Editorial du 30 août 2017 : Le sens du 12 septembre

Chute de Macron.

 

Ainsi donc, Macron s’effondre dans les sondages plus et mieux qu’aucun de ses prédécesseurs, et la presse qui en avait fait «Jupiter» à la veille de l’été, ne parle plus que de sa fragilisation. Est-ce étonnant ? Non, c’est juste un retour des rapports de forces sociaux et politiques réels, passée une des plus grandes séances d’enfumage de l’histoire de la V° République.

 

Le plus important est de comprendre d’où cela vient. Le ressort de l’inquiétude générale des sphères patronales, du haut appareil d’État et des médias, sur la capacité de Macron, d’un gouvernement suspendu en l’air et d’un mouvement LREM se situant quelque part entre l’apesanteur et le vide, d’imposer rapidement le choc d’une baisse massive des salaires réels, c’est la crainte de la lutte de classe de celles et de ceux d’en bas.

 

Polarisation sur le 12 septembre.

 

De fait, cette crainte s’est ordonnée autour de la date donnée par la CGT : le 12 septembre, puisque ce sera la première manifestation générale de la résistance et de la contre-attaque du salariat, actifs, chômeurs, jeunes, retraités, face au gouvernement Macron/Philippe. L’erreur serait de considérer le 12 septembre comme une journée d’action «comme les autres», sachant certes que pas mal de forces politiques et d’états-majors syndicaux souhaiteraient qu’il en soit ainsi.

 

De fait, la perspective posée par la CGT, qui ne pouvait pas ne pas le faire, d’une première journée générale marquée par «des grèves» contre Macron et son gouvernement, polarise la situation.

 

S’il est impossible de dire à cette date quelle sera l’ampleur de ces grèves ce jour là, il est par contre possible et nécessaire de dire que ce ne seront pas, de fait, «des grèves»: ce sera LA grève contre Macron et son gouvernement.

 

Contrats aidés: 150.000 licenciements.

 

Le refus des ordonnances Macron ordonne le contenu de cette journée. Les mots d’ordre doivent donc être : retrait des ordonnances et abrogation de la loi El Khomri, qui forment un ensemble indissociable. A cela se combine la question centrale du plan de suppression de 150.000 contrats aidés, «contrats uniques d’insertion» et «contrats d’avenir».

 

Ce sont les annonces d’une baisse de 5 euros des aides personnalisées au logement (APL) et celle de la suppression des contrats aidés, qui ont été le moteur concret de l’effondrement officiel de la «popularité» superficielle de Macron : voilà un fait fondamental qui donne l’exacte mesure de la situation sociale et politique et de ce que ressent la population.

 

Ces contrats sont des formes organisées de précarité utilisant le chômage de masse pour imposer de très bas salaires, aggravés par les temps partiels systématiques, et bloquer les recrutements de fonctionnaires. Les couches sociales concernées, très largement composées de femmes, assument en fait des missions sociales indispensables, dans les écoles, les soins et les administrations. Leur suppression massive n’éradique bien entendu aucune précarité, bien au contraire.

 

Elle est un acte d’une violence sociale affichée, qui montre clairement que le gouvernement Macron/Philippe commence ses attaques contre le montant global des revenus du travail, en frappant les couches les plus faibles. Dans les campagnes et dans les quartiers, c’est en cette rentrée un sujet majeur.

 

Les syndicalistes doivent en prendre toute la mesure et intégrer en première ligne cette question dans les mots d’ordre du 12 septembre, aux cotés des mouvements de résistance des salariés des secteurs «ubérisés» tels que Delirevoo. Plus encore, ils doivent miser sur la capacité, qui est réelle dès lors qu’on favorise leurs rencontres, de ces travailleuses et travailleurs à engager la lutte eux-mêmes.

 

Notre programme.

 

La défense du statut des fonctionnaires, déjà frontalement attaqués par celui qui n’est pas ministre de la Fonction publique, mais des «Comptes publics», le sarkozyste Darmanin, sur leurs salaires, sur le nombre de postes, sur l’organisation des services, sur la journée de carence, etc…, est elle aussi au cœur des revendications.

