Battre Le Pen dimanche, battre Macron en juin, imposer unité d’action et débat démocratique !

Deux faits politiques marquants pour cette fin de campagne.

Lors du débat mercredi soir, Marine Le Pen a été, de l’avis général (c’est-à-dire y compris parmi les cadres du FN), « mauvaise ». Ceci demande une explication qui ne se réduit pas à des traits caractériels familiaux, qui existent certainement, mais qui n’ont fait là que réaliser une nécessité : celle de l’inévitable confusion d’une union nationale en gestation entre FN et post-gaullistes plus une dose de pseudo « vote révolutionnaire ». Cette confusion s’est tout naturellement concentrée sur la question européenne, car peut-on rompre avec l’UE et l’eurozone sans rompre avec le capitalisme ? Marine Le Pen est une candidate tout ce qu’il y a de plus capitaliste (y compris par ses traits familiaux, là encore : le clan Le Pen connaît l’ISF et le CAC 40 !). De plus, vaut-il le coup de rompre avec l’UE et l’eurozone si c’est pour garder le capitalisme ? Les secteurs du capitalisme français qui soutiennent Le Pen, y compris dans le grand capital financier et les sommets de l’État, ceux qui tiennent à se garder cette option au cas où, voudraient une renégociation globale des intérêts impérialistes français en Europe avec l’Allemagne. J.L. Mélenchon aussi de son côté, prétendant que la France est suffisamment « grande » pour dicter sa loi à l’Allemagne et au reste de l’UE. Voire. En attendant, toute esquisse d’une rupture avec l’UE du point de vue des intérêts capitalistes conduit à une cacophonie inévitable entre plan A, plan B, sortir en restant, rester en sortant, monnaie commune, etc. Et dans le cas de Mme Le Pen cela l’a conduit à tenter de s’en sortir par la provoc « anti-système », qui a fait flop devant le représentant compétent du dit « système », même si en début de débat on pouvait craindre le pire vu qu’elle la jouait « fibre sociale ». Mais cela aussi a fait flop.

Le cours général de la campagne d’entre les deux tours a ainsi offert ce tableau intéressant d’un début de campagne où Macron favorisait de fait Le Pen par ses exploits symboliques de La Rotonde et de Whirlpool, mais où Le Pen s’est pris les pieds dans ses propres contradictions à partir du moment où elle a voulu accentuer l’opération d’union nationale alternative autour d’elle, avec la « capture » de Dupont Aignan, qui l’a conduite à annoncer que la retraite à 60 ans ça ne serait pas pour tout de suite, et autres « signes » montrant son parfait mépris envers sa propre démagogie sociale. Et elle a été bombardée d’œufs devant l’entreprise de transports Guisnel à Dol-de-Bretagne, symbole qui équilibre les selfies avec des militants syndicaux devant l’usine Whirlpool d’Amiens 10 jours auparavant …

Si les représentants politiques du monde du travail en place, c’est-à-dire au premier tour J.L. Mélenchon en particulier, ainsi que B. Hamon, avaient appelé le 23 avril au soir à sortir en masse le 1° mai et à défaire Le Pen aux présidentielles afin de défaire Macron aux législatives, ce gros coup de mou final dans sa campagne, non seulement garantirait une défaite politique sévère pour elle et son parti dimanche – ce qui n’est pas garanti, soyons clairs – mais aussi l’absence de tout mandat donné à M. Macron : non à la super-loi El Khomri et à la liquidation du salaire socialisé dans l’Assurance maladie et l’Assurance chômage, les deux mesures phares qu’il veut prendre au plus vite, par ordonnance !

Ici prend sens – malheureusement – le second fait politique marquant de cette fin de campagne. Les législatives sont depuis la veille du 1°mai la préoccupation principale de J.L. Mélenchon et de l’appareil politique des « insoumis », qui n’ont été consultés sur le second tour que pour être … consultés, pendant que leurs chefs prennent des décisions qui n’engagent pas qu’eux, mais qui pourraient avoir de sérieuses conséquences pour les millions et les millions qui ont totalisé les 28% de voix de Mélenchon, Hamon, Poutou et Arthaud, et au delà pour l’ensemble du monde du travail et de la jeunesse. Cela pourrait être une très bonne chose que cette préoccupation pour les législatives : n’est-il pas nécessaire et n’est-il pas possible de battre Macron et Le Pen, ensemble, aux législatives, et d’imposer une majorité démocratique qui abroge la loi El Khomri et exige d’autres institutions ?

