Mercredi 2 avril, 16h, heure de Washington, Trump pérore devant les caméras et expose un tableau. Sur le tableau, des pourcentages : ce sont les hausses de tarifs douaniers pour le monde entier – sauf la Russie, la Corée du Nord et le Burkina Faso. Pour le reste, ne détaillons pas, c’est une blitzkrieg : 20% contre l’UE, 24% contre le Japon, 26% contre l’Inde, 31% contre la Suisse, 34% contre la Chine, 46% contre le Vietnam …
Sans oublier diverses petites îles comme les îles Heard et Mc-Donald (Australie, sud de l’océan Indien) inhabitées, mais dont les pingouins sont frappés de 10% de taxes imaginaires !
Dans les deux jours qui ont suivi, le fléchissement des bourses du monde entier s’est mis à regarder de plus en plus dans la direction du krach, surtout à partir de l’annonce, ce vendredi, d’une réponse « œil pour œil » de la Chine, plaçant 34% sur les produits étatsuniens.
La dimension ubuesque, délirante et grotesque, de ces mesures, est incontestable. Diverses conjectures circulent sur la manière dont les hausses de tarifs ont été calculées par les zouaves de la Maison blanche (apparemment, ils ont divisé le montant de l’excédent commercial du pays avec les EU par le volume de ses exportations aux EU et divisé le résultat par 2 et appelé ça « pourcentage »). La brutalité est indéniable elle aussi : il s’agit d’une déclaration de guerre commerciale au monde, sauf à la Russie. Et dans guerre commerciale, il y a « guerre ».
Mais on ne peut comprendre ce qui est en train de se passer si on l’explique uniquement à partir de la bêtise de Donald Trump, même associée à ses liens mafieux anciens avec Poutine. La tendance à la fragmentation du marché mondial n’a cessé de poindre et de monter depuis la crise de 2008. Le Brexit, la guerre commerciale avec Beijing, le premier mandat Trump, le Covid, la crise du fret, la guerre russe contre l’Ukraine, en ont ponctué les étapes. Trump opère le basculement total d’un coup, mais toutes les conditions étaient là. La « mondialisation » capitaliste devient la dislocation, tout aussi mondialisée.
La dernière grande dislocation du marché mondiale s’était produite entre le 24 octobre 1929, krach à Wall Street, et le 30 janvier 1933, arrivée de Hitler à la chancellerie allemande. L’intensification et l’extension du commerce mondial, et donc la « mondialisation », avaient été prônés par les plus riches États, à commencer par les États-Unis, comme panacée pour que ceci ne se reproduise plus, après le choc pétrolier de 1973 et encore, de manière poussive, après le krach du 15 septembre 2008. Mais la tendance à la dislocation montait. Trump vient de la faire triompher. Il a, en quelque sorte, parcouru le chemin économique allant du 24/10/1929 au 30/01/1933, d’un seul coup.
C’est là une formidable manifestation de puissance, mais sui generis : c’est la puissance n°1 qui se tire plusieurs balles dans les pieds. Si tant de pays étaient excédentaires dans leur commerce avec les États-Unis, c’est que ceux-ci, depuis longtemps, sont les premiers consommateurs du monde et vivent à crédit. Inflation, licenciements, compression des salaires, vont s’abattre brutalement sur le peuple américain, et les secteurs capitalistes étatsuniens qui vont s’effondrer ne manquent pas.
S’il y a une rationalité dans cette irrationalité du capital devenant fou et oubliant tout sauf qu’il doit s’accumuler, elle est la suivante : faire plonger le monde entier plus que les États-Unis eux-mêmes plongeront afin de restaurer leur puissance relative à l’intérieur de l’effondrement absolu. Envers tout le monde, sauf la Russie, et surtout envers la Chine.
Demain, les manifestations vont déferler dans toutes les villes américaines. La question est de centraliser ce mouvement : grèves de masse et marches sur Washington devraient être la perspective des centrales syndicales, qui en sont loin.
