Outre ce billet éditorial, nous publions en document ci-après une déclaration d’un militant qui votera Mélenchon au 1er tour de la présidentielle mais qui ira voter à la primaire du PS pour battre Valls.

A une semaine de la primaire du PS…

… une sourde inquiétude a manifestement touché les milieux dirigeants : et si Valls, dont la campagne « de terrain » patine quand elle n’est pas carrément contre-productive, n’allait même pas au second tour ?

Non seulement l’élimination de Valls, mais son élimination par les deux candidats qui, quels que soient les très nombreuses critiques que l’on peut faire à leurs propos par ailleurs, se sont prononcés pour l’abrogation de la loi El Khomri, aurait une signification politique majeure.

Tous ceux qui disent, que cela soit sincère ou intéressé, que cette affaire n’a plus d’intérêt que pour un PS moribond, font en réalité le jeu des forces qui veulent assurer l’élection d’un Fillon ou d’un Macron. Et tout particulièrement d’un Macron : les rumeurs se multiplient sur le soutien que lui apporterait l’Élysée, sur celui de Mme Royal, et sur la possibilité d’un retrait final de Valls en sa faveur – s’il était investi, ce qui justement n’est pas assuré.

J.L. Mélenchon et la « France insoumise », toujours en première ligne depuis des mois pour défendre la même tactique que l’Elysée, appellent à ne surtout pas aller voter à ces primaires, de façon à favoriser M. Valls et M. Macron. Tout au contraire, si il s’agit de gagner en allant au second tour, J.L. Mélenchon devrait souhaiter une défaite de Valls à cette primaire et interpeller A. Montebourg et B. Hamon pour leur imposer l’unité, mais il n’en fait rien.

S’il faut choisir entre B. Hamon et A. Montebourg, la façon dont le premier utilise le gadget du « revenu universel » pour ne pas avoir à parler trop salaires, emploi et protection sociale, conduirait en l’état actuel à choisir le second. Mais il ne s’agit pas en fait de s’illusionner sur qui que ce soit, mais d’ouvrir des brèches pour préparer l’affrontement social avec le prochain président et le prochain gouvernement quels qu’ils soient.

N’écoutez pas les échos de l’Élysée, ni ceux de la « France insoumise » : allez bousculer le jeu en battant Valls, pour solde de tous comptes de la loi El Khomri et de l’état d’urgence.

Le 15-01-2017.

Document

Après avoir hésité et beaucoup réfléchi, écouté et discuté j’ai décidé d’aller voter à la primaire du PS. J’ai quitté ce parti fin 2011 car sa transformation en un parti néolibéral me paraissait déjà inéluctable, je pressentais dans les axes mis en avant par Hollande lors de sa campagne présidentielle les germes de sa politique libérale future et ne regrette pas ce choix mais, en tant que militant de gauche, je ne peux me désintéresser d’un débat qui concerne des milliers de salariés et aura une incidence sur l’orientation idéologique et stratégique de mon camp social et politique.

La priorité de l’heure est de battre l’orientation mortifère de Valls, l’homme de la loi travail et du coup de matraque contre le mouvement social, contre la base sociologique et historique de la gauche et du mouvement ouvrier. Écarter Valls et sa politique de droite c’est préparer l’avenir et rendre possible l’émergence d’une nouvelle force qui rassemblerait tous ceux qui n’ont pas renoncé au socialisme et serait prête à mettre les forces populaires en mouvement pour marcher vers la VI ème République sociale.

Battre Valls c’est être demain en mesure d’interpeller le candidat qui a le meilleur programme à gauche (JL Mélenchon) pour qu’il engage vraiment une campagne de front unique, seule capable de briser l’actuelle dynamique Macron, de se hisser ainsi jusqu’au second tour et l’emporter contre Fillon ou Le Pen.

Voter à la primaire c’est aussi, en cas de victoire de Valls, être en mesurer d’interpeller les vaincus pour qu’ils rompent enfin les rangs et s’engagent dans une nouvelle construction leur permettant de voter pour leurs idées en apportant à Mélenchon la dimension unitaire qui lui fait défaut pour l’instant.

Je sais que les deux candidats qui se sont prononcés pour l’abrogation de la loi El Khomry ont été ministres jusqu’en 2014 et connais la faiblesse de leur projet, leurs revirements tactiques et leur éclatante absence dans la rue à nos côtés depuis 2012 dans la lutte contre le traité européen, la réforme du collège, la répression syndicale ou les licenciements boursiers mais ils ne sont qu’un outil pour battre l’homme du 49-3.

Pour son opposition au revenu universel, véritable cheval de Troie contre la Sécurité sociale, sa volonté de créer un réel rapport de force avec l’Europe de Bruxelles, son souhait de s’adresser aux catégories populaires je voterai avec lucidité pour Arnaud Montebourg.


Julien Guérin, syndicaliste, militant de Socialisme et République.