GM&S, premier épisode de ce qui s’annonce.

En menant une lutte acharnée avec prise de contrôle du site industriel et de l’outil de travail, avec pour revendication le maintien de tous les emplois sur place, les salariés de GM&S à La Souterraine, centre industriel automobile mis artificiellement en liquidation par ses donneurs d’ordres et leurs actionnaires, ont obtenu des résultats partiels : une offre de reprise de GMD, important groupe de sous-traitance, moyennant 15 millions d’euros qui seraient apportés pour un tiers par l’Etat, un tiers par le donneur d’ordre Renault et un tiers par le donneur d’ordre Peugeot (PSA). Le tout avec à la clef toujours la suppression de 157 emplois, et le maintien de 120.

Acculés, les ouvriers de La Souterraine poursuivent le combat pour « faire augmenter le nombre de postes repris, et obtenir des indemnités supra-légales pour les licenciés ». Mais PSA refuse de mettre les 5 millions (un investissement productif censé lui rapporter), et veut s’en tenir à 4 millions, ce qui – selon Bercy – ne finance pas de modernisation du site, mais seulement l’exécution de commandes annoncées. Jouant avec l’espoir et le désespoir des travailleurs et de leurs familles, ce blocage peut encore tout remettre en cause.

C’est pourquoi les ouvriers de La Souterraine, pour peser sur le rapport de force, sont allés bloquer la production dans des sites clef, dans le cadre des flux tendus, pour PSA et pour Renault. A Dompierre (PSA) ils avaient bloqué deux jours et imposé une partie de ces concessions. A présent ils bloquent le site Renault de Villeroy, dans l’Yonne, et semblent disposés à tenir plus longtemps, ayant installé des tentes autour de l’usine.

Cette première grande lutte ouvrière de la présidence Macron est importante. Elle met en avant les petites usines délocalisées à flux tendus et montre qu’avec de la mobilité et de la réactivité, des ouvriers en lutte peuvent tout à fait bloquer la production. Elle a déjà démontré que ceux-ci n’ont rien à attendre de Macron et de son gouvernement : tout ce qu’ils ont obtenu l’a été par leur lutte à eux – et derrière eux, tout un département, la Creuse. Elle pose aux fédérations et confédérations ouvrières la question de la solidarité et de l’action commune.

La Fédération CGT de l’automobile (FTM-CGT) amorce justement une mobilisation nationale, fait important dont on ne doit sous-estimer ni la portée, ni la difficulté en raison de plusieurs décennies de quasi disparition de véritables combats fédéraux dans les grands secteurs industriels. L’ensemble de la filière est appelée à une heure de grève ce mardi 18 juillet, en soutien à GM&S et contre les menaces pesant sur des usines comparables par leur place dans la production (Société Aveyronnaise de Métallurgie à Decazeville, Bosch à Rodez, Delphi à Blois). La Fédération soulève la question de la lutte contre un phénomène patent de désindustrialisation, alors même que les usines PSA, Renault et Toyota tournent au maximum de leurs capacités.

Autrement dit, déterminés par l’accumulation financière au niveau international, les trusts de l’automobile misent plus sur de telles restructurations, qui génèrent des surprofits immédiats élevés et des pics boursiers, que sur l’accumulation d’une plus-value certes élevée dans la production, mais insuffisante par rapport à la masse totale de capital accumulé.

Cette question est celle-là même de la production capitaliste en France : le choc de compétitivité que veut produire Macron en faisant baisser le niveau moyen des salaires réels, et cela rapidement, ne relancera pas l’emploi, mais seulement, et pour un temps, les profits.

La bataille défensive de GM&S n’est donc pas une bataille isolée, locale et seulement défensive, mais le tout premier épisode de la bataille d’ensemble qui va s’imposer.

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