Échec à la constitutionnalisation de l’état d’urgence. Et maintenant ?

Échec à la constitutionnalisation de l’état d’urgence.
Et maintenant ?

Maintenant, LEVÉE de l’état d’urgence, RETRAIT de la loi El Khomri,
A BAS LA V° RÉPUBLIQUE !

La renonciation officielle par François Hollande, ce mercredi 30 mars, envers la révision constitutionnelle sur l’état d’urgence, est évidement une catastrophe politique pour lui-même, son premier ministre et son gouvernement, que l’on avait vue venir ces dernières semaines. Mais c’est bien plus.

Dans la nuit suivant des crimes islamistes de masse du 13 novembre, le président de la V° République avait décidé de tenter la grande fuite en avant vers un régime autoritaire, une V° République achevée – celle-là même pour laquelle militent depuis longtemps les M. Sarkozy et Mme Le Pen.

L’échec de ce pauvre « grand dessein » signe le commencement de la dernière étape de l’agonie politique du président Hollande, mais c’est aussi l’échec de cette opération politique qu’il voulait mener à bien au compte du capital et de toutes les forces politiques liées au capital. C’est un affaiblissement significatif de l’institution présidentielle et du régime de la V° République.

En pointant leurs projecteurs sur les modalités par lesquelles l’opération a échoué, dans les hautes sphères de l’État et des milieux politiciens, à savoir le refus de la majeure partie de la droite et du Sénat de s’aligner sur le texte présidentiel, et les incroyables palinodies suscitées par le projet, repris du FN, de déchéance de nationalité à l’encontre des citoyens binationaux, la plupart des commentateurs voilent le fond de la question. Certes, c’est par le biais de ces escarmouches et autres coquecigrues que tout le monde a vu le texte présidentiel s’enliser, un spectacle par lui-même facteur d’affaiblissement pour le régime. Mais la cause fondamentale qui interdisait l’aboutissement de cet achèvement de la constitution autoritaire, antidémocratique, de 1958, réside dans le refus de la majorité du pays de vivre sous un tel régime.

C’est ce refus qui s’exprime, quotidiennement, dans les grèves et manifestations pour le retrait de la loi « travail », dans les nombreuses grèves contre ce qui équivaut à son application anticipée par bien des patrons et DRH dans des dizaines, des centaines, d’entreprises, dans les mouvements de la jeunesse défiant de facto un état d’urgence toujours officiellement en vigueur.

Il l’est toujours en effet, alors même que les nouvelles tueries islamistes de Bruxelles et les informations sur les réseaux fascisants islamistes démontrent plus que son inefficacité : ces faits démontrent que l’état d’urgence, pas plus que sa constitutionnalisation manquée, n’est dirigé contre Daech.

La loi El Khomri était le deuxième étage de la fusée dans l’offensive pour casser la résistance sociale et en finir tant avec les libertés publiques, la liberté politique, qu’avec les conquêtes sociales et le droit du travail. En même temps que le principe de 1789 de la garantie des droits devait être détruit au niveau constitutionnel, le contrat individuel ou l’accord d’entreprise devaient passer devant les accords issus de la négociation collective basée sur un rapport de force, et devant la loi.

Par conséquent, le fait que F. Hollande soit contraint de faire cette annonce la veille de ce qui sera, de fait, comme le 9 mars et plus fortement, une grève générale, de par son contenu politique – celui d’un règlement de compte global entre la jeunesse et le monde du travail, d’une part, le MEDEF et le pouvoir politique, d’autre part – revêt toute sa signification.

La droite -UMP, UDI, FN- s’apprête maintenant à aider M.M. Hollande et Valls à faire passer à l’Assemblée nationale et au Sénat le cœur de la loi El Khomri : l’inversion de la hiérarchie des normes, la loi de l’entreprise qui passe devant la loi. En effet, si, tout en se divisant à ce sujet, droite et extrême-droite ont jugé que, comme Hollande ne pouvait qu’échouer sur la mutation de la constitution, et ont donc décidé de le lâcher, elles estiment ne pas pouvoir se permettre de le laisser céder sur l’exigence majoritaire : le retrait de la loi « travail ».

Inversement, pour la jeunesse, pour les salariés, actifs, chômeurs et retraités, pour les partisans de la liberté politique, la défaite politique de Hollande et Valls, et du régime de la V° République, sonne comme un encouragement à aller jusqu’au bout :
LEVEE de l’état d’urgence et RETRAIT de la loi El Khomri !

La levée de l’état d’urgence, c’est la réouverture des facultés et des lycées fermés, la reconnaissance absolue du droit des jeunes à se réunir en assemblée générale sous leur seul contrôle dans l’enceinte des établissements d’enseignement, l’arrêt des brutalités et des provocations policières et l’amnistie immédiate des victimes de la répression dont le nombre augmente depuis le 9 mars.

Ce n’est pas en 2017 dans des présidentielles qui n’offrent aucune issue politique à la majorité, ni par conséquent en décembre dans des primaires axées sur ces présidentielles, c’est MAINTENANT que la majorité peut défaire ce gouvernement, et par là ouvrir la crise de ce régime.

En construisant la grève générale, c’est-à-dire la grève pour défaire le pouvoir politique du capital, en imposant la levée de l’état d’urgence et le retrait de la loi El Khomri, le mouvement engagé ne peut que viser le renversement du régime existant : briser la pyramide qui va du roi-président aux préfets, recteurs, commissaires … et imposer la démocratie, le pouvoir effectif de représentants élus, mandatés, responsables, révocables.
Voila la perspective, l’issue politique véritable, à un rythme qui n’est pas encore établi car il dépend de la maturation politique en cours, qui se dessine au delà de la journée de demain et par celle-ci.

Demain, 31 mars, tous en grève !

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
Cet article a été publié dans France, Grève générale. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.