Éditorial du 17 septembre 2017 – Poussons et unissons

Une poussée : ainsi pourrait-on nommer ce qui est en train de se produire. Une poussée de lutte sociale, visant à assimiler et rattraper les défaites de la dernière période. Faite de différentes composantes qui cherchent et chercheront forcément à se rejoindre : grèves et conflits d’un niveau réel toujours élevé dans les entreprises et le secteur tertiaire, action des militants syndicaux pour s’unir et affronter Macron, indignation devant la liquidation des personnes affectées aux contrats aidés, maturation et réflexion des fonctionnaires constatant qu’ils sont et seront la cible de ce gouvernement.

La poussée a accompli une première victoire contre les obstacles mis sur son chemin, et c’est pour cela que, malgré le contre-feu médiatique qui, sur le 12 septembre, a atteint le niveau du mensonge, elle est plus visible à présent. Cette première victoire fut donc ce 12 septembre où FO ne devait pas être, et où FO fut présente, sans Mailly, mais à une échelle qui permet de dire que la confédération FO était là.

A partir de là des vannes commencent à s’ouvrir, certes trop lentement, car, répétons-le, si les directions confédérales nationales avaient quitté la pseudo concertation et appelé à la grève et à la centralisation nationale de la lutte au moment du conseil des ministres qui doit adopter les ordonnances Macron, alors la poussée qui s’effectue à présent ne serait pas une poussée, ce serait une marée. Mais les vannes commencent à s’ouvrir.

La confédération CGT a appelé au jeudi 21, veille de ce conseil des ministres que l’exécutif a d’ailleurs déplacé de la date habituelle du mercredi au vendredi 22. Dans toute la France, les manifestations vont converger vers les préfectures et sous-préfectures, contre l’exécutif, pour lui signifier la vraie revendication qu’on aimerait bien entendre Mailly, mais aussi Martinez, formuler explicitement : retrait des ordonnances Macron et abrogation de la loi El Khomri.

Les Fédérations FO et CGT des Transports ont ensemble appelé à la grève reconductible avec blocages de dépôts de carburant à compter du lundi 25, c’est-à-dire la semaine qui suit l’adoption des ordonnances en conseil des ministres.

FO Transports et Logistique appelle à rejoindre la manifestation parisienne du 21 septembre sur les mots d’ordre : Abrogation de la loi El Khomri, retrait des ordonnances Macron, ni 49-3 ni ordonnances, droits collectifs !

Le secteur Routes de la Fédération CFDT Transports et Environnement dénonce le « typhon social dans les transports » des ordonnances Macron qui conduisent à la « mort du contrat de travail » et appelle à une journée d’action, avec la CFTC, le lundi 18, ce qui augure de la réalisation de l’unité de toutes les fédérations dans les transports contre les ordonnances.

En outre, l’ensemble des Fédérations de fonctionnaires, réunies par la FSU, appellent à la grève le 10 octobre, et une action unitaire de toutes les organisations de retraités (sauf CFDT et UNSA) est annoncée de longue date pour le jeudi 28 septembre.

Assurément, tout cela peut conduire à la dispersion et la question posée est de plus en plus celle d’un véritable tous ensemble, de tous les secteurs, c’est-à-dire l’affrontement global du salariat avec le pouvoir exécutif patronal.

Le regroupement « Front social » a adressé, le 12 septembre, une lettre ouverte aux « syndicats, associations, fronts de lutte et formations politiques » qui pose la question de l’unité, de la grève tous ensemble.

Dans les nombreuses dates annoncées, il y a celle du « rassemblement populaire » de la FI le samedi 23 septembre. Ses organisateurs entendent bien donner à ce rassemblement un caractère différent de toutes les actions de classe et combats syndicaux. Son mot d’ordre n’est pas le retrait des ordonnances mais la dénonciation du « coup d’État social » afin de présenter la FI et son Chef comme seules alternatives. Ce pourquoi il s’est inscrit de fait contre le 12 septembre et la poussée vers l’unité dans l’action de classe. Cependant, cette poussée est là et malgré sa volonté affichée de « construire un peuple » à sa convenance, unissant patronat productif et salariat contre la seule «oligarchie », et même si la base « insoumise » est assez largement acquise à cette idéologie avec tous les risques qu’elle comporte, J.L. Mélenchon n’a aucune base sociale large en dehors de celle qui est issue de la gauche et du mouvement ouvrier. Nul doute que des milliers des travailleurs et de militants vont donc aussi s’emparer du 23 septembre, comme ils s’emparent déjà de la Fête de l’Huma, pour signifier leur volonté de généralisation et d’union du combat contre Macron et les patrons.

D’ores et déjà en effet, cette opération politique est surplombée par l’appel des Fédérations FO et CGT des Transports.

Les routiers vont s’engager dans une grève que les fédérations n’appellent pas « reconductible », mais « illimitée », pour le retrait des ordonnances.

Voila le vrai événement politique. Il appartient maintenant aux militants ouvriers de pousser, et d’ordonner autour de la solidarité avec les Transports, et de mettre en discussion, rapidement et partout, la réalisation du Tous ensemble.

