Note sur le moment présent en France – 27 mai 2016

Durant la semaine écoulée, le rapport de force a évolué dans un sens favorable à la classe ouvrière. Et ce fut une surprise pour ses ennemis, qui éructent de colère, et un puissant mobile de confiance grandissante et d’union dans les rangs des couches sociales engagées dans la bataille, et aussi parmi celles qui n’y sont pas mais qui écoutent, entendent, regardent. Mais on ne saurait s’en rendre compte en écoutant ou en lisant les médias nationaux, qui, justement pour cette raison, ont basculé dans un registre haineux de plus en plus exécrable, et ridicule.

Il y avait plus de manifestants le 26 mai que le 19 et plus le 19 que le 17. Surtout, on a maintenant une véritable couche d’habitués des manifestations, de différentes générations, de plusieurs centaines de milliers de personnes qui sont fermement décidées à continuer.
Il y a, surtout, surtout, cette grève qui, lentement, s’étend.

Appelons-la la grève, et pas des grèves. Car c’est la même : c’est la grève politique pour le retrait de la loi El Khomri, et du coup pour faire tomber Valls et ouvrir la crise de régime maintenant. Grève dans les raffineries, dans les transports, à Peugeot PSA Mulhouse ce jeudi 26, à Amazon dont les employés, précaires surexploités, bloquent les centres de distribution de l’entreprise partout en France, à la fois sur leurs revendications propres et pour le retrait de la loi El Khomri. Dans les petites et moyennes entreprises, notamment dans la région du Havre, dans le Finistère, dans le grand ouest, les grèves, comme chez Amazon, partent sur les revendications propres qui, rapidement, peuvent s’unifier, car, portant sur les salaires et le temps de travail, elles s’opposent toutes à ce que mettrait en œuvre la loi El Khomri.

Si le gouvernement tente un coup de force, notamment par la réquisition des raffineries, il faut appeler clairement partout à la grève et aux rassemblements devant les préfectures. Le mouvement en cours est non seulement ouvrier et gréviste, mais c’est un mouvement démocratique qui affronte et menace le régime de la V° République, son exécutif et son état d’urgence.

Les faits de violence venant de forces de police ou d’agresseurs de syndicalistes ont fait de nombreuses victimes ces derniers jours, dont plusieurs grièvement blessées, et sont clairement plus nombreux, quoi que non médiatisés au niveau national, que les incidents, sur lesquels pleine lumière n’a pas été faite, tels que l’incendie d’une voiture de police à Paris le 18 mai.

La grève politique contre la loi El Khomri, assise sur une unité syndicale CGT/CGT-FO autour de laquelle se regroupent de larges secteurs de la classe ouvrière et de la jeunesse ainsi que les militants FSU et Solidaires, progresse lentement. Cette lenteur intègre bien entendu les contradictions et faiblesses que ce mouvement comporte aussi, en particulier du côté des fonctionnaires et de l’enseignement, qui ne fournissent pas, loin s’en faut, le gros des troupes manifestantes contrairement aux accusations traditionnelles des médias et lobbies antisyndicaux. Cette lenteur devra se transformer en explosion en cas d’agression militaro-policière contre les raffineries, mais elle n’est pas un signe de faiblesse. La poussée vers la grève générale du mois de mars, un temps contenue, s’est enfoncée dans les profondeurs puis, depuis le 49-3 et par le truchement des fédérations FO et CGT des Transports et Chimie puis Énergie CGT, avec le soutien massif du monde du travail et de la population, elle prend maintenant la forme inédite d’une grève commune, une grève politique – tel est bien le contenu de « la grève générale »- qui monte lentement, avec détermination.

C’est dans ce contexte que le dirigeant CFDT Laurent Berger est monté au créneau pour exiger le maintien et l’adoption de la loi. La vraie « radicalisation » est là, car ceci n’est pas du réformisme : c’est l’objectif d’un syndicalisme intégré à l’État et à l’entreprise, le contraire du syndicalisme, qui ne peut d’ailleurs qu’entrer en opposition avec la bonne volonté de milliers de militants CFDT ou encore UNSA.

Cette nouvelle réalité politique, résultat du caractère invaincu de la lame de fond qui se dresse depuis début mars, terrorise les sommets du pouvoir. Ils ont engagé une campagne de ciblage et de haine contre la CGT, campagne qui vise tout le syndicalisme et tout le monde du travail, et en même temps ils donnent des signes de fatigue et de division, les discussions souterraines, qui sont un secret de polichinelle, sur une modification de l’article 2 du texte de loi sur l’inversion de la hiérarchie des normes, allant d’amendements cosmétiques à un retour aux branches conventionnelles, niées et refusées ostensiblement par le premier ministre, ont de toute façon ouvert des brèches et mis le doigt où ça fait mal. Loin d’inciter le mouvement de masse à « amender » ou à « négocier », ces signes l’encouragent à enfoncer le clou sur l’exigence de retrait, en sachant très bien, et c’est un objectif, que ceci liquiderait politiquement ce gouvernement.

Fait important : ce même jeudi 26 mai les cheminots de la compagnie de chemins de fer nationale en Belgique (Wallonie et Bruxelles) ont cessé spontanément le travail contre la suppression des jours de récupération, quelques jours après une manifestation centrale à Bruxelles contre la loi Peeters, « loi travail » belge prévoyant au 1° janvier 2017 la dérégulation des horaires hebdomadaires de travail. Les délégués syndicaux CGSP (Centrale Générale des Services Publics, historiquement liée au PS belge) appellent à la grève illimitée en Wallonie et à Bruxelles à partir du 31 mai.

La similitude franco-belge souligne la nature sociale et internationale de l’affrontement actuel, qui se combine aussi avec les crises politiques espagnole, portugaise, et britannique.

Extension de la grève dans les bassins et les entreprises, solidarité active avec les ouvriers des raffineries, organisation des barrages sur les centres logistiques et les dépôts de carburant, réussite de la manifestation nationale du 14 juin mais tout de suite, qui-vive et organisation pour la levée en masse en cas d’agression militaro-policière de la part du gouvernement et du régime qu’il s’agit, soyons clairs, de réduire à l’impuissance et de battre. Telles sont les taches immédiates.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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