La tentative de l’UAW de trouver la conciliation avec Trump sur le terrain du protectionnisme est un obstacle politique central. A la base, nombreuses sont les sections syndicales qui appellent à manifester demain, ou qui, par exemple, comme le local 160 de l’UAW à General Motors, Michigan, appellent à s’unir avec les ouvriers mexicains et canadiens plutôt que de soutenir ces « tarifs ». C’est une question centrale, car Trump a pour l’instant refusé d’affronter le syndicalisme dans l’industrie, laissant Musk attaquer dans la fonction publique, mais il va devoir le faire s’il respecte le mandat des milliardaires écrit dans Project 2025. Et alors, Shain Fain, dirigeant lutte de classe de l’UAW… jusqu’à la victoire de Trump, va avoir un problème, car les fermetures d’usines et l’attaque antisyndicale arriveront en même temps !
L’affrontement commence maintenant. Dans le monde entier, les exploités et opprimés vont chercher leur voie, non celle de la riposte douanière graduée ou massive des gouvernements empêtrés, mais de la mobilisation indépendante contre l’Axe fasciste Trump-Poutine qui nous mène à la guerre, et pas dans une génération. C’est une question d’années, sinon de mois. Alors, Organise, comrade ! Organisons-nous, camarades ! Et vite.
Le 04-04-2025.
Un peu de poil à gratter dans votre rhétorique trop bien huilée :
Si Trump ne taxe pas la Russie c’est parce qu’elle est déjà l’objet de sanctions économiques qu’il a maintenues (exclusion du système bancaire international). Il n’y a rien à taxer car du fait de ces sanctions il n’y a plus de commerce entre les US et la Russie.
Pire, Trump a même commencé de s’énerver la semaine passée (enfin c’est un sketch), menaçant la Russie de nouvelles sanctions encore plus dures.
Musk a subi un revers électoral et Trump subi la pression de Wall Street : comme je l’avais indiqué dans mes précédents posts, rien n’indique que l’axe trump-musk-poutine que vous martelez soit une réalité, encore moins durable.
Cette semaine aussi, les militaires US ont tenu à rappeler qu’ils restaient membre de l’OTAN et que Trump n’avait jamais évoqué l’idée de quitter cette alliance. Le soutien militaire à l’Ukraine, certes ridiculement insuffisant (mais il fallait peut-être cela pour que les Européens se réveillent), n’est pas stoppé.
Ensuite, le plus important, l’offensive actuelle n’est pas trumpienne, elle est américaine (et même occidentale) et elle ne vise pas le monde, elle vise la dictature Chinoise. L’absence de droit de douanes imposés depuis des décennies à la Chine est une catastrophe pour les populations qui vivent dans la région dite „Chine“, pour les populations vivant ailleurs mais aussi pour les écosystèmes.
Cette semaine encore, la Chine a renouvelé sa pression militaire sur Taïwan. Certes les Américains et tout le monde va souffrir de cette crise économique, mais c’est la Chine qui risque d’en souffrir le plus et c’est une bonne chose pour les démocrates du monde entier.
L’Occident vit au dessus de ses moyens, à tous niveaux. Trump ou pas, il faut arrêter de fabriquer des bagnoles et des Nike qui font le tour du monde. Si le capitalisme mondial prend un coup de frein, on ne vas pas s’en plaindre, même si c’est à cause d’une bouffée trumpienne. Derrière cette apparente folie, la logique fondamentale est la même depuis Obama : renforcer l’Occident face à la menace chinoise. Même si la Chine est loin en retard dans le conflit, il ne vaut mieux pas prendre de risque.
Ne vous inquiétez pas, si Trump perturbe trop le capital, les milliardaires dont vous parlez vont vite remettre la machine de mort en route.
Le conflit est entre ces milliardaires qui rêveraient de s’installer en Chine et les tenants de l’appareil militaire qui sont ok pour fusionner avec l’Asie, mais pas n’importe comment : en gardant le contrôle, ce que la Chine refuse. C’est là que se trouve la tension historique et il n’est pas plus mal que les militaires reprennent un (petit) peu de terrain sur les financiers.
L’Ukraine a servi d’exemple : les financiers ont voulu faire northstream (Macron inclus) les militaires ont dit „attention, ça reste les Russes“. On a payé pour voir.
Les US refusent de faire la même erreur avec la Chine et imposent cette décision au monde entier.
R.
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