 

La preuve que justement, le 12 septembre, quelle qu’en soit l’ampleur effective qu’on ne peut encore jauger, ne sera pas une simple «journée d’action», c’est que l’adjonction de la question des contrats aidés et de celle du statut des fonctionnaires, ainsi que de la défense de la Sécurité sociale reposant sur le salaire socialisé et des retraites par répartition, à la revendication centrale de retrait des ordonnances et d’abrogation de la loi El Khomri, ne constitue en rien un délayage des revendications dans une longue énumération comme cela arrive parfois. C’est inversement la recension des revendications générales, répondant à l’attaque générale, qu’amorce le gouvernement Macron/Philippe.

 

C’est le programme d’urgence du prolétariat, autrement dit de la majorité. C’est sur cela et sur rien d’autre que peut se construire l’affrontement général, social et politique, pour en découdre avec ce président, ce gouvernement et ce régime. Cela, bien avant la fin du quinquennat : puisque eux veulent en découdre avec nous, bien avant aussi.

 

Bataille pour le 12 septembre.

 

Voila pourquoi bien des forces se bandent contre le 12 septembre.

 

La direction et une partie de l’appareil de la CGT-FO, J.C. Mailly en tête, tentent de s’arc-bouter contre la réalisation de l’unité syndicale ce jour là, donc contre l’immense majorité des propres militants de FO, dont des secteurs de plus en larges veulent préserver l’action commune contre la loi El Khomri et en faire le point d’appui contre Macron.

 

La direction de la FSU voulait aller vers une «journée fonction publique» début octobre, tout en participant aux «états généraux de la fonction publique» annoncés pour l’automne par Darmanin, mais un communiqué de sa direction du 28 août appelle finalement au 12 septembre, sans le mettre en avant. C’est qu’il est clair que toutes ses sections départementales comptaient appeler.

 

Y compris dans la CFDT et l’UNSA on s’interroge sur l’opportunité pour Macron d’enchaîner une seconde «loi travail» sur la précédente. C’est que pour Macron il s’agit d’amorcer la pompe de son plan massif d’attaques contre le niveau réel des salaires, retraites, pensions et minima sociaux.

 

Contre le 12, le 23.

 

C’est dans cette situation que J.L. Mélenchon a lancé un appel à un «rassemblement populaire» le samedi 23 septembre pour protester contre le «coup d’État social» de Macron. Nul doute que ceux qui y participeront, «insoumis» ou non, veulent battre Macron et veulent le retrait de ses ordonnances.

 

Mais cette annonce s’oppose de fait à la réalisation de l’unité le 12 septembre. Le conseil des ministres doit adopter en principe les ordonnances le mercredi 20. Le 23 le «coup d’État social» aura eu lieu. Même si une procédure de ratification parlementaire des ordonnances doit encore avoir lieu par la suite, leur application sur le terrain commence le 20.

 

Battre Macron et ses ordonnances ou au moins les affaiblir le plus possible pour aborder la suite dans les meilleures conditions, dépend de la réussite du 12 qui peut engager une poussée contre le pouvoir d’ici au 20 – bien entendu, une manifestation centrale à l’Élysée appelée par les confédérations le 20 serait la meilleure chose pour le rapport de force.

 

J.L. Mélenchon n’a pas pour objectif affiché la défaite de Macron ni le vrai programme d’urgence constitué par les revendications des vrais «gens». L’objectif est uniquement de poser la FI comme seule force d’opposition et seule alternative à Macron. C’est son droit, mais c’est le devoir des militants ouvriers de constater ce que l’alignement sur cette orientation signifierait pour les travailleurs et pour la jeunesse : cela signifierait qu’on accepte par avance que Macron nous porte tous les coups qu’il compte nous porter.

 

Les médias ne s’y sont pas trompés. Les adhérents de la France insoumise habitués à dénoncer leur supposée haine de J.L. Mélenchon devraient réfléchir à ce qui est en train de se passer sous leurs yeux. Les médias du capital occultent le 12 et font campagne pour le 23 : étonnant, non? Non, car ils jouent fin et comprennent très bien leur intérêt réel.

