Johnny Haliday n’était plus l’idole des jeunes, mais il est resté une idole pour des millions de prolétaires. Certes, il était « de droite » et un exilé fiscal, mais c’était un type sympa, ayant gardé son look du jeune prolétaire délaissé qu’il fut réellement, ayant drainé à un moment donné – les premières sixties – une révolte montante, ensuite ayant été suffisamment aseptisé, tout en gardant une pleine maîtrise technique et vocale, pour pouvoir être massivement diffusé et porter en somme la représentation de cette révolte, de ce désir de liberté, de ce sentiment, aussi, de dignité chez bien des prolétaires.

Leur affliction est pleinement respectable. Le méchant cancer qui a emporté Jean-Philippe Smet a aussi eu pour effet ironique de stopper net le concert national d’hommage à M. d’Ormesson qui, sous quelque angle qu’on le considère, ne suscite aucune expression comparable de dignité.

La soif de liberté, elle, demeure, plus que jamais.