Et comme le Tous ensemble pose forcément la question du renversement du pouvoir en place, et que la FI n’est pas « le » débouché politique mais l’obstacle à la construction démocratique d’un tel débouché, alors cette tache politique de fédérer pour dégager une alternative à Macron s’impose d’autant plus.

Documents :

L’appel de la Fédération FO Transports et Logistique.

La Fédération Nationale des Transports et de la Logistique FO/uncp appelle à la Grève Illimitée les salariés des entreprises de Transports Routier.

Pour l’Abrogation de la loi El Khomri, Contre les Ordonnances Macron qui Flexibilisent et Précarisent aux maximum les salariés.

Précarisation de contrat de Travail !

Barémisation aux Prud’hommes !

Droit à l’erreur pour les patrons, pas pour les salariés !

Rupture conventionnelle collective.

Inversion de la hiérarchie des normes, avec des accords d’entreprise qui impacteront la feuille de paie sur le travail de nuit, la prime d’ancienneté…

Facilitation des Licenciements Economiques.

Dans 80% des entreprises du TRM (TPE/PME) la Flexibilité sans aucune Sécurité qui engendrera de la sous-traitance en cascade et du dumping-social Franco-Français, avec un impact certain pour les salariés des grands groupes aussi.

Atteintes aux Institutions Représentatives du Personnel.

Contrat de Chantier.

Mais aussi, la FNTL FO/uncp demande :

La Création d’un véritable Permis Professionnel.

Que le TRM (Transport Routier et Maritime) ne soit pas exclu de la Directive des Travailleurs Détachés.

Que le Cabotage soit mieux contrôlé, car à ce jour la France fait moins de 1% alors qu’elle devrait être à 3%.

Pour le respect de l’accord sur les Congès de Fin d’Activité, car le procès URSSAF CFA est toujours en cours

Notre combat continue pour obtenir :

L’Abrogation de la loi El Khomri.

Le Retrait des Ordonnances Macron.

Une Véritable Reconnaissance Professionnelle.

Le Respect des salariés Français du TRM.

Lettre ouverte du Front social :

Amis et camarades,

Comme vous, nous constatons que le programme de Macron n’épargne personne, des étudiants aux retraités, des jeunes bénéficiant de contrats aidés aux assurés sociaux, des chômeurs aux locataires, des salariés à toute la population. Ce ne sont pas des « réformes » mais une contre-révolution libérale..

  • De toute urgence, nous voulons avec vous lever les obstacles à la mobilisation :
    d’un côté les mesures dévoilées chaque jour globalisent une offensive contre toutes et tous, de l’autre les dates de l’agenda de ripostes organisent leur dispersion.

  • d’un côté un besoin de résister et une aspiration unitaire s’expriment en de nombreux endroits, de l’autre des prévisions de cortèges et d’actions semblent s’ignorer, voire se concurrencer.

Nous ne nous pouvons pas nous permettre le luxe d’une défaite. L’offensive de Macron est bien trop dangereuse et touche à l’essentiel.

La manifestation du 12 septembre, formidable encouragement, appelle une suite à la hauteur.

Mais la suite, pour l’heure ?

  • le 21, journée interprofessionnelle avancée par la CGT ;
  • le 22, adoption des ordonnances Macron ;
  • le 23, manifestations de la France Insoumise et/ou de la CGT pour la paix ;
  • le 25, début de la grève à l’appel des Fédérations de Transport CGT et FO ;
  • le 26, journée nationale pour la défense des hôpitaux psychiatriques
  • le 28, les retraités puis le 10 octobre, la fonction publique, le 13 octobre, la métallurgie…

Les voilà bien, les raisons de notre appel !

Toutes et tous, nous devons nous mettre autour d’une table pour définir ensemble une feuille de route, un plan de luttes, de grèves, de manifestations et des revendications communes, qui, en plus du retrait des ordonnances, permettent d’associer toutes les catégories professionnelles, la jeunesse, les précaires, les chômeurs, les retraités.

Embauches massives, hausse importante des salaires, développement des services publics et de la Sécurité sociale, c’est sur cette base commune que toute la population peut être entraînée dans la lutte pour envoyer aux oubliettes les projets de Macron.

S’unir pour ne plus subir, tout bloquer pour gagner, ce message du Front Social, nous allons le porter lors des échéances déjà décidées : nous appelons à réussir la journée du 21 septembre, veille de l’adoption des ordonnances. Par les manifestations, les grèves, le 21 doit peser de toutes nos forces.

Le 23 septembre, le Front Social portera aux manifestants de la France Insoumise la proposition unitaire de la convergence des luttes pour gagner. Le 25 septembre, la grève des fédérations de Transports CGT et FO fait surgir le besoin de mouvements qui bloquent l’économie, autour desquels la solidarité de tous doit s’exprimer.

Ne nous dispersons pas ! Si le but est bien de construire un mouvement pour gagner, alors l’unité d’action doit l’emporter sur la dispersion qui conduit à la défaite. Tout est encore possible, et la bouffée d’oxygène du 12 septembre nous fonde à espérer l’élan unitaire de toutes et tous.
Soyons à la hauteur des enjeux, rencontrons-nous sans délai ni préalable. La résistance victorieuse au désastre social organisé par Macron est à ce prix, à la portée de toutes et tous.

S’unir pour ne plus subir – Front Social, le 12 septembre 2017

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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