Présidentielles … billet du 9 mars 2017

Les propos ci-dessous analysent la situation à la date du 9 mars. La situation est suffisamment mouvante pour que le canevas ici dessiné doive être revu. Un exemple : la toute récente rumeur du retour de Hollande ! Cette rumeur s’explique, toutefois, dans le cadre du tableau présenté ici : si la candidature Macron est réellement aussi hors sol qu’on peut penser qu’elle l’est …

1 – Fillon …

La séquence chute de Fillon – résurrection de Fillon fut assez spectaculaire, convenons-en. A la veille du 5 mars, ce n’étaient pas seulement les rats qui quittaient le navire UMP, pardon LR : celui-ci faisait eau de toutes parts. Et puis, après la crucifixion, vint la résurrection, censée annoncer l’ascension, le tout avec une remarquable rapidité.

Les « plus de 200.000 » qui étaient certes 40.000 (ce qui reste significatif comme mobilisation dans ces circonstances), emmenés par les réseaux cathos ultras et une partie de l’appareil LR, suffisent-ils à expliquer ce retournement ?

A travers les aléas, coquecigrues et carabistouilles d’un scenario rythmé par le refus de Juppé et le ralliement affiché des sarkozystes, le fond de l’affaire a forcément un contenu plus lourd.

Liquider la candidature Fillon, avec ou sans « plan B », ce serait du très lourd pour la classe dominante : ce serait faire imploser le parti historique de la V° République, qui n’est pas à proprement parler un parti, mais une sorte de société d’élus, de hauts fonctionnaires, de patrons, de barbouzes et de prébendiers, l’UNR-UDR-RPR-UMP-LR, fondement de cet État depuis 1958.

Que le clan Fillon se soit organisé pour percevoir des fonds publics, nul ne saurait en douter, mais que la divulgation de ce fait sans doute pas si inconnu que cela jusque là, précisément à ce moment là, en vue de dynamiter l’opération de recomposition de la droite bien engagée autour de lui, au profit d’une autre recomposition, celle évidemment de Macron, n’ait pas relevé du hasard, ne peut faire de doute non plus. Il ne s’agit pas tant ici de comprendre « qui tire les ficelles » – d’autant que ceux qui croient les tirer sont en train de perdre tout contrôle réel de la situation ! – que de saisir les enjeux sociaux, les enjeux de classe.

Les gouvernements successifs de Hollande ont tapé tant et plus sur le salariat, tout en étant de plus en plus suspendus dans le vide. A l’arraché, sous la menace d’une généralisation et d’une centralisation des grèves qui a failli réussir en mars puis en mai-juin dernier, mais n’a pas débouché parce que les directions syndicales nationales opposées à la loi El Khomri ont craint d’aller jusqu’au renversement de l’exécutif, ils ont achevé leur campagne de « réforme » par quelques « réformes » décisives, dont celle du collège, campagne clôturée par la loi El Khomri qui inverse la hiérarchie des normes entre branches et entreprises, une mesure décisive pour toutes les relations sociales, destinée à peser sur la vie des gens, sur leurs salaires, sur leur emploi.

Au terme de ces batailles sociales, à la veille du scrutin central du régime de la V° République, celui qui la refonde régulièrement autour du Chef, la classe dominante se déchire car elle ne sait pas comment continuer, certes devant les forces qui ont commencé à l’affronter – car la défaite que constitue l’adoption de la loi El Khomri a été pour l’État une victoire à la Pyrrhus – mais aussi en fonction de ses propres contradictions, car aucune de ces « réformes » n’a rétabli un taux de profit général suffisant pour le capitalisme français. Au contraire, le spread (différentiel des taux de la dette soi-disant publique entre France et Allemagne) se tend à nouveau présentement.

Entre les deux options : celle de la refondation du parti historique de la V° République sur la base de l’investiture réussie de Fillon aux primaires de la droite, et celle du big bang « centriste » structuré par des bataillons de transfuges venant du PS voué par eux à la liquidation, et de la droite, l’affrontement est violent. Derrière l’affaire Fillon, une affaire Macron par exemple demeure possible – la campagne d’avertissement préalable sur des manœuvres des services russes, pro-Fillon, manœuvres par ailleurs vraisemblables, visait à l’exorciser. Nous verrons.

Le fait essentiel est que les deux options sont aussi risquées l’une que l’autre. L’option Fillon, celui-ci étant de toute façon déjà bien usé, conduit rapidement à l’affrontement social, et l’option Macron serait suspendue dans le vide, exigeant la destruction des partis bureaucratiques issus du mouvement ouvrier, le PS en tête, mais aussi le PCF ou même le PG, et exigeant surtout une mise au pas des syndicats attachés au char de l’entreprise.

