A propos du vote sur la prolongation de l’état d’urgence

A quoi a servi l’état d’urgence depuis le 13 novembre ? A interdire et expérimenter une répression de masse contre les manifestations au moment de la COP21, puis à multiplier provocations, situations de danger, « nassage », tentatives d’interdiction de manifester, avec de claires velléités de coup de force d’une partie de l’exécutif fin juin. Par contre, nulle mesure de protection d’une ampleur comparable à ces mesures de répression et de provocation, au soir du 14 juillet. Et ce fut Nice …

Même dans le cadre de cette Assemblée nationale qui ne mérite plus ce nom, on peut voir que les conditions politiques du renouvellement de l’état d’urgence diffèrent radicalement de celles qui avaient été imposées au lendemain des crimes de masse du 13 novembre 2015.

Le texte mis au point par le gouvernement aggrave encore l’état d’urgence existant en permettant au juge d’autoriser l’inspection des données informatiques saisies lors des perquisitions, rendues possible à tout moment. Mais la droite et le FN ont obtenu de lui et du groupe PS le passage de la prolongation de trois à six mois, l’autorisation de la fouille des bagages lors des contrôle d’identité sans autorisation du procureur et accord des intéressés, et (demande d’Eric Ciotti) la suppression de toute automaticité de réduction de peine « en matière de terrorisme ». Ces mesures visant, non pas Daech, mais bien les libertés publiques, peuvent encore être aggravées par le Sénat.

La majorité des élus Front de Gauche ont cette fois-ci voté contre ainsi que les élus EELV après une intervention d’Isabelle Attard, qui faisait partie des 6 ayant voté contre en novembre, ainsi que le socialiste, qui n’est plus au PS, Pouria Amirshahi.

Les « échanges musclés » entre matamores, façon Valls-Wauquiez, ne font qu’illustrer la réalité politique : c’est un gouvernement aux abois soumis à la pression de la droite et du FN qui n’a d’autre objectif que de tenir la place, comme le lui demandent d’ailleurs la même droite et le même FN, pour qu’elle soit chaude pour eux en 2017. Mais le cirque de la droite ne trompe personne. M. Estrosi (pour lequel MM. Valls et Cambadélis appelaient à voter fin 2015!) ne saurait par ses trépignements masquer le fait que sa responsabilité, ainsi que celle de l’inexistant maire de Nice (il s’appelle comment, celui-là ? ), est elle aussi engagée dans les conditions n’ayant pas empêché le massacre. Au yeux de la population, cet état d’urgence est le leur, celui de F. Hollande et de M. Valls comme celui de N. Sarkozy, et il a fait faillite à Nice.

Cette réalité politique infirme les visions complotistes selon lesquelles le massacre de Nice arrangerait bien le gouvernement. Au contraire, il étale de manière sanglante et horrible le fait que l’état d’urgence ne visait pas Daesh. De même d’ailleurs que les « frappes » aériennes opérées autour de Rakka (Syrie) et de Mossoul (Irak), qui frappent aussi des civils, ne visent pas à « combattre Daesh » mais simplement à tenir la place, secondaire, de l’impérialisme français dans la « coalition ».

Cette réalité politique résulte de ce que, depuis maintenant cinq mois, grèves et manifestations, malgré et contre l’état d’urgence, malgré et contre Daech, se sont succédées dans notre pays pour exiger le retrait de la loi « El Khomri » et donc battre ce gouvernement et ouvrir la crise de régime avant les présidentielles et indépendamment d’elles. La CGT s’est prononcée le 18 juillet contre le renouvellement de l’état d’urgence.

Il y a plus qu’un symbole dans le fait que le vote définitif de cette loi « Travail » intervient précisément maintenant, et sera assurément facilité par le massacre islamiste de Nice. Il va se faire avec l’opposition de la très grande majorité du pays. Et cette opposition compte bien se manifester à nouveau.

Contre Daech, contre l’état d’urgence, contre la loi El Khomri : la sécurité et la démocratie gagneront par la lutte de classe !

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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