La crise du Parti Socialiste est un sujet qui concerne toute la classe ouvrière – n’en déplaise à une doxa assez répandue, nourrie à la fois par le dépit légitime de la présidence Hollande notamment (et de tout ce qui l’a précédée et préparée), mais aussi par une vision biaisée des trahisons du XX° siècle dont réchappe le stalinisme, doxa selon laquelle tout ce qui est PS ne sent vraiment pas la rose.
En fait, Hollande en engendrant Macron a conduit le PS à sa liquidation, mais celui-ci a persisté à exister, car à la base, dans les municipalités et les syndicats, le PS existe encore. Ceci a été une donnée décisive de la formation du NFP et de l’échec de Macron à mettre Bardella au gouvernement, en 2024.
Le choix de ne pas censurer le gouvernement Bayrou, puis Lecornu, choix largement aidé par la ligne de division de la direction de LFI, a placé la direction du PS devant un mur contre lequel elle a commencé à se frapper la tête de plein fouet cette semaine.
Acte 1, politiquement très important : Olivier Faure, premier secrétaire de ce parti, et une vingtaine de députés, choisissent de voter la censure du gouvernement Lecornu sur la question politique maintenant la plus urgente de toutes, la question climatique. Le voulant ou non, ils indiquent donc une direction, celle de la reconstitution de l’unité de tout le NFP pour affronter le pouvoir exécutif illégitime, maintenant — et du même coup affronter et battre le RN et l’union des droites.
Acte 2, la ligne de Mélenchon devant ce pas en avant et la possibilité d’unité qu’il indique : le refus, l’hostilité radicale. Nous avons vraiment là, directement, affaire à la tradition stalinienne du début des années 1930 : « O. Faure a trahi sa parole, sa dignité, la NUPES, le NFP, tout et tout le monde pour devenir le candidat des centres. (…) Maintenant, il met un maillot d’insoumis pour voter avec nous et les écolos la censure de Lecornu. Ce n’est plus une girouette. C’est un ventilateur. »
Sous l’humour médiocre, la haine, et même une certaine peur : tout courant réformiste ou social-démocrate de gauche réel constitue un danger mortel pour le candidat Bonaparte plébiscitaire. Il faut donc le tuer, et la convergence avec François Hollande et son monde est ici une évidence qui devrait sauter aux yeux de ceux qui ne sont pas aveugles …
D’ailleurs, ce même lundi 6 juillet, J.L. Mélenchon annonçait que pour se rallier à lui (avec armes et bagages, les yeux bandés et la corde au cou), chacun a jusqu’à novembre (juste avant l’échéance posée par F. Hollande pour annoncer sa candidature).
En outre, le vote interne chez les Écologistes, le même jour, voyait les partisans de Mélenchon et ceux de l’orientation vers Hollande, Glucksmann et le centre, battus ensemble (par 65% des voix), car ils étaient associés (logique !), par l’orientation représentée par Marine Tondelier, favorable à une primaire – mais voulant avancer sa propre candidature faute de primaire, ce qui était donc suspendu au vote interne du PS de jeudi.
Acte 3, le vote interne au PS a donc eu lieu jeudi, devant trancher entre une primaire unitaire hormis LFI, et un processus de désignation cantonné au seul PS associé à Place publique.
Le premier fait clef est ici le nombre remarquablement petit des votants : moins de 13 000 selon les rares sources accessibles. Pour comparaison, le vote interne au PCF avant son congrès a vu 24 600 votants. Le PS a plus de 13 000 adhérents, mais une telle démobilisation est un signe politique de décomposition, causée par les non-censures, les divisions, etc.
Les votants se sont divisés à peu près sur les lignes de force du dernier congrès, la position pro-primaire d’Olivier Faure ne progressant que légèrement par rapport à son score lors de celui-ci, de 42% à 45%, contre 55% choisissant, selon le titre involontairement humoristique du site du PS, « leur stratégie présidentielle pour 2027 ».
En fait, ils ont adopté un chèque en blanc devant permettre à terme à François Hollande, en dehors de tout vote et de toute consultation de quelque parti que ce soit, et au titre d’ancien président de la V° République, de s’autoproclamer candidat fin 2026 une fois Raphaël Glucksmann lessivé, ou bien, et il choisira souverainement en fonction de ce qu’il appelle « les intérêts supérieurs de la France », de se retirer en faveur d’Édouard Philippe.
