Contre la gueuse, François Bergoglio veut une « laïcité saine »

François Bergoglio, dit pape François, monarque du Vatican engagé dans une pérestroïka contre sa propre bureaucratie pour en assurer la survie, a donné une importante interview au journal clérical catholique La Vie début mars dernier, après avoir reçu une délégation des « poissons roses », groupe chrétien personnaliste intervenant dans le PS.

La thématique de cette interview a été reprise et amplifiée pour La Croix, le 17 mai dernier, et largement médiatisée, comblant d’aise beaucoup de monde jusqu’à certains secteurs d’extrême-gauche : François Bergoglio y aurait en effet donné une leçon de laïcité à la République française, quel miracle !

La France doit devenir, déclarait l’intelligent jésuite à la Vie, un pays « plus laïc » (on notera que La Vie a bien pris soin d’écrire « laïc » et pas « laïque » (1)), afin d’avoir une « laïcité saine ». C’est donc que la laïcité en France est malsaine, doit-on en conclure. Pour qu’elle soit ainsi purifiée, il lui faut reconnaître « toutes les formes de transcendance » – et M. Bergoglio la joue « ouverture d’esprit sans frontières » en reconnaissant que même les athées ont une spiritualité, sauf que la question n’est pas là : la laïcité étant affaire d’État, ce qu’il exige en vérité est que l’État reconnaisse « la transcendance », autrement dit se mêle de croyances, et cesse donc d’être laïque (et pas « laïc »). Cette laïcité « malsaine » résulte de la « philosophie des lumières » qui prenait les religions pour des « sous-cultures ». Sous couvert de défense du caractère culturel des religions, nous avons affaire ici à la revendication, pas neuve du tout, de reconnaissance publique, étatique, des religions.

Dans la Croix en mai, même contenu, mais des formules plus édulcorées. F. Bergoglio ne parle pas ici de « laïcité saine », mais explique que « la France » « exagère ». Il se prononce contre un « État confessionnel » mais pour une « solide loi garantissant la liberté religieuse », affirmant donc l’existence d’une liberté spécifiquement religieuse, distincte de la liberté de conscience et de la liberté des cultes.

Toute une série de bonnes âmes, jusqu’à des gens d’ extrême-gauche inclus, férus de leur docte ignorance, découvrent avec componction que M. Bergoglio serait sur la ligne de Millerand, voire de Jaurès, dans le vrai esprit de la loi de 1905, qui pourtant comporte en toutes lettres ces mots : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

Mais on comprend leur enthousiasme. C’est la ligne de J.L. Bianco, responsable du très officiel Observatoire de la laïcité, que l’on cherche à faire passer pour un nid de subversion persécuté par le premier ministre, que F. Bergoglio a pleinement exposée. Ligne qui prétend que la laïcité consiste dans le fait que l’État protège les religions et les laisse proliférer à leur gré dans la vie privé comme dans l’espace public, protégeant cette prolifération et cette mainmise. C’était là, par exemple, le seul contenu de la première mouture de l’extraordinairement vide motion « laïcité » qui fut soumise au récent congrès national de la FSU, largement amendée par le congrès sans que le problème politique de fond ne soit tranché.

Cette soi-disant « laïcité saine », puisque telle est maintenant son appellation consacrée, labellisée au Vatican, c’est donc un État qui protège, reconnaît, et éventuellement subventionne, toutes les religions, et tout du moins qui interdit qu’on s’oppose à leur occupation de l’espace public comme à leur ingérence liberticide dans la vie privée.

A la protection des individus et des citoyens, les partisans de la laïcité a minima, labellisée « saine » par le Vatican, opposent la protection des communautés officiellement reconnues, et au combat pour des individus instruits, responsables et armés, ils opposent l’apologie de consommateurs « libres de leurs choix ».

Intervient ici la phrase de F. Bergoglio, dans l’interview de mai à la Croix, sur le fait qu’il faut cesser, en France, d’empêcher des femmes musulmanes de mettre un voile. Il n’a pas et n’a jamais eu la moindre phrase pour défendre les femmes contraintes à le porter par des États sous menace de viol, lapidation et vitriolisation, ni pour celles que les militants salafistes et les hommes de la famille tiennent sous la contrainte y compris en France, mais il accrédite cette croyance gauchiste et anglo-saxonne, digne des mythes sur les « nazis ukrainiens », selon laquelle en France les femmes musulmanes seraient pourchassées.

En sachant très bien ce qu’il fait là : les musulmans, plus précisément les salafistes (et la petite frange faussement gauchiste qui défend le « voile individuellement et librement choisi »), apparaissent là, du point de vue de la lutte des classes en France, pour ce qu’ils sont : l’arbre qui cherche à cacher la forêt, catholique, le poisson-pilote de la vieille force traditionnelle, catholique.

C’est d’ailleurs pourquoi il n’est pas non plus le moins du monde fortuit que l’autre annonce médiatique de F. Bergoglio concernant la France ait été délivrée au bon peuple des Gaules dans le même entretien journalistique à la Croix : il assure que M. Barbarin doit rester évêque de Lyon, cardinal et primat des Gaules.

Il intervient ainsi dans une discussion interne à l’Église catholique, mais dans laquelle l’État s’est immiscé, chose que M. Bergoglio ne critique en l’occurrence pas ! 

M. Valls avait en effet suggéré la démission du prélat, se mêlant de manière parfaitement anti-laïque des affaires internes de l’Église, mais de façon logique de son point de vue à lui, qui n’est pas laïque, mais concordataire. M. Colomb, maire de Lyon, défend par contre « son » évêque !

Et pendant que ces messieurs débattent, la vraie question politique, indépendante du libre choix par l’Église de ses dignitaires qui ne concerne en effet qu’elle-même, la vraie question de l’intervention nécessaire de l’État pour que justice soit rendue et pour assurer, garantir, la protection des enfants confiés à l’Église se présentant comme institution éducative ou formatrice, cette question est noyée dans la confusion.

Car en effet, la « laïcité saine » à la Bergoglio ou à la Bianco, conduit à faire en sorte que pas plus qu’il ne faut apporter des limites au port du voile religieux, il n’y a à intervenir dans les relations entre curés et enfants, si ce n’est, et encore, après coup !

Rendons grâce à François Bergoglio : les choses sont maintenant claires, c’est lui le leader, de la vieille droite comme de la deuxième gauche (voire de la deuxième extrême-gauche ! ) engagée dans le combat contre « la République » (pas contre la V° République, mais contre la République en général) et contre « le jacobinisme » – « la gueuse », comme on disait autrefois.

A la saine et sainte laïcité, opposons la seule laïcité, celle de la gueuse !

(1) « laïc » signifie : membre du peuple de Dieu, l’Église, non ordonné prêtre. « laïque » : partisan de la laïcité. Un État « laïc », en toute rigueur, n’existe pas, mais est un État clérical. Un État « laïque » ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun culte, protège par la même la liberté de conscience de toutes et de tous et du coup la liberté des cultes, et intervient lorsque ceux-ci menacent l’ordre public ou la liberté individuelle, y compris dans la vie privée, imposant par exemple une école publique pour tous avec un enseignement laïque.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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