A quelques jours des élections régionales, quelques mots

Honte à vous, MM. Hollande et Valls.
Vous ne combattez pas Daesh, pas plus que vous n’avez combattu et que vous ne combattez le FN, la droite, le patronat. Votre « état d’urgence », la démonstration est en train d’en être faite, massivement, ne vise pas Daesh, mais le monde du travail et la jeunesse de ce pays.

Quoi que l’on pense des orientations politiques des manifestants de ce dimanche mobilisés à l’occasion de la « COP 21 », les faits qui se sont déroulés place de République à Paris sont très graves. Il y a eu provocation policière, structurant la provocation de certains courants dits « black blocs », enfermement délibéré sur la place, brutalité, profanation effective du mémorial aux victimes des crimes de Daesh par les CRS, mensonge audiovisuel massif à ce sujet, et des dizaines d’arrestations, concernant massivement des militants de la FSU et de Solidaires. Que doit penser Abu Bakr al Baghdadi de vos petits exploits, MM. Hollande et Valls ?

Sciemment, cyniquement, vous utilisez le choc du 13 novembre pour faire passer vos plans patronaux, contre le Code du travail, votre loi Santé, votre réforme territoriale mise en place à travers les prochaines élections régionales.

Plus grave encore : sciemment, cyniquement, vous tentez de renforcer, à la faveur du choc créé par Daesh, le caractère anti-démocratique des institutions de la V° République, par vos projets de révision constitutionnelle, de prolongation indéfinie de l’état d’urgence, cependant que les perquisitions arbitraires et les brutalités se multiplient, sans aucun rapport ni proche ni lointain avec la lutte contre Daesh.

Et sciemment, cyniquement, vous cherchez à faire monter le score du FN, sachant que la masse du salariat et de la jeunesse vont s’abstenir, traitant ce scrutin par le mépris, dimanche prochain, et calculant que le FN passant devant la droite, lui siphonnant en fait ses voix issus des couches avec lesquelles sa porosité est totale, ceci permettra de faire le bruit et la campagne de peur nécessaire pour que vous soyez réélus en 2017. Et réélus, précisons-le, pas comme « socialistes », mais comme petits Bonaparte autoritaires en train de se reconstituer une «côte de popularité » dans l’électorat de droite et du centre.

C’est là une politique à courte vue de petits incendiaires irresponsables, dont le succès est tout sauf assuré.

Il est tout sauf assuré, parce que ce pays n’est pas seulement celui du coup d’État de 1851, des pleins pouvoirs à Pétain et du coup d’État du 13 mai 1958, mais aussi, mais d’abord, celui de 89, de 93, de 48, de la Commune, de la loi de 1905 sur la laïcité, de juin 36, d’août 44, de mai 47, d’août 53, de mai-juin 68, de 95, de 2003, d’un terreau qui cherche aujourd’hui, sous votre chape, sa contre-attaque et son renouvellement.

Lundi 30 novembre, le collège Henri Barbusse de Saint-Denis, et le lycée Guy de Maupassant de Colombes, étaient en grève, profs et élèves, pour le retour immédiat de leurs professeurs arrêtés la veille place de la République. Voila un signe qui en dit bien plus que tous les sondages nécessairement biaisés sur l’état d’urgence – nécessairement biaisés, car le peuple est contre Daesh.
Il l’est bien plus que vous, MM. Hollande et Valls. Honte à vous.

La situation doit maintenant être clairement caractérisée : le crime de masse des fascistes de Daesh a permis à l’exécutif de la V° République de tenter la mise en route d’une sorte de coup d’État antidémocratique. Ils veulent sauver ce régime, le renforcer, et conjurer le risque réel d’une « explosion sociale » avant 2017.

La question politique centrale est donc celle de l’exigence de retrait de l’état d’urgence, contre Daesh, pour les libertés démocratique, la liberté politique, le droit d’expression, de grève, d’organisation et de manifestation.

Pour la liberté, pour la démocratie, l’unité la plus large doit se réaliser.
Cette unité est porteuse de l’explosion de lutte sociale de celles et de ceux d’en bas qui se cherche dans ce pays, et qui, en battant MM. Hollande et Valls, battra aussi les Gattaz, les Sarkozy et les Le Pen, qui ne seront pas battus autrement.

Dans ce contexte, le scrutin de dimanche prochain se présente pour ce qu’il est : une opération dans laquelle la classe ouvrière ne peut pas trouver son compte, ce qui explique d’ailleurs sa parfaite indifférence.

Pas une seule liste qui mette au centre le refus et le blocage de ce qui se met en place précisément par ce scrutin : la réforme territoriale qui, en donnant un pouvoir réglementaire aux présidents de Régions, prépare les pires attaques contre la fonction publique territoriale et hospitalière, contre l’égalité des droits des citoyens devant l’impôt, devant le service public, devant la loi elle-même, égalité déjà brisée par l’incroyable mesure prise contre les binationaux par le vote presque unanime de l’Assemblée du 18 novembre, et contre la laïcité.

Le MEDEF organise délibérément la confusion en appelant à voter contre le FN parce que celui-ci serait soi-disant un parti de gauche voulant augmenter les salaires et les retraites (alors que Mme Le Pen a fait savoir que si elle est élue dans le Nord-Picardie les fonctionnaires territoriaux seront sa première cible) !

Une forte progression du FN sera l’occasion de faire croire que ce parti est majoritaire parmi les mauvais français que seraient les ouvriers et les employés, et, ensemble, le FN et la droite dans les Régions, le gouvernement Hollande-Valls au niveau de l’État, et l’Union « Européenne », leur taperont dessus. Une progression moins forte que prévue ou un tassement sera présenté à tort comme un soutien au gouvernement, sur la ligne définie par son inspirateur, M. Gattaz !

Dans ces conditions, la majorité réelle de l’électorat va pour partie refuser de voter et pour partie ira voter pour barrer la route au FN et à la droite et donc, d’une certaine façon, contrer les conséquences de la politique de Hollande et Valls. Ces deux comportements possibles et légitimes auront pour point commun le refus de fond de ce qui est en train de se passer.

Contre Daesh, contre l’état d’urgence, contre la casse du Code du travail alors que le chômage repart à la hausse, contre la réforme territoriale, l’unité doit se faire et elle se fera.
En nous unissant pour la liberté, nous ouvrirons les vannes de l’affrontement social.
En engageant cet affrontement, nous ouvrirons la voie à la liberté.

A propos aplutsoc

Arguments Pour la Lutte Sociale - Ce bulletin, ou circulaire, est rédigé par des militants pour qui le siècle commencé est gravement menacé par le capital, et pour qui la révolution prolétarienne, prise en main de leur destinée collective par les exploités et les opprimés eux-mêmes, est plus que jamais à l’ordre du jour. Il a pour but de fournir des arguments, des éléments politiques, des propositions d’action et matière à débat à toutes celles et tous ceux qui veulent ouvrir, en France et au niveau international, une issue politique aux luttes sociales qui ne cessent pas.
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