Trump attaque.

La foule était clairsemée à l’investiture de Donald Trump.

Le lendemain 21 janvier, par contre, il y a eu de 4 à 5 millions de manifestants dans le pays. 500.000 à Washington, 250.000 à Chicago, des centaines de milliers à New York, Atlanta, Denver, Indianapolis, Seattle, Portland, Nashville, Austin, Saint-Louis, San Francisco, Chicago … On notera avec joie que c’est la seconde fois dans l’histoire qu’un appel à manifester pour les droits des femmes cristallise la mobilisation centrale contre le pouvoir exécutif. Et c’est un centenaire : la fois précédente, c’était pour la journée internationale des femmes à Petrograd en 1917 …

Trump, immédiatement confronté à une forte volonté de résistance et d’affrontement social et démocratique, et trimballant des gamelles qui pèsent comme plusieurs Watergate réunis, n’a d’autres choix que d’attaquer, faire flèche de tout bois. C’est donc la stratégie du choc. Wall Street pour l’instant apprécie, et vient de battre les records historiques de capitalisation fictive, le Dow Jones dépassant les 20.000 points, une inflation spéculative n’annule en rien la crise ouverte depuis 2007-2008 et va inexorablement l’aggraver à nouveau. C’est pour partie de la confiance du capital financier, pour partie une manière d’engranger un maximum tout de suite. Sa relative confiance tient dans l’espoir, le calcul, que le choc va porter et faire hausser le taux d’exploitation des salariés aux États-Unis, et que c’est seulement alors que la base de la société, ces fameux « prolos blancs », entrera en mouvement, c’est-à-dire trop tard.

Il ne faut pas croire que les « calculs » du capital financier sont toujours bien pensés, l’histoire de toutes les crises serait là pour nous prouver le contraire. La fermentation politique actuelle aux États-Unis repose sur la volonté démocratique, voire même constitutionnelle, de résister à une dérive tyrannique ouverte, qui s’exprime pour l’heure dans une avalanche de premiers décrets – ce pouvoir fédéral que Trump conspuait et dont il est maintenant l’incarnation – et de propos bouffons, où le tweet a remplacé l’oukase comme manifestation de la non-pensée présidentielle. Le président des États-Unis tweete que « le monde est un vaste foutoir », ce qui donne une belle idée de la vision sereine des hautes sphères du capital sur leur propre monde, pour introduire son décret contre les migrants, et sa conseillère Ms. Conway proclame que « nous pouvons être en désaccord avec les faits ». L’indignation démocratique monte et va monter.

Dans la liste désordonnée des premiers décrets, qui tous tiennent de la provocation sans ouvrir encore la voie à un affrontement social direct, deux ont une importance particulière.

Le décret sur les réfugiés interdit définitivement l’accès du territoire étasunien aux réfugiés syrien, et pour 3 mois aux ressortissants d’Iran, Irak, Libye, Syrie, Somalie, Soudan, Yémen, sauf (également pour la Syrie) les détenteurs de visas diplomatiques ou onusiens, et stoppe le programme fédéral d’accueil de réfugiés des zones de guerre. Dans une ambiance raciste, ce décret est d’abord un soutien direct et brutal à Bachar el Assad et une insulte au peuple syrien traité globalement de vivier à terroristes, et c’est ensuite une attaque frontale contre les libertés démocratiques et les traditions constitutives de la nation nord-américaine qui s’est construite par l’immigration.

Le décret sur les oléoducs rétablit le projet du Dakota et met donc à l’ordre-du-jour l’affrontement qu’Obama avait voulu éviter, entre troupes fédérales d’une part, Sioux Dakota et vétérans d’autre part. Une première manifestation a eu lieu à Minneapolis et ce n’est qu’un début.

Le Mexique, menacé de racket sur toute sa production marchande, est plongé dans une crise où l’hostilité populaire, non au peuple américain qui est de plus lié dans les réalités de la vie et de l’exploitation au peuple mexicain, mais à l’impérialisme trumpettiste. Hostilité qui a contraint le président mexicain à refuser de rencontrer le président US. Autrefois, du temps du Big Stick, le président US affichait une image policée, certes parfaitement hypocrite, et les chefs des pays clients celle de grosses brutes. Aujourd’hui, l’image du gros abruti grossier est celle du président US. Ces évolutions ne sont pas anodines.

A la différence du Mexique, Miss May a obtempéré à la première convocation du bouledogue souhaitant lui faire part de ses exigences en matière de commerce bilatéral. En somme, pendant que la Cour suprême britannique impose un vote parlementaire sur le Brexit, c’est Trump qui en fixe les modalités. Il est question de privatiser la santé et d’expulser les travailleurs européens, autrement dit de mettre la société britannique sens dessus dessous, ce qui n’est évidemment pas ce pour quoi ont voté de larges couches de celles-ci l’an dernier lorsqu’elles ont souhaité la rupture avec l’UE. Le Labour party, pris entre la volonté de Corbyn de voter pour la mise en œuvre du Brexit et la résistance des élus droitiers, est mis devant la responsabilité de donner une autre perspective, celle qui en combattant la City combat à la fois Bruxelles et Washington et qui oppose l’union libre et démocratique des peuples aux alliances capitalistes. Et ce n’est pas les « conseils » de Miss May à Mister Trump à propos de la « prudence » nécessaire envers Poutine qui pourront dissiper l’image qui va désormais lui coller : celle de caniche du bouledogue Trump.

La question Trump est une question mondiale. C’est celle de l’axe Trump-Poutine, c’est celle du visage contemporain de la contre-révolution. C’est celle du bombardement en préparation des zones où sont concentrés les réfugiés des régions de Syrie reprises par El Assad, ces réfugiés que Trump appelle à ne pas accueillir. Tout appel « anti-américain » faisant silence sur Poutine fait en réalité le jeu de l’axe contre-révolutionnaire Trump-Poutine. La solidarité internationaliste avec la résistance du peuple syrien, et avec les luttes montantes du peuple américain, est à présent la première tache politique de quiconque combat le capital.

28-01-2017.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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