Le point au 13 janvier 2019

Le week-end des 5 et 6 janvier a vu les mouvement des gilets jaunes repartir de plus belle, déjouant les souhaits et prévisions du pouvoir, affrontant directement ses forces de police le 5, mettant en avant les femmes travailleuses dans une vague historique de manifestations féministes au sens fort du terme dans ce pays, le 6.

Tout au long de la semaine, la ligne de dénonciation de la « foule haineuse », lancée par Macron dans ses vœux du nouvel an, a prévalu au niveau du pouvoir et des principaux médias. Le prétendu philosophe Luc Ferry a dit tout haut ce que toute la macronie pense et dit plus ou moins ouvertement, à savoir qu’il serait temps de tirer sur la foule (il a en effet appelé police et armée à se servir de leurs armes !). Et le trouble Castaner, la veille du samedi 12, lançait la provocation : les manifestants, annonçait-il, seraient les complices des casseurs.

La journée du samedi 12 janvier a donc été une nouvelle défaite politique pour ce pouvoir exécutif engagé dans la fuite en avant répressive, suite logique de sa fuite en avant dans les contre-réformes antisociales.

D’une part, il n’y a pas eu de morts (en France ; en Belgique un gilet jaune renversé par un camion est décédé sur un barrage) malgré les violences policières (au moins deux yeux crevés, à Paris et à Bordeaux …).

D’autre part, Castaner a bien dû avouer que la mobilisation était en hausse, bien qu’il ait arrêté les compteurs à 86 000, chiffre aussi absurde qu’à l’accoutumé.

Il faut prendre la mesure de ce qu’est une situation dans laquelle se pose, de samedi en samedi, la question de combien de morts et de blessés fera la répression.

Elle entraîne bien entendu la nécessité de l’unité contre la répression et de l’organisation du secours et de la défense juridique contre un État qui n’est pas, si tant est qu’il l’ait déjà été, l’État de droit, et en la matière on constatera une fois de plus la carence du mouvement ouvrier et démocratique « traditionnel » dans ses principales composantes.

Mais plus encore, la répression et l’hystérie de la « macronie » attisent la question démocratique centrale, celle que tous les états-majors politiques esquivent : qu’ils dégagent.

Parmi les gilets jaunes, la poussée vers l’auto-organisation consistant dans la délégation et la coordination, prenant la place des porte-paroles autoproclamés et incontrôlables, progresse depuis le second appel de Commercy, auquel ont répondu favorablement de nombreux regroupements de gilets jaunes comme celui de Montreuil.

Et, même mouvement sur le fond, les gilets jaunes de Toulouse s’adressent aux organisations syndicales pour aller les chercher afin d’aller à la grève générale.

Unité avec les organisations ouvrières et élections de délégués mandatés et révocables, là est la voie du succès.

Dans l’intérêt d’un tel développement, il convient donc de dénoncer et de faire toute la lumière sur la manière dont s’est constitué un « service d’ordre » de « brassards blancs » dans la manifestation parisienne des gilets jaunes d’hier.

En effet, il apparaît que l’extrême-droite a infiltré ce SO d’une cinquantaine de membres, très mobiles, au point de le contrôler de fait. Victor Lenta, ex-para, « identitaire », soupçonné d’avoir pris part à l’incendie d’une mosquée en 2009, et mercenaire de Poutine dans le Donbass alors que beaucoup de gilets jaunes se réfèrent, à juste titre, au Maïdan ukrainien pour définir leur mouvement, a été identifié dans ce SO.

Beaucoup de gilets jaunes veulent à juste titre un SO, mais pas pour les encadrer eux, pour les protéger et, au besoin, faire bloc contre les charges policières. Ce n’est pas ce qu’a fait le SO façon Lenta, soucieux d’interdire tout affrontement avec la police au motif de ne pas céder aux provocations : le cas échéant les liens policiers de ce provocateur poutinien devront eux aussi être éclaircis.

Enfin, ceci évitera aux anti-gilets jaunes professionnels de compléter la provocation en affirmant mensongèrement, ainsi qu’on peut le lire sur les réseaux sociaux, qu’en « choisissant » un Lenta les gilets jaunes auraient « choisi leur camp » !

 * * *

Où en est Macron ?

La fuite en avant répressive, déjà en cours, ne marchera pas, c’est clair. S’ils tirent, la marée ne refluera pas, bien au contraire.

La dissolution de l’assemblée en l’état actuel n’aurait qu’un seul résultat certain : l’élimination des élus macronistes. Un référendum tel qu’il en est question dans les hautes sphères suppose d’avoir fabriqué un minimum de faux consensus auparavant, et ils n’en sont pas là.

Macron ne peut donc que continuer à naviguer à vue en combinant répression et participation, en une sorte de caricature bégayante de ce qu’avait été l’action de l’exécutif gaullien entre mai-juin 1968 et le Non au référendum de 1969.

Le « grand débat » a commencé par deux épisodes illustratifs.

Le Conseil Économique, Social et Environnemental, institution vouée à la « participation » et à l’association des syndicats aux décisions du pouvoir, a lancé un questionnaire qui, trusté par la droite et l’extrême-droite, a vu quelques milliers de réponses (autant dire rien du tout) mettre en tête des « préoccupations des Français » la remise en cause du mariage pour tous. Tout en faisant accuser les gilets jaunes d’être les coupables, le pouvoir a confirmé que, à la différence de l’ISF, un tel sujet n’est pas tabou pour lui !

Deuxième épisode, la présidente du machin censé organiser les débats publics, Chantal Jouanno, a démissionné de l’organisation du « grand débat », son salaire indécent de haute fonctionnaire, de près de 15 000 euros (une paille il est vrai, comparé aux grands actionnaires !) ayant été connu suite à des questions sur Twitter.

Ces deux petits épisodes résument bien les choses. CGT et Solidaires ont boycotté la réunion inaugurale. Mais c’est la totalité du « grand débat » que les organisations syndicales ainsi que les associations d’élus doivent boycotter !

Non pas seulement parce qu’il s’agit d’une farce et que tout le monde le sait. Mais parce que c’est, avec le dialogue social sur les retraites et le statut de la fonction publique, l’ultime planche de salut de Macron qui veut ainsi tenir jusqu’aux Européennes.

L’unité « gilets jaunes/gilets rouges », la voie du succès pour les gilets jaunes comme pour la jeunesse et pour les grévistes dans des centaines de petites et moyennes entreprises de tous les secteurs, exige que l’on ne collabore pas avec Macron ou ses ministres mais qu’on les combatte, pour nos revendications !

 Pas de participation à la farce du « grand débat » !

Que les représentants syndicaux arrêtent tout « dialogue social » sur la casse sociale !

L’issue politique c’est : Macron dégage !

Ce ne sont pas les droits sociaux qu’il faut casser,

c’est l’État de la V° République : unité dans le blocage et la grève générale !

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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Un commentaire pour Le point au 13 janvier 2019

  1. tramont dit :

    ok en accord sur l’ensemble la question est bien des représentants élus revocable il faut rajouter sans privilèges et à durée limitée on a trop connu l achat des dirigeants syndicaux et politiques ,Tsipras en est un bel exemple en grèce.

    J'aime

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