 

De plus, ce rôle de principale force politique de préservation du régime contre la poussée d’en bas, rôle qui donne à présent sa place à la FI dans les relations sociales, en raison de la vague d’illusions dont elle a bénéficié, conduit des secteurs de celle-ci à théoriser la liquidation ou la dissolution des syndicats ouvriers, ce qui est la suite logique d’une construction politique en rupture, non avec le fonctionnement bureaucratique des vieux partis, mais avec leurs origines dans le mouvement ouvrier.

 

C’est ainsi que l’on peut maintenant lire sous la plume de tel ou tel théoricien du «populisme» que dans la «lutte pour l’hégémonie», maintenant arrive l’heure où la FI doit prendre la tête du «front social» car elle serait seule capable de lui adjoindre les couches les plus précarisées ainsi que les petits patrons ou patrons tout court, déjà en train de se structurer dans le cadre de la FI par exemple sous le label du groupe Facebook «Patrons français insoumis» (sic). (1)

 

Persister dans cette voie conduirait la FI à affronter le syndicalisme en tant que tel, comme l’indiquent divers symptômes. Mais certainement pas à être une alternative, encore moins «la seule alternative», à Macron.

 

Se regrouper pour gagner.

 

La voie de la victoire est celle de l’unité ouvrière, syndicale et aussi politique. Il est maintenant nécessaire et urgent que les courants, groupes, partis, individus, collectifs, qui entendent construire sur des bases de classe, discutent et se fédèrent non seulement pour aider le mouvement d’ensemble du salariat contre Macron, mais pour reconstruire une perspective politique alternative. Tout «insoumis» sera le bienvenu dans ce regroupement, étant entendu qu’en s’y joignant, il quitte de fait la ligne du rassemblement populiste dont la première fonction réelle aujourd’hui est la préservation de Macron.

Le bulletin APLS s’apprête, avec d’autres, à prendre de premières initiatives de discussion organisée allant dans ce sens.

Notes :

(1)V. Par exemple le blog de François Cocq, «La force du peuple».

J.L. Mélenchon déclarait ceci à l’Assemblée nationale le 11 juillet:

«Par conséquent, ce dont nous avons à discuter ici, ce n’est pas de l’existence ou non de la gravitation universelle ou de la lutte de classes, mais de savoir comment on fait de ce fait social un fait politique civilisé, c’est-à-dire qui ne dégénère pas en bataille rangée ou en une situation où l’un aurait une domination absolue sur l’autre. Voilà pourquoi nous sommes républicains et socialistes. Voilà toute notre histoire, celle qui va de Jaurès à la proclamation des syndicats. Lisez les chartes, lisez leurs déclarations de principe, cher collègue! Ce que je dis n’appartient pas à Jean-Luc Mélenchon, c’est écrit dans leurs déclarations de principe – au moins celle de Force ouvrière et celle de la CGT. Savez-vous que ces organisations sont toutes deux issues de la Charte d’Amiens dont l’objectif, écrit en toutes lettres, est «la grève générale révolutionnaire»? Vous avez noté que ce n’est pas ce que je vous propose. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)»

Si l’on ôte la rhétorique, il explique là que la lutte des classes, ça existe, mais qu’il se situe au dessus et entend faire en sorte qu’elle reste dans certaines limites. Ces limites, il les précise : pas de «grève générale révolutionnaire», ce qui est logique pour qui entend devenir la «seule force d’opposition» et la «seule alternative» à Macron : il ne manquerait plus que la lutte des classes renverse Macron sans sa permission ! Au passage, il commet deux erreurs factuelles : d’une part, sa citation de la charte d’Amiens est fausse, d’autre part, Jean Jaurès dont il se réclame de plus en plus abusivement, n’a jamais été un adversaire de celle-ci et s’est rallié à la perspective de la grève générale, notamment en 1913-1914.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
Cet article a été publié dans Editorial, France. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.