Deux des plus importants États capitalistes de la planète se réclament de Staline : la Russie et la Chine. Dans le cas chinois, cette référence n’est pas brandie au premier plan, le régime disposant d’un vrai chef bonapartiste qui s’occupe de passer pour le rempart mondial contre le coronavirus, tout en faisant réécrire la Bible, le Coran et les canons bouddhistes afin qu’ils soient conformes à sa pensée : Xi Jinping.

Dans le cas russe, comme chaque année mais un cran au-dessus cette année, les commémorations de la capitulation du III° Reich nazi ont été l’occasion d’accentuer la référence de Poutine à Staline. Rappelons que dans l’histoire de l’URSS puis de la Russie, la question de l’histoire et de la vérité historique est centrale. Sous Brejnev, ce sont l’échec du procès Siniavsky-Daniel, début 1966, puis le combat des Kosterine et des Grigorenko, ces communistes oppositionnels amis des Tchétchènes et des Tatars de Crimée, qui ont déjoué la volonté du régime de réhabiliter ouvertement Staline. Bien que Vladimir Poutine présente les apparences body-buildées d’un Bonaparte plus vigoureux que ne le fut Léonide Brejnev en son temps, ou bien plutôt parce que ce ne sont de plus en plus que des apparences, justement, il va plus loin que Brejnev en faveur de l’ancien petit père des peuples et tyran massacreur.

Voici deux semaines, les chefs mafieux qu’il tient à bout de bras (et cela lui coûte cher) dans les « Républiques populaires » autoproclamées, en fait les zones occupées, de l’Est de l’Ukraine, ont eu le culot de vouloir, à l’occasion du 8 mai, rebaptiser les cités ouvrières de Donetzk et de Louhansk, respectivement « Stalino » et « Vorochilovgrad » (Vorochilov était un chef militaire doté d’une grande moustache et d’un petit cerveau, client de Staline depuis 1918).

Peu après, les autorités sous contrôle russe de l’Ossétie du Sud, autre territoire occupé, celui-là depuis 2008, ont rebaptisé la ville ossète au nom géorgien de Tshkinvali d’un « nom de fête », Stalinir – la ville s’était appelée Staliniri de 1934 à 1961 où le XXII° congrès du PCUS avait suscité le retour à sa dénomination populaire.

Ce sont là des signaux qui ne trompent pas, du besoin de régimes capitalistes autoritaires contemporains de se référer à l’un des plus grands chefs à poigne ayant massacré des paysans, des ouvriers, des révolutionnaires, des peuples opprimés, au XX° siècle.

De 1939 à 1941, ce chef à poigne contre-révolutionnaire s’est partagé l’Europe centrale et orientale avec Hitler, ce qui lui a donné l’entraînement nécessaire pour se repartager des territoires plus vastes avec les puissances capitalistes dites occidentales, en 1944-1945. Ce n’est pas Staline qui a vaincu Hitler, ce sont les peuples russe, ukrainien, bélarussien, polonais, juif, tchèque, slovaque, serbe, croate, grec … les résistants allemands aussi, et bien d’autres. Staline aurait souhaité continuer dans le cadre de son pacte avec Hitler, et son sabotage de la défense nationale soviétique, en 1941, exprimait le désir de la bureaucratie de cogérer une Europe partagée avec Hitler, bien à l’abri de la colère des peuples.

Ceux qui, aujourd’hui, se prenant parfois pour des défenseurs d’une mémoire soi-disant communiste, nous amusent avec des portraits de Staline et des rubans de Saint-Georges (emblème des armées blanches, recyclé sous Staline et très usité sous Poutine), ne font que désarmer la classe ouvrière dans sa lutte. Car la lutte des classes ne saurait se passer de la vérité qui, seule et toujours, est révolutionnaire.