Après le 2eme tour des régionales, faire émerger la lame de fond sociale

On pourrait résumer l’essentiel au lendemain de ce second tour des élections régionales par ce simple fait : nos gouvernants après avoir salué le « barrage au Front National », s’empressent de dire qu’ils ont « entendu le message des Français » (lesquels ?) et, illico, annoncent qu’il n’y aura pas de « coup de pouce » sur le SMIC au 1° janvier.

Hollande et Valls sont embarqués dans une fuite en avant incendiaire et destructrice, contre le code du travail, contre les droits sociaux, contre les services publics, contre l’école laïque, contre les libertés démocratiques. Dans leur élan, sont aussi lancées des rumeurs sur la liquidation du PS au profit d’un espèce de « parti progressiste ». On pourrait leur souffler un nom : « Les Républicains » !

Car l’opération politique de ce second tour consistait à faire remonter LR, la « droite traditionnelle », le parti de Sarkozy et de tous ses amis de trente ans. C’est pour cela que l’on a présenté la progression du FN comme un irrésistible tsunami qui doit tout emporter, ce qui est absurde si l’on y réfléchit posément. C’est pour cela que les listes PS ont été dissoutes dans deux Régions (Nord-Picardie et PACA) et que celle qui s’est maintenue en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes a été vouée aux gémonies. Sous le couvert de sauver le pays de l’élection de présidents de région FN, il s’agissait de sauver le parti des notables, du capital et de l’appareil d’État qu’est LR, malgré l’ « ingratitude » de Sarkozy et son alignement croissant sur le FN.

La remontée de la participation, de 48% à 59% – ce qui reste en réalité faible même si le phénomène est indéniable, bien que l’on ne tienne pas compte des prés de 5% de bulletins blancs ou nuls- a concerné les trois forces politiques présentes à ce second tour, « gauche », « droite » et FN, mais a surtout bénéficié à la droite, la plaçant devant le FN particulièrement dans les 3 à 5 régions que celui-ci était susceptible de conquérir.

Peut-on dire pour autant que la signification du premier tour – abstention majoritaire partout, très majoritaire dans la classe ouvrière, ultra-majoritaire dans la jeunesse, et le FN placé nettement devant LR et le PS, bénéficiant d’un transfert de voix de la droite – est effacée ?

Certainement pas. Le FN a d’ailleurs progressé en voix au second tour, et aurait par exemple conquis la région Languedoc-Roussillon … si celle-ci existait encore. On notera au passage le maintien de son score du premier tour par le socialiste Masseret, qui n’a pas pour autant fait gagner le FN, ainsi que, en Corse, la victoire des nationalistes qui apparaissent en raison de la situation spécifique corse comme une dernière perspective politique possible : ces faits supplémentaires confirment la tendance générale, le rejet de l’exécutif et des pouvoirs en place.

Ce rejet n’est pas ce sur quoi « surfe » le FN, il est bien plus vaste, bien plus massif, bien plus généralisé et s’il est vrai que le FN agglutine les voix, grâce à Hollande, Valls et Sarkozy, de secteurs sociaux atomisés et désespérés, il n’en capte pas du tout la majorité et progresse surtout dans l’électorat traditionnel de droite.

Sarkozy à la tête de LR mise d’ailleurs sur l’échec de Hollande et Valls, reste convaincu que s’il ne fait pas mine de vouloir leur peau le FN finira de le remplacer, et ce faisant, il aggrave lui-même la crise de LR en remplaçant Kosciusko-Morizet par Laurent Wauquiez, c’est-à-dire par le secteur le plus violemment réactionnaire de LR, lié aux lobbies cléricaux.

Le fait politique central : que la fuite en avant autoritariste de Hollande et Valls ouvre la voie à l’arrivée au pouvoir du FN ainsi qu’à un isolement croissant du pouvoir et de toute la classe politique – le FN, qui n’existe que pour les élections à tous les niveaux, compris – envers les processus sociaux réels, et nous fait ainsi entrer dans la phase des turbulences d’une crise de régime de la V° République, cette « République » antisociale, antidémocratique et anti-laïque, qui pourrait s’avérer la dernière, ce fait central demeure.

La réalité politique du pays doit être opposée à la scène politique de ceux d’en haut qui voudraient faire croire qu’il y aurait des « républicains » face au « Front national ». Ces « républicains » peuvent tous finir comme ils ont déjà fini en 1940, ralliés à Monmaréchal, ou en 1958, ralliés à Mongénéral, dans l’ « union nationale » d’un bonapartisme autoritaire à la française auquel les courant fascistes apportent leur contribution, mais qui sont loin de s’y trouver seuls.

Cette réalité politique oppose deux camps sociaux.
Le patronat, le MEDEF, le président, le gouvernement antisocial, les directions des grands partis, le FN, les présidents de Régions nantis de pouvoirs sans précédent, en sont un. Valls a donné le cap : frapper, tant qu’ils le peuvent.

L’autre est celui de l’immense majorité. Elle bouillonne. La courbe des grèves, cela se confirme, n’a pas été refoulée à la baisse par les crimes de masse de Daesh, l’état d’urgence et ces élections régionales. De la raffinerie Total du Havre à l’usine Latécoère de Gimont près de Toulouse, en passant par des dizaines de bureaux de postes, de centres hospitaliers, de collèges, et les personnels territoriaux des départements et des Régions en première ligne de la grande casse, la lame de fond est là.

La question politique véritable est que cette lame remonte du fond vers la surface, au grand jour, en se généralisant et en se centralisant.

La question est donc celle de l’organisation de tous ceux qui veulent y aider, de leur coordination politique, à commencer par l’organisation massive de la signature de l’appel des 333 pour la levée de l’état d’urgence.

Éditorial du Numéro 25 du 15 décembre 2015.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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