Présentation

Nous publions cette correspondance rédigée par un camarade syndiqué du SNFOLC – Syndicat National FO des Lycées et collèges. Celle-ci illustre le renouvellement de la vieille dichotomie entre programme minimum et programme maximum, sauf qu’à la place de la formule originelle où le programme maximum correspondait à l’objectif d’une transformation sociale radicale tandis que le programme minimum se basait sur les revendications immédiates, ici, nous avons affaire à un programme maximum, pour les dimanches et jours de fête, limité à la juste revendication du refus des 64 ans et de la réforme Macron contre nos retraites, tandis que le programme minimum devient la revendication de préservation de « l’unité du syndicat », ce qui en pratique signifie la préservation de l’appareil confédéral.

Correspondance

Dans la dernière AG du SN-FO-LC de mon département (fin janvier), la secrétaire du syndicat, militante au PT et membre de son (unique) courant « trotskiste » (la TCI), s’est arc-boutée contre ma proposition de motion adressée à nos représentants de la confédération CGT-FO pour leur demander de sortir du « conclave » conformément à la résolution de la commission exécutive confédérale, et pour être en cohérence avec la revendication d’abrogation pure et simple de la réforme des retraites, laquelle ne peut être obtenue dans le cadre (ou plutôt le carcan) du « conclave » de Bayrou.

J’ai proposé une motion s’inspirant de celle du SN-FO-LC 17, et qui se trouvait être aussi en conformité avec l’édito du dernier journal du SN-FO-LC national, dont le secrétaire fédéral prend également  clairement position pour la sortie du conclave.  (Ledit secrétaire fédéral est pour sa part encarté au POI, si je ne me trompe pas – il s’agirait aussi d’éclairer le rôle et l’intérêt des bureaucrates du POI dans cette affaire, mais cela demanderait un développement à part).

Les camarades présents à l’AG étaient au départ plutôt favorables à cette proposition de motion (la discussion a même été ouverte par un camarade qui a cité l’édito du journal du SN-FO-LC, que je n’avais de mon côté pas encore reçu par la poste), – en dehors donc de la secrétaire départementale. Cette dernière a argumenté en disant qu’il ne fallait pas risquer de mettre en difficulté le secrétaire général au motif que cela mettrait en péril l’unité du syndicat. Or je crois que ce n’est pas s’avancer trop que de dire – et j’ai argumenté dans ce sens – qu’une large majorité des syndiqués est vraisemblablement pour la sortie du conclave, et que par conséquent, nous risquions surtout de perdre en crédibilité et de perdre des adhérents en restant dans les concertations avec le Medef sur fond d’enveloppe fermée. La secrétaire a proposé de s’en remettre au secrétaire académique qui formulerait « positivement » et de manière constructive les choses pour inviter dans un tract du SN-FO-LC de l’académie la confédération FO à sortir du conclave, mais sans montrer du doigt « le méchant Souillot » (pour reprendre les termes avec lesquels la secrétaire départementale a essayé de caricaturer mon argumentaire).

Le résultat a été une position de compromis proposée par le camarade qui avait lu l’édito du journal du SN-FO-LC, et qui consistait à accorder notre confiance à la démarche du secrétaire académique, avant de, si cette tentative conciliante échouait, monter d’un cran et voter une motion adressée à la direction confédérale lors de notre prochaine AG. Mais notre prochaine AG n’aura lieu que mi-mai…

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause l’engagement et le travail par ailleurs très positif des cadres syndicaux du PT, qui agissent toujours pour l’unité syndicale la plus large sur les revendications (à rebours du POI, qui est sur des positions de division), construisent avec énergie le syndicat et défendent avec beaucoup d’acharnement et de dévouement les collègues qui les mandatent pour le faire. Ces camarades m’ont sorti à plusieurs reprises de situations difficiles (et ce n’est pas fini), et je leur en suis reconnaissant et redevable.

Cela ne doit cependant pas nous empêcher d’avoir un débat sur la stratégie et l’intervention dans le syndicat, que le PT met bel et bien en œuvre, mais sans la présenter et l’assumer publiquement comme telle. En fin de réunion, la camarade secrétaire nous a proposé de signer un appel « politique » de 300 militants de la CGT et de FO pour la sortie du conclave, mais on ne pouvait signer qu’ « à titre personnel et sans engager notre organisation ». Bref, la révolution pour les dimanches et jours de fête, une vraie manœuvre d’entourloupe pour ne pas mettre le secrétaire général de la confédération FO devant ses responsabilités (notamment celle de respecter son mandat), tout en affichant dans la « Tribune des travailleurs » [organe du PT] une opposition radicale à la participation au conclave, avec des arguments très justes. Je précise que ces camarades du PT ne sont très vraisemblablement pas conscients qu’ils défendent une ligne consistant non pas, comme ils le croient, à protéger le syndicat mais ses bureaucrates, et que c’est justement cela qui anesthésie et met en péril le syndicat. À la limite : que nous importent les chantages des métallos et du SGP-FO en interne ! Doit-on céder toujours à ceux qui sont sur une ligne pourrie pour les garder à tout prix, et notamment au prix d’abandonner les revendications, puisque c’est ce que fait le secrétaire général de la confédération en allant au conclave ? Aller au conclave, c’est en effet enterrer la revendication d’abrogation de la réforme des retraites pour négocier quelques ajustements qui ne remettent pas en cause ladite réforme et son cadre austéritaire voire liquidateur de la solidarité ouvrière.

Tout ceci ne peut cependant étonner quiconque a fait des lectures sur l’Histoire du « compromis historique » de Lambert avec l’appareil de FO, et se rappelle que les permanents du PT (et de la TCI, qui sont peu ou prou les mêmes) sont des permanents de l’organisation depuis plus de 40 ans, et que nombre de cadres du PT ont, de surcroît, aussi des décharges voire des permanences syndicales. Ce qui les lie de fait à l’appareil, même si cela se fait parfois malgré eux et en dépit des principes qu’ils croient défendre (et défendent en partie, et avec succès, mais dans les limites qui leur sont imposées par la bureaucratie du PT).

RV, 02/02/2025.

Document

Résolution de la Commission Exécutive Nationale du SNFOLC du 29 et 30 janvier 2025