France – Après le 22 mars

De 400.000 à 500.000 manifestants – et déjà 202.000 d’après le recensement des organisations de retraités une semaine auparavant (1)dans toute la France, environ 60.000 à Paris (2) une fois fonctionnaires et cheminots réunis, mais surtout le sentiment, parmi les manifestants, parmi les grévistes, dans la population, que cette fois-ci quelque chose commence, que ce jeudi 22 mars a été saisi comme occasion réelle du regroupement politique de la majorité sociale, contre l’exécutif du mépris et de la casse, qui appauvrit les retraités, bouche l’avenir des jeunes et veut liquider les statuts, de la fonction publique comme des cheminots.

C’est ce contenu politique, signifiant union grandissante des travailleurs, qui a donné son allant, son entrain, et son espoir, à la journée du 22 mars qui n’a donc pas été du tout une journée d’action « ordinaire » de plus.

Par conséquent, la situation se tend. Président, premier ministre et ministres y vont de leurs propos anti-grèvistes et menaçant – tout en lâchant la promesse d’un recul sur la hausse de la CSG concernant les couples de retraités dont les revenus cumulés passent au dessus du « seuil » de 1830 euros mensuels. Un aspect important de la situation politique doit ici attirer notre attention : le « Rassemblement National », nouveau nom du FN, et la nébuleuse de groupes qui font le pont du RN aux LR de Wauquiez (« Patriotes », UPR, DLF …) tentent de se montrer dans des manifestations, et sont souvent, heureusement, expulsés, tentent de la jouer « sociale » tout en dénonçant « immigration » et « immigrationnistes », en même temps que les provocations physiques apparaissent, la plus grave s’étant produite à Montpellier, à la fac de droit, contre des étudiants mobilisés pour le droit aux études, contre Parcoursup, occupant un amphi, attaqués par un commando de nervis sous la direction du « doyen », un dénommé Pétel conduit à la démission le surlendemain, ce qui ne règle pas tout loin de là. Notons le bien : le « macronisme » n’efface en rien l’extrême-droite, et derrière le « macronisme », se tient l’extrême-droite.

Il n’est, de plus, en rien déplacé de noter de la même manière que l’extrême-droite islamiste elle aussi déteste population et travailleurs. L’attentat du super-U près de Carcassonne a fait quatre morts, dont un militaire au comportement héroïque qui s’était substitué à une otage. Tous ces morts, y compris ce dernier, sont nôtres. La meilleure riposte est de continuer vers l’unité, vers la grève, vers l’affrontement social.

Alors, après ce puissant 22 mars, quelles perspectives ?

La direction de la CGT avait décidé, la veille, de rendre public et de diffuser un appel à la suite, sous la forme d’une journée d’action interprofessionnelle le jeudi 19 avril.

Un autre débat s’amorce sur une proposition qui circule en provenance de la « France insoumise », dont les dirigeants n’ont pas pu, comme en septembre dernier, opposer leur propre agenda au développement de la lutte sociale depuis janvier : il faudrait, parait-il, un grand rassemblement un week-end, pour que ceux qui « ne peuvent pas faire grève », petits patrons inclus si l’on comprend bien, puissent venir aussi dire que « Macron, un an ça suffit » (3)

L’action interprofessionnelle, plus précisément la grève tous ensemble, c’est là ce qui est nécessaire. Mais la date annoncée ainsi par avance est lointaine et, qui plus est, fixée dans une période de vacances scolaires sur la majorité du territoire, y compris la région parisienne, alors que la mobilisation de la jeunesse qui mûrit est une donnée importante du rapport de force.