Cela signifie que le processus d’auto-liquidation du PS est à nouveau engagé (Olivier Faure représente, de fait, sa persistance dans l’être), et qu’il le serait (sous les applaudissements de J.L. Mélenchon) au profit de la V° République et, si ce n’est des macroniens, du moins de ceux qui ont engendré Macron. Et peut-être bien au bout du bout, d’Édouard Philippe !
Voici la déclaration d’Olivier Faure :
« Les militants ont tranché en choisissant une primaire réservée aux militants pour désigner notre candidat à l’élection présidentielle. Je respecte pleinement la souveraineté des militants et veillerai au respect de la décision qu’ils ont prise.
Le Parti socialiste est un parti démocratique et mon devoir est d’appliquer les décisions prises par les militants. Mais je continuerai à me battre jusqu’à la fin pour rassembler toute la gauche démocratique et écologiste et éviter l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir.
Je me félicite qu’il y ait, malgré tout, un processus de primaire. Il permettra un choix démocratique et donnera une légitimité à notre candidat. Dès le mois de septembre, des débats permettront de confronter les lignes politiques, les propositions et les idées, de sortir du simple rapport de force interne pour permettre aux militants de trancher, en octobre. Il faut que les Français comprennent ce que nous allons porter dans l’élection présidentielle. »
Olivier Faure malgré son vote de lundi pour la censure, choisit de ne pas renverser la table et de faire semblant, mais c’est bien, qu’il le veuille ou non, la liquidation du PS le sujet.
L’APRÈS a réagi par un communiqué, que nous reproduisons ci-dessous, appelant « celles et ceux qui ont défendu une candidature commune de continuer à œuvrer ensemble pour peser dans la situation », en « construisant un cadre permanent de coordination et d’action. »
La candidature de Clémentine Autain, qui, à la différence de celles de François Ruffin et de Marine Tondelier, n’entendait être légitimée que dans la perspective de primaires unitaires, devient, de fait, caduque. La proposition d’un cadre permanent d’organisation par L’APRÈS, de défensive doit devenir offensive, et aller vers des comités d’action ou quelque nom qu’on leur donne, car ce ne sera ni le 18 avril, ni le 2 mai 2027, que Marine Le Pen sera battue, mais avant dans la lutte directe.
Cependant, le récit de cette semaine du PS n’est pas terminé, car, vendredi 10 juillet, Ségolène Royal est sortie de sa boite. Voici sa déclaration :
« J’ai décidé de participer à la primaire après de nombreux échanges avec des gens rencontrés, des élus, des citoyens actifs dans des associations, des entreprises.
Je prends cette initiative avec humilité, sans égo, et sans posture de supériorité comme on en voit trop. Pour servir, en étant à l’écoute, avec discernement, expérimentée et respectueuse des différences de points de vue. Sauf la limite infranchissable du racisme et de l’antisémitisme. Du sexisme et de l’homophobie. Et de l’extrême droite, aux portes du pouvoir : comment pourrais-je ne rien faire, face à l’hypothèse selon laquelle la première femme de l’histoire de France qui accéderait à la présidence en serait issue ?
Notre pays secoué par de multiples crises exprime le besoin d’un avenir rassurant pour retrouver une FRANCE TRANQUILLE et confiante en son destin.
Dans un esprit d’équipe et de rassemblement autour de plusieurs priorités :
- Un ORDRE JUSTE dans tous les domaines, pour redonner du pouvoir d’achat, relancer l’activité économique sans détruire les protections sociales et en luttant contre la vie chère. Ordre juste pour l’éducation, la santé, la sécurité quotidienne.
- L’URGENCE CLIMATIQUE par l’application énergique des décisions de la COP21, que j’ai présidée.
- L’URGENCE ÉNERGÉTIQUE pour les TPE PME artisanales industrielles et agricoles qui souffrent de la flambée du prix de l’énergie. Des solutions existent contre les faillites inquiétantes en reprenant notre autonomie énergétique et en baissant les taxes, comme je l’ai fait quand j’ai été ministre de l’Énergie.
