processus serait-il principalement le produit d’une révolution démocratique dans l’île ? Ou serait-ce le produit d’une invasion réussie organisée par le gouvernement américain se terminant par une occupation militaire du pays, ou de l’établissement d’un protectorat dans le style vénézuélien ?
Comme dans le cas du Venezuela, un protectorat américain de Cuba pourrait être compatible avec la création d’une nouvelle variété de capitalisme d’État privatisant des secteurs importants de l’économie. Si les États-Unis réussissent, d’une manière ou d’une autre, à reprendre le contrôle de Cuba après plus de 65 ans, nous, Cubains partisans de la démocratie et de l’autodétermination nationale, devons continuer à nous opposer au PCC (peu importe s’il finit aux marges de la vie politique) mais notre objectif principal doit être la lutte démocratique contre la domination étrangère. Nous ne pouvons pas nous permettre de devenir des conseillers de l’empire sur la façon de gouverner Cuba, y compris sur ce qu’il faut faire avec les survivants du PCC.
En même temps, nous devrions nous préparer à la division probable qu’une telle situation pourrait engendrer parmi le peuple cubain. Les dirigeants américains compteraient avec le soutien actif de l’extrême droite cubaine installée dans le sud de la Floride et de leurs équivalents à l’intérieur de l’île, ainsi que d’autres secteurs importants de Cubains. Mais les forces démocratiques à l’intérieur de l’île qui soutiennent véritablement l’autodétermination nationale s’opposeraient à la puissance étrangère ainsi qu’à ceux qui la soutiennent. De telles divisions politiques ne sont pas nouvelles à Cuba. Les combattants de l’indépendance cubaine à la fin du XIXe siècle n’étaient pas la seule option politique pour les Cubains. Il y avait aussi des Cubains qui soutenaient l’autonomie, mais pas l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne, ainsi que des sympathisants des « volontaires » espagnols et même de soi-disant « guérilleros » qui combattaient très activement au nom du colonialisme espagnol.
Supposons cependant que le gouvernement cubain soit renversé d’en bas par une véritable révolution démocratique dans l’île. Cela pourrait politiquement créer une situation beaucoup plus complexe vis-à-vis du statut du PCC. Ainsi, par exemple, une scission pourrait se développer au sein du PCC si une partie de sa base et même la bureaucratie du parti soutenaient une révolution démocratique. Ce fut le cas de la révolution hongroise en 1956, lorsque le dirigeant communiste Imre Nagy devint le Premier ministre à la tête des forces révolutionnaires. Il n’est pas étonnant qu’Imre Nagy ait été exécuté par l’URSS peu après son invasion [par l’armée « rouge »] et la contre-révolution menée ainsi dans le pays. Ce fut aussi le cas de la Tchécoslovaquie en 1968, où le dirigeant communiste Alexandre Dubcek a joué un rôle similaire à Nagy, avec un dénouement similaire, bien que moins sanglant qu’en Hongrie.
Le soutien des membres, et, voire de la hiérarchie du PCC en faveur d’une révolution démocratique à Cuba pourrait également affecter cette révolution dans le sens de la rendre moins sanglante. Cela créerait d’autres problèmes en ce qui concerne la façon de traiter le soutien des éléments du PCC compromis avec leur bilan en tant qu’organisation anti-démocratique et répressive. Néanmoins, rien de tout cela ne justifierait d’interdire l’existence continue du PCC après avoir perdu son pouvoir, à condition que :
# Tout d’abord, toutes les propriétés appartenant au PCC, tant physiques que financières, soient confisquées et retournées aux finances publiques aux frais desquels elles ont été initialement obtenues.
# Deuxièmement, tous les membres et en particulier les hauts fonctionnaires du PCC qui ont commis des crimes, qu’ils soient communs ou politiques, qui ont utilisé leur appartenance ou plus probablement leur position élevée dans le PCC pour obtenir l’impunité, doivent être traduits en justice pour leurs infractions comme tout autre citoyen cubain.
# Troisièmement, qu’une nouvelle Assemblée constituante soit élue pour révoquer tous les pouvoirs conférés au PCC en vertu de la Constitution actuelle. Une telle Assemblée devrait bien sûr discuter et se prononcer sur des questions encore plus fondamentales telles que l’état des principaux éléments de l’économie cubaine, et des systèmes d’éducation, de santé et de Sécurité sociale, entre autres. Vont-ils avoir une nature principalement publique et démocratique émergeant d’en bas au lieu d’un caractère privé et capitaliste ? Même si seule une minorité soutenait une constitution socialiste et démocratique, il est très important que ces questions soient discutées par l’Assemblée en public. En ce qui concerne spécifiquement le PCC : une fois privé par l’Assemblée de ses pouvoirs et privilèges, le PCC devrait avoir les mêmes droits et obligations que tout autre parti politique. Cela signifie qu’il ne serait en mesure de recueillir un soutien que sur la base de ses idées et de ses pratiques, et non sur ses pouvoirs privilégiés. Il convient d’établir clairement qu’aucun groupe ou parti ne soit déclaré illégal sur la base de ses idées, aussi antidémocratiques soient-elles, mais seulement exclu en fonction de ses actions, en particulier celles qui attaquent l’intégrité physique et les droits démocratiques du peuple.
Note d’Aplutsoc : l’usage du terme communiste/communisme dans ce texte porte principalement sur le pouvoir exercé par le Parti dit communiste. L’existence d’un authentique régime communiste à Cuba basé par l’abondance, la bonne vie, et la démocratie la plus large pour toutes et tous renvoie à une réalité qui n’est jamais advenue sur l’île malgré la formidable révolution de 1959-60.