Dimanche 18 mars nous apprenions la mort de Moishe Postone. Ce grand penseur juif avait sans doute un certain humour : la nouvelle s’avérait fausse, il est ressuscité pour quelques jours.

C’est donc le mercredi 21 en fait qu’est mort Moishe Postone, né en 1942, l’un de plus importants lecteurs sérieux de Marx et théoricien marxiste contemporain. L’ « école de Francfort » dans l’histoire officielle des idées aurait abouti au consensualisme libéral-démocrate de Habermas. Mais il y a un autre aboutissant, c’est Postone.

Nous ne résumerons pas ici sa lecture de Marx, centralisée dans son ouvrage majeur Temps, Travail et Domination sociale. Disons simplement que saisir le fonctionnement de la société capitaliste en termes de classes sociales ne suffit pas : l’autonomisation du rapport social entre les hommes comme « valeur » et comme valeur grossissant c’est-à-dire capital, en est la clef. Bien loin de nous inciter à produire un nouveau dogmatisme rejetant toute l’histoire du mouvement ouvrier au nom de la « critique de la valeur », cet approfondissement doit nous permettre de nous réarmer pour les orages d’acier qui viennent.

Et ceci vaut particulièrement pour un point : la place centrale de l’antisémitisme comme forme achevée du fétichisme inhérent à la société vouée à l’accumulation infinie du capital.

Il faut donc lire Postone, et, du coup, Marx.

24-03-2018.