Tout reste possible

Une majorité unitaire et démocratique refusant toute alliance avec Macron. Cela paraît compliqué, mais la preuve par les rapports de force sociaux que ceci est possible est qu’au plan syndical, l’unité constituée dans la lutte contre la loi El Khomri a continué à marquer le terrain du 1° mai. Cette unité ne doit rallier aucune union nationale.

Si Marine Le Pen est à 40% en moyenne dans les sondages, c’est que les votes qui se porteraient sur elle ne correspondent pas à une « vague brune », mais à une forme d’union nationale se voulant alternative à celle qu’entend incarner Macron : une union nationale non pas « souverainiste » comme on l’appelle, car elle n’est porteuse d’aucune souveraineté, nationale, populaire ou démocratique, mais impérialiste – d’où la place toujours nécessaire du racisme à sa racine -, de tendance protectionniste, ou tout du moins bilatéraliste façon Brexit et Trump, par opposition au libre-échangisme européen de Macron et, jusqu’à présent, des gouvernants de ce pays.

Nous ne sommes donc pas vraiment, malgré les sensations de déjà vu, dans la même situation qu’en 2002 lorsque Le Pen père avait servi d’épouvantail pour légitimer la seule union nationale du moment, celle autour de J. Chirac.

La gauche et le mouvement ouvrier se sont fortement portés au premier tour sur le vote Mélenchon, ainsi que cela était prévisible dans la dernière ligne droite avant ce premier tour, et alors que l’orientation de ce candidat n’était pas d’unir ces composantes, mais de les liquider dans une « France insoumise » transcendante et néo-gaullienne. En raison de cette contradiction entre le mouvement qui l’a fait monter et sa propre orientation, le scenario le plus probable s’est donc produit : ce mouvement n’a pas été suffisant pour le porter au second tour, alors que le total Mélenchon-Hamon-Poutou-Arthaud est de 27%.

Dans ces conditions, la défaite politique de la gauche et du mouvement ouvrier, résultat final du quinquennat Hollande, s’est produite le 23 avril.

Il était toutefois possible de la surmonter rapidement, par une perspective claire qu’aucun des candidats n’a affirmée, et surtout pas J.L. Mélenchon : soyons des millions le 1° mai et, aux législatives, interdisons au président – ou à la présidente ! – d’avoir une majorité, ouvrant ainsi non pas une « cohabitation », mais une transformation démocratique des institutions. En somme, la constituante, pour juin, et pas en version « tirée au sort », mais en vrai …

En l’absence de cette perspective, la question du vote le 7 mai prend forcément dans l’immédiat, toute la place. Moralisme et invectives doivent être évités et pour cela, sans minimiser en rien le danger pour les libertés démocratiques et pour les couches de la population d’origine maghrébine, ainsi que pour les réfugiés, les Roms et les peuples d’outre-mer, de Mme Le Pen, ne pas le résumer au seul terme « fascisme » qui sert de mise au pied du mur. En fait, dans des millions de familles, de cercles amicaux, de groupes militants, on discute, froidement et passionnément à la fois, de ce qui serait le scenario le moins mauvais, étant entendu que tous deux sont mauvais, le 7 mai au soir.

A cette question la réponse ne fait guère de doute mais elle doit être formulée explicitement :

– Macron élu à 60% n’aura pas de « légitimité » immédiate et la bataille des législatives et des ordonnances contre le droit du travail et la Sécurité sociale arrivera tout de suite,

– Le Pen élue à 51% bénéficiera de l’effet de sidération, des institutions de la V° République, état d’urgence de Hollande et Valls compris, et d’un arc de forces politiques dessinant son union nationale à elle – le FN plus une partie considérable de l’électorat de droite plus un renfort déterminant, dont l’existence réelle pèse, de votes « révolutionnaires » de type « insoumis » (sic).

Ceux qui disent qu’avec Macron on aura toujours les mêmes socio-libéraux au pouvoir (exact) qui y conduiront Le Pen dans 5 ans, oublient au passage que ces libéraux, sociaux ou non, entreprendront de se refaire une virginité dans l’hypothèse Le Pen, que leur union nationale à eux n’en sera pas défaite mais renouvelée, et que les « pauvres gens » ayant voté pour elle et qu’elle décevra rapidement, peuvent voir leur rancœur dirigée sur des boucs émissaires, ce que sait faire le FN puisqu’il s’est construit là-dessus.

Bref l’intérêt de la classe salariale est qu’elle soit battue. Cela, en excluant tout opprobre envers les larges couches qui vont, en effet, s’abstenir, car dans la situation où nous avons été mis, ceci est inévitable.

Et qu’ensuite une majorité minorise tout de suite Macron. Par conséquent cette majorité ne peut pas être « insoumise », mais unitaire et démocratique, et elle doit avoir pour finalité, non une cohabitation, mais la fin de la V° République.

L’objectif politique d’une majorité « insoumise » fixé, après une semaine de déni de toute perspective, par J.L. Mélenchon sur TF1 la veille du 1° mai, aurait précisément pour fonction de rendre impossible cette véritable majorité qui ne peut qu’être à la fois très largement rénovée, excluant les ralliés à Macron, et unitaire et démocratique. Il faut rompre avec le passé gouvernemental en se débarrassant de ceux qui l’ont incarné. Mais si nous voulons, du côté de la gauche, du mouvement ouvrier et des aspirations démocratiques, gagner les législatives de juin, il nous faut des partis démocratiques, pas des ligues plébiscitaires.

Certes, J.L. Mélenchon et  ses partisans auraient toute leur place dans ce regroupement. Ce serait d’ailleurs pour eux la meilleure issue à la crise dans laquelle se trouvent en réalité les « insoumis » – violents débats entre eux, vote de 243.000 sur 440.000 annoncés, partagés entre blanc ou nul, abstention et Macron, dérive vers le vote Le Pen de secteurs entiers, mise en route de dizaines de candidatures hors sol n’ayant d’autre fonction réelle que de laisser passer les macronistes ou les lepénistes en émiettant le vote de protestation sociale et démocratique.

Une majorité unitaire et démocratique refusant toute alliance avec Macron. Cela paraît compliqué, mais la preuve par les rapports de force sociaux que ceci est possible est qu’au plan syndical, l’unité constituée dans la lutte contre la loi El Khomri a continué à marquer le terrain du 1° mai. Cette unité ne doit rallier aucune union nationale. Pour ce faire, c’est dans le même élan qu’il faut battre Marine Le Pen et battre Macron aux législatives.

Tout reste possible.

La rédaction, 03-05-2017.

 

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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Un commentaire pour Tout reste possible

  1. Axel FELICITE dit :

    Les chances sont minces en effet. Personnellement, si JLM ne change pas d’attitude à l’égard des autres forces de gauche, alors je voterai blanc avec encore plus de conviction. Cf l’appel lancé par Mordillat notamment.

    J'aime

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