Le congrès confédéral de la CGT

Si le 28 avril au soir Hollande, Valls et El Khomri n’ont pas retiré leur loi contre le code du travail, alors se pose la question de la grève totale jusqu’au retrait, pour empêcher l’Assemblée nationale, où le débat public commence le mardi 3 mai, de voter la loi.

Le congrès confédéral de la CGT a donné lieu à une avalanche de commentaires stupides, qui relevaient en réalité de la pression directe sur et contre le syndicat et les militants syndicaux. Un dinosaure qui aurait réinventé la lutte des classes, une centrale menacée par la grande CFDT, et, cerise sur le gâteau, une soi-disant honteuse « affiche de la CGT » -en fait, du syndicat info-com CGT- « calomniant la police » – exigeant, en fait, très légitimement, la fin des violences policières dans les manifestations. Cette pression avait un but : qu’on en finisse avec la volonté de retrait de la loi El Khomri, qu’on en revienne au « dialogue social » où les syndicats servent à appliquer la politique gouvernementale et patronale.

De ce point de vue, cette pression a échoué et c’était prévisible : la volonté de la totalité des militants syndicaux et l’unité réalisée par eux, avec la jeunesse, en mars, contre la loi El Khomri, sont la base commune à tout combat prochain.

Pour autant, est-ce à dire que le congrès confédéral a joué son rôle pour organiser ce combat en vue de la victoire ? L’appel du congrès, voté à la va-vite par applaudissements d’une majorité de congressistes mais avec le mécontentement passif d’un très grand nombre, invite certes à poursuivre et intensifier la lutte pour le retrait de la loi El Khomri, et à organiser le 28 avril des assemblées générales dans les entreprises et les services publics « pour que les salariés décident, sur la base de leurs revendications et dans l’unité, de la grève et de sa reconduction pour gagner retrait et ouverture de véritables négociations de progrès social. »

Que faire après le 28? Certes, c’est aux salariés de décider mais leur décision sera fonction des propositions des directions syndicales, notamment de celle de la CGT qui est au centre de la situation politique. Et la direction de la CGT a empêché celle-ci d’appeler à la grève totale sur quelques jours avec montée à l’assemblée lors de l’ouverture du débat public, ou toute formule de ce type en vue de gagner. Ce qu’une section syndicale sait faire à la base – mesurer le rapport de force, décider d’appeler à « y aller » ou pas, agir pour gagner quand vient le moment – les directions confédérales ne veulent pas le faire : ceci est un constat politique.

Le discours sur le mode « la grève générale ne se décrète pas », dont une version d’un jésuitisme et d’une cautèle extraordinaires a également été donnée par le grand protecteur des directions confédérales Patrick Hébert, ancien dirigeant de FO en Loire-Atlantique dans le journal Informations Ouvrières de début avril, n’est rien d’autre qu’un discours par et pour la protection du pouvoir en place, à l’encontre de l’indépendance syndicale.

Tout le congrès de la CGT à Marseille a été dominé par le « spectre » de la grève générale, de la grève reconductible, de la grève totale, ainsi que par l’amorce de la mise en cause des lourdes ambiguïtés confédérales à propos du Compte Personnel d’Activité ou de la « sécurité sociale professionnelle ». La CGT Goodyear a finalement refusé la proposition qui lui fut faite de s’adresser au congrès, mais après que l’ordre-du-jour ait dépassé les questions qu’elle posait. Le rapport d’activité a vu l’expression de 31% de votes Contre, du jamais vu depuis les années … 1920. La défiance exprimée à l’égard de T. Lepaon, hué par les congressistes, est la pointe avancée d’un sentiment de méfiance envers les dirigeants qu’il convient d’exprimer clairement : il y a dans ce pays, à la CGT et dans les autres centrales syndicales, des centaines, des milliers, de militants syndicaux qui, eux, savent ce qu’il faudrait faire pour gagner au niveau national et le feraient s’ils étaient en responsabilité sous le contrôle de leurs mandataires. S’organiser politiquement pour gagner, pour en découdre avec ce régime, est aussi une condition de l’indépendance syndicale, c’est-à-dire de la dépendance du syndicat envers les syndiqués, envers la classe ouvrière.

Editorial du Numéro 42 du 24 avril 2016

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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