- LA RECONSTRUCTION d’un ÉTAT FORT qui ne tolère aucune violence contre les ENFANTS. Zéro tolérance pour les agresseurs, lutte implacable contre les violences sexuelles. Comme je l’ai fait dans mes responsabilités ministérielles.
- Une stature diplomatique dans laquelle la France retrouve son rôle historique de PUISSANCE MÉDIATRICE, pour œuvrer partout à la PAIX juste et durable, dans la continuité de la vision de Charles de Gaulle, de François Mitterrand et de Jacques Chirac…
À bientôt donc. Préparez-vous à venir voter nombreux et à participer à définir LA FRANCE TRANQUILLE et l’ORDRE JUSTE. Car rien n’est plus fort que des citoyens qui prennent leur destin en mains et surmontent ensemble les épreuves. »
On a le droit de rigoler, mais on ne saurait s’en contenter. De fait, son initiative, premièrement emm … François Hollande, et deuxièmement confère à la non-primaire du PS une visibilité inespérée pour ses tenants. Elle est sur son orientation V° République, autoritaire et corporatiste de « l’ordre juste », et rappelons que, toujours copine avec J.L. Mélenchon, elle aurait pu être tête de liste « insoumise » aux dernières élections européennes. En politique internationale, elle fait le pont entre le multilatéralisme trumpo-poutinien de Mélenchon et celui de Le Pen. C’est donc là plus qu’un grain de sable qui se met dans les rouages. Mais du point de vue de l’unité des exploité.e.s et des opprimé.e.s pour gagner contre le RN et la V° République, elle fait évidemment partie du problème, pas de la solution.
La solution ? Plus que jamais, à la rentrée, les comités d’action : sur la base de la discussion que nous avons impulsée le 5 juillet dernier, voila le sujet prochain.
Le 11/07/2026.
Document

Ouvrir l’espoir à gauche et battre l’extrême-droite
La France vit une tragédie politique : l’annonce de Marine Le Pen de se porter candidate à l’élection présidentielle, quelques heures après sa condamnation en appel, vient saper tous les fondements de l’État de droit. Dans le même temps, nous assistons, à peine surpris, à la validation par la majorité des adhérent·es du Parti socialiste de la stratégie des deux gauches irréconciliables et d’une victoire qui se jouerait au centre.
La victoire se joue à gauche, fièrement. Pour partager les ressources, les richesses, le travail et le pouvoir, assurer la bifurcation écologique et lutter contre les discriminations. L’espoir à gauche se crée dans notre capacité à transformer la société, pas à gérer ce qu’il reste d’un monde qui s’épuise, patriarcal et capitaliste.
L’histoire est tragique mais la fin n’est pas écrite. À un an de l’élection présidentielle, L’APRÈS affirme le chemin du rassemblement de la gauche sociale et écologiste comme seul à même de contrer la victoire de l’extrême-droite. Sa poussée est résistible. Elle demande une gauche à la hauteur du moment. Le contexte ne permet aucune hésitation : face à la menace autoritaire, xénophobe, antisociale, il faut unir nos forces.
Nous avons fait la NUPES. Nous avons fait le NFP. Plusieurs villes de France, en mars dernier, ont su trouver la voie de l’union, des accords entre forces de gauche. Il n’existe aucune justification à la division insurmontable si ce n’est pour celles et ceux qui jouent la défaite derrière leur candidature solitaire. Tout est question de volonté politique.
La volonté de l’électorat de gauche est là. Elle pousse nos organisations à nous réunir, pour l’élection présidentielle et les élections législatives, à créer les conditions du rassemblement, à écrire un programme qui rende la vie meilleure !
L’APRÈS propose à celles et ceux qui ont défendu la perspective d’une candidature commune de continuer à œuvrer ensemble pour peser dans la situation. Construisons un cadre permanent de coordination et d’action. Inscrivons l’exigence d’unité dans la durée. Plus largement, nous en appelons à chacune et chacun, candidat·es déclaré·es ou non. Hissons la gauche à la hauteur de l’histoire. Rassemblons-nous. Résistons ensemble.
Retrouvons nous à Tours du 22 au 24 août pour l’université d’été de L’APRÈS et en septembre à la Fête de l’Humanité.
Publié par L’APRÈS le 10 juil. 2026.
Nota : cet éditorial a été finalisé avant l’annonce du retrait de la candidature de Clémentine Autain.
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