Mais la ligne a été donnée par l’un de ces chefs « insoumis » (où il n’y a officiellement pas de chefs, ce qui rend les chefs d’autant plus incontrôlables), parlant au nom du noyau dirigeant, Manuel Bompart : « On est favorables à un rassemblement mais qui doit se faire dans le cadre de la France insoumise. C’est une question de cohérence politique. » Surtout pas de coalition, pas d’égalité, pas de front unique, et dissolution dans la France insoumise de tous ceux qui osent prétendre être ses alliés à égalité. Rien n’illustre mieux, indépendamment de la diversité et de la sincérité de ses membres, la nature d’une organisation conçue comme machine à éradiquer tout ce qui ressemble de près ou de loin à un parti politique. Il est dans le même temps question d’un accord FI/PCF portant sur 52 circonscriptions afin d’avoir une « représentation importante » à l’Assemblée nationale élue en juin.

Attendez les gars : l’objectif n’est donc pas de battre Macron et d’avoir au moins 289 députés ? C’est pourtant ce que J.L. Mélenchon avait laissé entendre la veille du 1°mai sur TF1, avec comme perspective l’idée baroque de devenir le 1° ministre de Macron !

Mais alors, à défaut de devenir son premier ministre, il lui rendrait avec la FI le service de borner a priori ce que le peuple dont il se réclame est en droit de chercher à gagner aux législatives de juin ? Curieux …

D’autant plus curieux quand, dans le même temps, ces cuisiniers aux plats épicés intentent … un procès … au … PCF, pour … usage abusif de l’image de J.L. Mélenchon ! Qu’il est odieux ce parti politique qui oserait rappeler qu’il fait campagne pour le candidat Mélenchon ! Ironie de l’histoire, ces méthodes de facture stalinienne visent aujourd’hui le PCF. Pourquoi ? Parce que c’est un parti politique, et que les partis politiques doivent être détruits, de façon à ce qu’il ne reste que la « France insoumise » … et Emmanuel Macron.

Les choses doivent être dites : là où, comme avant le premier tour des présidentielles d’ailleurs, une orientation de front unique offensive (qui, disons-le en passant, n’est pas exactement la même chose que la vieille « union de la gauche », mais consiste à affronter le patronat et l’État : en juin, il s’agirait de défaire Macron avant de lui laisser le temps d’avancer, et c’est possible!), J.L. Mélenchon applique une contrefaçon qui contribue à la défense de la V° République et, d’ores et déjà, s’engage auprès du président Macron, avant même qu’il soit élu, à être son « opposition » loyale, et à n’être que cela !

L’orientation de la « France insoumise » s’affirme donc, de manière d’ailleurs de plus en plus convulsive et contestée, comme une machine de guerre visant à faire en sorte que la crise du vieux mouvement ouvrier n’accouche pas de formations démocratiques, fidèles à leur base sociale, et donc révolutionnaires. Ne confondons ni les 7 millions de votants Mélenchon du 1° tour, ni tous les « insoumis », avec cette orientation. Il faut imposer la lutte sociale en commun et le débat démocratique.

Objectif immédiat : battre Le Pen et Macron !

Aux législatives, unité pour des candidatures ouvrières et démocratiques contre Macron, contre Le Pen, pour le code du travail, partout.

La « charte des candidatures insoumises » et autres proclamations de soumission obligatoire ne sont rien d’autres que des machines politicienne contre l’unité, de protection du régime en place. Il faut l’expliquer, il faut imposer la discussion, il faut défaire l’offensive d’interdiction du libre débat et de l’unité d’action. En imposant unité d’action et libre débat, nous bâtirons les conditions de la contre-offensive et de la victoire sociale.

La rédaction. Le 05-05-2017.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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