2. Fillon, Macron : Le Pen.

Suite au « Penelope-Gate », le MEDEF, dont le programme est celui de Fillon, avait basculé en faveur de Macron, dont le programme est en fin de compte le même. L’exécutif Hollande-Cazeneuve et son ancien premier ministre Valls œuvrent en ce sens. Appareil d’État et cercles dirigeants du patronat roulent donc pour Macron, mais les milieux capitalistes sont hésitants et Fillon éborgné n’a donc pas été liquidé, puisque liquider Fillon conduisait à liquider le « parti » LR. Du point de vue du capital, les deux seconds tours envisageables sont donc à ce jour, en option n°1, Macron/Le Pen, en option n°2, Fillon/Le Pen, Mme Le Pen ayant dans chaque cas la fonction de faire élire Macron, ou Fillon.

Mais aucune des deux options ne conduit à une stabilisation tant politique que sociale et institutionnelle, laquelle apparaît pour l’heure impossible. Et chacune des deux options se dévore mutuellement. La raison profonde de la faiblesse de chacune et de la manière dont elles s’affaiblissent encore mutuellement, provient des rapports de force entre les classes issus de l’année 2016, qui n’ont pas été tranchés de manière décisive dans le sens de la classe dominante.

Électoralement parlant, cela se traduira ainsi dans les deux options : si c’est Fillon, l’électorat de gauche, ou ce qui fut l’électorat de gauche, n’ira pas voter Fillon contre Le Pen. Si c’est Macron, non seulement une grande partie de l’électorat de droite basculera vers elle ou n’ira pas voter, mais l’électorat populaire en général, « de droite », « de gauche », ou ni l’un ni l’autre, ne sera pas motivé pour voter Macron. Ni le vote Fillon, ni le vote Macron, ne correspondent de près ou de loin aux intérêts sociaux du salariat. Les probabilités d’une élection de Mme Le Pen sont dans ces conditions relativement élevées.

Son élection ne fait pas partie des « options » du grand capital, pas plus que Trump n’était l’option choisie par celui-ci outre-Atlantique – mais on voit qu’il peut s’en accommoder, même si la crise sociale et probablement constitutionnelle ouverte aux États-Unis, avec ses retombées internationales (qui sur ce point se font pleinement sentir en France), est en phase ascendante. Mais le grand capital français ne souhaite pas en tant que tel son élection, parce qu’il craint l’instabilité chronique qu’elle ouvrirait, et parce qu’il n’est pas sur la ligne de la sortie de l’euro, choix qu’il pourrait éventuellement faire bien entendu, mais au moment choisi par lui sur la base de données purement économiques telles que le spread, la dette soi-disant publique, etc. : sortir de l’euro sous la pression de facteurs politiques, à l’instar de la City londonienne confrontée au Brexit, il n’y tient pas.

S’il y a une filiation historique entre le fascisme et le FN qu’il faut évidemment expliquer et dénoncer, le FN n’est pas le fascisme : nous n’avons pas de bandes organisées de petits-bourgeois déchaînés qui veulent nous liquider, à ce stade. Le FN est implanté depuis maintenant très longtemps : c’est de facto une institution de la V° République, mais qui a toujours servi d’épouvantail pour faire rentrer dans le rang. Ainsi en 2002, pour procurer une élection plébiscitaire à J. Chirac.

La situation présente est différente : la crise au sommet, représentée par ces cellules d’apprentis sorciers qui s’agitent, du cercle intime des Fillon et autres Retailleau, aux « cabinets noirs » de l’Élysée, conduit à une perte de contrôle. Si le mouvement contre la loi El Khomri s’était généralisé et centralisé sans obstacles, on serait entré d’une autre manière dans ce qui pourrait être le dernier stade de la V° République. Analyser lucidement les chances relativement élevées de victoire de Mme Le Pen dans ces conditions, ne signifie pas du tout jouer à se faire peur en voyant le fascisme à nos portes, ni hurler au loup pour forcer au « vote utile ». Cela signifie analyser concrètement la réalité.

