Les ânes de Barkhane sont des fauves pour les petits âniers

La bavure commence à émerger mais il faudra bien donner quelques coups de pouce pour que la vérité sorte du puits et que des aveux complets des coupables et responsables suivent. Et pour que les responsables soient sanctionnés !

Ainsi, après un premier article dans Jeune Afrique du 15 décembre relatant la mort d’un petit ânier du nord Mali envoyé chercher de l’eau par ses parents, le magazine récidive le 13 janvier en affirmant avoir eu connaissance du PV d’une réunion discrète entre des responsables de l’opération Barkhane et des représentants de la Minusma lors de laquelle les officiels français ont reconnu les faits. Jeune Afrique annonce ensuite la reconnaissance publique des faits par la France.

S’en est suivi un communiqué du ministère de la Défense du 14 janvier.

Source :

http://www.defense.gouv.fr/salle-de-presse/communiques/ministere/communique-du-ministere-de-la-defense-14-janvier-2017

« Le 30 novembre 2016, dans le cadre d’une opération menée par la force Barkhane dans la région d’Aguelhok, les armées françaises ont repéré un réseau de guetteurs agissant pour le compte d’un  groupe armé terroriste (GAT). Ce réseau de guetteurs, spécialement équipé à cette fin, échangeait des informations relatives à un convoi logistique de l’armée française approchant du secteur afin de permettre à des poseurs d’IED (Engins Explosifs Improvisés) de tuer des soldats français. Le même mode opératoire avait été employé le 4 novembre dernier pour l’action qui a conduit à la mort de l’adjudant Fabien Jacq.

La force Barkhane a alors décidé l’intervention d’une patrouille d’hélicoptères afin de faire cesser cette menace.

Les circonstances ont amené à la neutralisation d’un de ces guetteurs, qui s’est avéré être un mineur.

Une enquête de commandement a été immédiatement ordonnée par le ministre de la Défense. Elle est toujours en cours. »

Donc, quiconque ne brandit pas une canne d’aveugle dans cette steppe désertique du nord Mali est susceptible d’être classé comme guetteur et éliminé en conséquence.

Selon un communiqué précédent cité par RFI, le ministère de la Défense admet avoir « tué un combattant mineur au cours d’une opération anti-terroriste visant un réseau de guetteurs, agissant pour le compte d’un groupe armé terroriste ». Si ce gamin était effectivement un combattant, donc armé et équipé en conséquence, pourquoi avoir recouru à la mise en terre en catimini avec un hélicoptère revenant furtivement sur les lieux du drame quelques heures plus tard ? Un combattant ? Où sont ses armes ? Le procédé signe la bavure.

Imaginons que les dires du ministère (un enfant assigné à une fonction de guetteur au sein d’un « réseau de guetteurs, spécialement équipé à cette fin », ) soient vrais, comment se fait-il que les proches du défunt aient retrouvé les ânes non loin du lieu où le corps a été déterré ? Pourtant, vu le bruit des mitrailleuses ou des roquettes, selon les dires des nomades, fait par l’incident à plusieurs centaines de mètres du campement d’où venait le jeune ânier, on se demande bien comment les tirs ont pu les épargner. C’est donc que l’enfant a bien été ciblé avec précision. Et même si l’armée française souffre de défaillances bien connues, sources de plaisanteries, sur les capacités de son service d’intendance, austérité oblige !, notamment dans le cadre de l’intervention au Mali, il n’empêche que les groupes embarqués dans les hélicoptères de combat disposent de lunettes de visée permettant aisément de distinguer un adulte d’un enfant de 10 ans, un combattant armé d’un quidam aux mains vides.

Il y a donc eu volonté de tuer quiconque traîner dans le coin selon une logique digne des pratiques françaises de la guerre d’Algérie ou US au Vietnam, des zones vidées de leur population en direction de « hameaux stratégiques », tout individu restant étant considéré comme un ennemi à éliminer.

Mais la zone en question est peuplée de plusieurs campements de nomades à la ronde…

Un article paru sur Afrik.com du 24 décembre 2015 (http://www.afrik.com/mali-les-militaires-francais-de-la-force-barkhane-accuses-de-bavure ) relatait déjà les plaintes d’un mouvement touareg armé pro-Bamako dénonçant les bavures françaises à leur encontre. L’incident était survenu autour du 20 décembre 2015 et aurait fait au moins 4 morts parmi des combattants de ce groupe confondus avec de vrais djihadistes.

N’en doutons pas, la nature impérialiste de l’intervention française au Sahel, loin de combattre « les djihadistes » a fait et fera encore des victimes civiles, des « pertes collatérales ». C’est bien pourquoi les candidats à la présidentielle doivent être auscultés aussi à l’aune de leur intention dans ce domaine sensible de la Françafrique. N’est-ce pas Mélenchon ?

Pendant ce temps, un peu plus au sud ….

Récemment on a vu une mutinerie sérieuse de la garnison de la ville de Bouaké en Cote d’Ivoire, non loin du Mali. Pendant plusieurs jours, les soldats ont mené une action revendicative armée, séquestrant des officiels, pour exiger le versement de leur solde. Ce fait a de quoi inquiéter les responsables français car il signe une situation de cancer bien connu : celui de la corruption des sommets, militaires en particulier, qui voit les salaires des fonctionnaires et des militaires ne jamais parvenir aux intéressés. Une gangrène équivalente avait été à la racine de l’effondrement de l’armée et de l’appareil d’État maliens en 2013 face à l’offensive djihadiste. Un phénomène similaire avait expliqué l’effondrement et l’inefficacité de l’armée nigériane, pourtant dotée d’un budget colossal adossé sur les ressources pétrolières gigantesques du pays, face aux bandes armées de Boko Haram.

Ainsi d’année en année, le même scénario se répète mettant le « payeur en dernier ressort de la zone CFA » qu’est l’impérialisme français dans l’obligation de courir partout mettre des rustines. Les coupables ont quand même la reconnaissance du ventre et offrent une dernière ovation au « grand chef » Hollande venu leur faire ses adieux au dernier sommet Afrique-France (ne surtout pas dire France-Afrique!!) tenu à Bamako.

Rubens, 14-01-2017.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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