Il convient, nous semble-t-il, d’éviter les éternelles polémiques « pour » ou « contre » la « convergence des luttes ». Avant et pendant le 22 mars, la dirigeante de la FSU, Bernadette Groison, s’est illustrée en déplorant que la « visibilité » de la fonction publique soit affaiblie, ce jour là, par les cheminots ! Inversement, pas mal de militants se sentent très « radicaux » en déclinant les mots « convergences des luttes » à l’encontre des « intérêts catégoriels ». Soyons clairs : la meilleure chose dont ont besoin les revendications catégorielles, particulièrement celles des fonctionnaires, des enseignants et des cheminots portant sur leurs statuts, c’est d’y aller tous ensemble. Et ceci est mal nommé « convergence des luttes » : il s’agit d’ores et déjà d’une lutte commune, ce que les manifestants du 22 mars ont tous compris. Les propos de B. Groison vont en l’occurrence à l’encontre des intérêts catégoriels bien compris des syndicats de la FSU et des fonctionnaires en général. Oui, pour gagner, pour le rapport de force, il nous faut, d’une façon ou d’une autre, la grève unie et tous ensemble !

Les conditions de celle-ci sont réunies à la base : les revendications sont là. Le besoin de s’unir aussi, ainsi que le besoin, identique, de se centraliser. C’est ainsi que serait oh combien nécessaire une centralisation contre le ministre de tous les mouvements départementaux vigoureux qui s’affirment, dans toute la France, contre les fermetures de classes et d’écoles et pour le maintien des petites écoles, à la campagne comme à la ville !

Cette union doit s’imposer aux syndicats. Cela veut dire aussi négocier quand il y a quelque chose à négocier, c’est-à-dire les revendications, mais pas quand il n’y a rien, c’est-à-dire le programme du gouvernement. Aucune fédération de la fonction publique, en particulier la FSU et les fonctionnaires CGT et CGT-FO, ne doit persister à « négocier » avec le secrétariat d’État à la fonction publique qui exige l’accord pour le contrat au lieu du concours !

D’ici le 19 avril va s’amorcer la grève des cheminots, qui va, début avril, se développer comme grève véritable avec assemblées générales et reconduction, sous couvert de grève perlée tous les trois jours, ou qui va avorter. Doit-on attendre de voir venir ? Où ne doit-on pas plutôt agir en même temps qu’eux, dans tous les secteurs ?

Voila les questions posées. Elles sont politiques, en ce sens que l’indépendance syndicale exige cette action unie et centralisée, et en ce sens qu’elles concernent toutes et tous.

C’est pourquoi nous participerons à l’assemblée-débat appelée par le Front social sur la question de comment construire cette « convergence des luttes » qu’il nous semble plus conforme à la réalité d’appeler le Tous ensemble, le 7 avril prochain, et c’est pourquoi nous allons nous donner les moyens d’organiser une réunion-débat d’ici début mai à laquelle seront invités les courants politiques issus du mouvement ouvrier se posant la question de comment affronter Macron, maintenant.

Dernière minute:  on apprend que la direction confédérale de la CGT appellerait aussi à une « journée d’action » le 3 avril, jour où doit commencer la grève des cheminots. Dans ce cas, il faut la grève interprofessionnelle nette et claire ce jour là, sans annoncer à l’avance d’autres dates au gouvernement : il s’agit de gagner, non ?

Notes :

  1. Cette recension ici :https://docs.google.com/spreadsheets/d/1u3H5olxkrwPbd9UVQJ8uGwOjm2zQx4yZIB7RM-b7nJE/edit#gid=228271691
  2. Un « nouveau comptage » fait par des « observateurs médiatiques indépendants » s’est, sur Paris, immédiatement décrédibilisé par un décompte d’une précision pathétique, se tenant consciencieusement à quelques centaines de manifestants de moins que les chiffres préfectoraux !
  3.  La version « gauche » de cette manifestation du week-end nous est donnée par Jacques Cotta, déjà spécialisé dans la présentation « de classe » de la ligne anti-immigrés de Mélenchon et Kuzmanovic : ce serait un terrrrrrrrible rassemblement contre la V° République … sans grève et le week-end (et avec les copains souverainistes, et avec des patrons petits et moyens, et sans « no-borders » !!!). Quitte à manifester un week-end, nous manifesterons, en effet, avec les camarades du POID, qui ne tentent pas, eux, de faire passer des vessies pour des lanternes en appelant, en fonction de leurs possibilités, au dimanche 13 mai sur le mot d’ordre de la réalisation de l’unité pour chasser Macron et en finir avec la V° République.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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