Le vote soi-disant républicain n’est plus en mesure de faire automatiquement « barrage au Front National ». Contrairement à ce que tous les commentateurs patentés nous expliquent, c’est en réalité un vote de classe qui pourrait, lui, faire barrage. Un tel vote est impossible si le second tour oppose Macron et Le Pen, ou bien Fillon et Le Pen, voire d’ailleurs Macron et Fillon : dans tous ces cas de figure, l’élimination de tout candidat de forces politiques issues du mouvement ouvrier constituerait par elle-même une défaite sociale. Ceci ouvrirait la voie, non à un soi-disant désistement républicain, mais à l’affrontement social. Même l’accession de Mme Le Pen à la présidence ne signifierait en rien défaite des forces de résistance sociale, et dans ces conditions elle ouvrirait une crise de régime (ce qu’elle a d’ailleurs compris, expliquant devant cette perspective, dont il serait faux de croire qu’elle avait déjà été la sienne, qu’elle ferait un référendum sur l’euro et démissionnerait en cas d’échec).

Par conséquent, si l’on analyse lucidement la situation, les candidats accédant au second tour mieux à même de ne pas faire élire Mme Le Pen sont Mélenchon et Hamon !

3. Mélenchon et Hamon.

Toute la politique des gouvernements nommés par M. Hollande devait conduire à interdire toute possibilité d’une majorité électorale « de gauche ». Le second tour Macron/Le Pen serait le couronnement de son œuvre.

Dans ces conditions, la candidature Mélenchon occupait une place particulière, celle, en langage électoral, de seule candidature de gauche crédible, jusqu’en janvier 2017, mais n’étant pas en mesure d’accéder au second tour. Elle misait sur le capital politique de la campagne de 2012, dont la nature était différente : celle-ci avait été une campagne unitaire de forces liées au mouvement ouvrier, et elle avait contribué de manière probablement décisive à la défaite de N. Sarkozy.

Dans l’idéal, c’est une candidature issue des mouvements sociaux de l’année 2016, qui aurait d’ailleurs pu être éventuellement celle de J.L. Mélenchon s’il s’était disposé pour cela, qui était en mesure de regrouper bien plus largement et de gagner. L’effervescence politique suscité par ces mouvements, traduites entre autres par les occupations de places publiques et « Nuit debout », l’avait dessiné.

Mais ici se pose un problème politique. J.L. Mélenchon avait déjà annoncé, tout à fait indépendamment du mouvement contre la loi El Khomri, sa candidature, en adoptant la posture du Sauveur et en fondant, par en haut, un mouvement sui generis, la France insoumise. Bien que beaucoup de ses partisans le considèrent comme le représentant de la « vraie gauche » par opposition aux gouvernements Hollande, telle n’est pas sa ligne réelle, ni le contenu politique de ses discours clef.

Celui-ci se résume dans des formules comme « indépendance de la France » et « union de toutes les classes sociales contre l’oligarchie ». De manière très conséquente, la « France insoumise » a été conçue et voulue, dans une construction verticale sous couvert de démocratie participative, comme l’anti-parti, niant le besoin d’organisation de courants sur la base d’orientations et d’idées. Il est possible que dans le choix politique de cette orientation et de la méthode qui va avec, J.L. Mélenchon ait été influencé, d’une part par ses conflits récurrents avec le PCF, d’autre part par l’idée que si tout à coup il était élu, il devrait jouer les De Gaulle. Car c’est bien une orientation néo-gaulliste que la sienne en réalité. Le domaine qui l’illustre de la pire manière est la politique étrangère : sur la Syrie, sur la plupart des sujets, en politique étrangère, Mélenchon et Fillon se rejoignent.

Cette orientation est contradictoire à la recherche de l’unité pour gagner, et ceci n’est pas une question d’ego – les manifestations égotiques éventuelles ne sont que la manière dont cela se concrétise. Le succès de sa candidature et l’espoir qu’elle portait et porte encore dans une certaine mesure ne correspondent pas à cette orientation, mais à la recherche d’un débouché politique, notamment parmi les couches sociales qui se sont mobilisées contre la loi El Khomri. Ces derniers, la base des soutiens à J.L. Mélenchon, voudraient gagner et s’opposer efficacement tant à Le Pen qu’à Macron et Fillon. La position politique de J.L. Mélenchon visait non à gagner les élections en s’imposant – ce dont il avait initialement les moyens politiques – comme le candidat unitaire du mouvement ouvrier et de la « gauche », mais à s’imposer seulement comme le dépositaire de la majeure partie de ce qui restait des voix historiquement « de gauche » au compte d’une orientation néo-gaullienne. En conséquence, il misait ouvertement sur la candidature de François Hollande puis sur l’investiture de son premier ministre Manuel Valls aux primaires du PS.

Or, la lutte des classes a pesé sur ces primaires. Dans une certaine mesure, à une moindre échelle, on a assisté à un phénomène comparable à ce qui s’est produit dans le Labour party britannique : un dispositif visant à achever sa transformation en rompant ses liens avec les syndicats, l’investiture du speaker par un vote direct des adhérents, s’est retourné en son contraire, les syndicalistes et la jeunesse étant massivement venus voter Corbyn en 2015. Les primaires étaient évidemment un dispositif visant à finir d’assimiler le PS à un parti de type « démocrate à l’américaine ». Mais sa base sociale et électorale est mécontente, voire plus, de la politique du gouvernement, et opposée à la loi El Khomri. Cette base était largement présente dans les mobilisations de l’année 2016, malgré le verrou posé contre sa participation par le positionnement de la CFDT et de l’UNSA. Le président Hollande lui-même a réalisé que même dans un dispositif de « primaires » il serait battu.

En interdisant la candidature de G. Filoche, en imposant celle de candidats croupions de petites formations bourgeoises, les Pinel, De Rugy et Benhamias, en donnant un tour soporifique aux débats de crainte que trop de monde ne vienne voter, l’appareil du PS, brusquement investi d’un rôle plus important qu’à l’accoutumé (car ce n’est pas l’appareil du PS qui gouverne mais bien le pouvoir exécutif qui, jusque là, tenait le sommet de l’appareil), a tout fait pour éviter la défaite de Valls, aidé de l’extérieur par J.L. Mélenchon et beaucoup d’ « insoumis », alors que celui-ci aurait pu avoir une toute autre politique : soit envahir la dite primaire et la gagner, soit au moins annoncer par avance qu’il proposerait tout de suite rencontre et action unitaire, par exemple … contre la loi El Khomri, à son vainqueur en cas de défaite de Valls. Mais non : ayant choisi la « France insoumise » au dessus des classes et des partis, contre l’unité ouvrière, Mélenchon soutenait de facto Valls !

L’investiture de B. Hamon fut le résultat de ces contradictions. Au passage, l’existence persistante, malgré tout, du PS en tant que parti, a joué en sa faveur et en défaveur d’A. Montebourg, moins « européïste » : Hamon est le fils spirituel de Martine Aubry, assez incolore et inodore, assurément. Mais les 1,2 millions de personnes qui sont allées voter pour lui le 29 janvier, et contre Valls, n’ont rien, elles, d’incolore et d’inodore : elles sont une prolongation des grèves et manifestations contre la loi El Khomri et comportent d’ailleurs pas mal de partisans de J.L. Mélenchon qui n’ont pas écouté ses imprécations.

Hamon est donc investi de fait contre la politique gouvernementale. La volonté de liquider le PS de la part des Valls et autres Délanoë et de soutenir Macron est bien entendu l’étape suivante. Une candidature Valls aurait soit abouti à une fusion avec Macron, peut-être en faveur de ce dernier, soit à un partage des dépouilles du PS entre Mélenchon et Macron, et c’est ce que souhaitait Mélenchon : on peut même sans risque (hélas) ajouter qu’il n’a aucun état d’âme à laisser les meilleurs morceaux électoraux à Macron, son souci étant de structurer son parti antiparti, « France insoumise » et « En marche » devant donc, en somme, se partager les dépouilles des partis bureaucratiques issus du mouvement ouvrier.

Dans ce scenario, indépendamment de la conscience et des positions de Hamon, c’est lui qui enraye l’engrenage. Il n’enlève pas tellement de voix à Mélenchon mais quiconque regarde ne peut que se rendre immédiatement compte que le regroupement des deux en un seul, un « Mélenchamon » dont le ciment ne pourrait être que l’exigence d’abrogation de la loi El Khomri, irait, lui, au second tour. Et, comme expliqué ci-dessus, avec, pour des raisons de lutte de classe, des chances plus élevées, contrairement aux idées reçues, de battre Mme Le Pen qu’un Macron ou un Fillon …

Liquider ou essorer la candidature Hamon, bien malgré les positions du pauvre fils spirituel de Martine Aubry qui n’a jamais été et ne sera jamais un révolutionnaire, devient du coup une tache partagée par beaucoup de monde.

C’est ainsi que le Canard Enchaîné du 1° mars dernier expliquait que l’éventualité que F. Bayrou se présente, empêchant Macron d’être au second tour, avait fait frissonner la Bourse et monter le spread devant le risque d’un second tour Hamon/Le Pen. Les commentateurs aux idées convenues pensent bien sûr que dans ce cas Le Pen gagnerait car Hamon n’a pas le charisme attribué par les médias à Emmanuel Macron. Sauf qu’en réalité, répétons-le, un candidat issu du PS mais investi contre la politique gouvernementale aurait la possibilité réelle d’attirer sur lui un vote de lutte sociale majoritaire.

Alors, bien entendu, l’exode vers Macron, en lien avec l’Elysée et le gouvernement, a largement commencé. Cette opération en tant que telle ne fait pas forcément baisser Hamon, car d’un autre côté elle conforte son image d’opposant à la politique du gouvernement.

Est-ce pour cela qu’une campagne forcenée est menée par les « insoumis » pour prétendre que tout est manipulé et que Hamon n’est là que pour faire baisser Mélenchon afin de faire passer Macron ? F. Hollande se voit ainsi affublé des vertus d’un très grand tireur de ficelles occulte !

Et naturellement, dans cette vision des choses, les 1,2 millions de gens qui ont battu Valls le 29 janvier ne doivent pas exister : soit on n’en parle pas, soit on les traite de « bobos », etc. En fait, répétons-le, Hamon ne fait plus baisser Mélenchon. Celui-ci a perdu des voix potentielles sitôt qu’un « vrai » candidat socialiste, passant pour non gouvernemental, et s’opposant effectivement à la loi El Khomri, a été investi, mais cela n’a fait que mettre un terme à l’artifice dans lequel il était le seul et unique candidat « de gauche » crédible. Depuis, les deux occupent entre 25 et 30% de l’électorat, autrement dit se neutralisent mutuellement.

Encore à présent il serait possible de faire du rassemblement appelé initialement par J.L. Mélenchon le 18 mars une grande manifestation unitaire contre la V° République. C’est sans doute pour interdire cela que celui-ci a fait savoir que les « partis » seraient relégués en queue, la « France insoumise », qui, comme chacun sait, n’est pas un parti, occupant la place, et que les drapeaux seraient mal vus. Tenter d’interdire l’expression politique des partis du mouvement ouvrier le 18 mars : une offense bonapartiste à la Commune de Paris ! …

Il n’est pas jusqu’au POI (Parti Ouvrier Indépendant) qui a décidé de faire de B. Hamon son ennemi n° 1 – alors que le POID depuis fin janvier appelle à une candidature unique contre la loi El Khomri. Intégration des syndicats à l’État, bilan du gouvernement, tous les maux lui sont attribués, pour le plus grand profit de celui qui a été choisi pourtant par l’Élysée et par le MEDEF afin de les mettre en œuvre : Macron !

Ce pauvre Hamon, si l’on peut dire, relativement incolore et inodore, n’est pas forcément par lui-même en mesure de s’appuyer sur les seules forces susceptibles de le sortir de l’étau. Mais …

… Mais ces forces sont par elles-mêmes très puissantes. Ce sont les forces du salariat, les forces qui ont combattu la loi El Khomri, les forces qui ont fait la popularité de J.L. Mélenchon. Elles restent à l’œuvre dans les mouvements sociaux, et elles portent les diverses et nombreuses initiatives dans tout le pays en faveur de l’unité des deux candidats. Mélenchon était en position de capter cette aspiration, mais il s’y oppose. Dans ces conditions, Hamon peut se retrouver électoralement le mieux placé pour grouper des voix revenant de chez Macron et venant de chez Mélenchon. Ce qui explique d’ailleurs le redoublement des manœuvres visant à l’écraser préventivement.

Comme on le voit, les schémas traditionnels ne sont plus efficients pour comprendre ce qui est en train de se passer. La version dominante de ces schémas consiste à dire qu’il faut simplement faire barrage à l’extrême-droite et à la droite. Malgré elle ou de façon délibérée, elle est maintenant exploitée en faveur de Macron. Mais la version contestatrice, anti-gouvernementale, qui veut voir la « main du PS » dans tout ce qui se passe et en arrive à des explications complotistes de la candidature Hamon, n’en est pas moins dépassée elle aussi.

Dans les scenarios du capital, Macron et Fillon, aucune stabilisation n’est en vue, et encore moins dans ce qui pourrait être le résultat combiné de ces scénarios non contrôlés, Le Pen.

La préservation des syndicats, la défense de leur indépendance, mais plus encore le débat politique reconnaissant la nécessité de partis et de courants, sont plus nécessaires que jamais.

VP, le 09/03/17.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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