Ces élections municipales ont connu le plus fort taux d’abstention de leur histoire à l’exclusion du scrutin de 2020 qui s’était déroulé sous le Covid. Beaucoup de faits sont allégués pour expliquer cela, mais la division à gauche a joué, sans aucun doute, pour paralyser une partie de l’électorat de gauche soucieux de défendre les droits sociaux et démocratiques.
À terme, cette situation, combinée à la casse des services publics et au pouvoir des intercommunalités, menace le caractère démocratique de l’institution communale.
Alors que l’électorat de gauche est ainsi confronté à la division (qui pèse nationalement même là où l’unité est réalisée sur la commune), l’électorat de droite n’a désormais plus aucune restriction, aucune barrière, à voter extrême droite que ce soit sous la forme du RN, de Reconquêtes comme à Paris, ou sous d’autres formes (faux « divers droite », etc.) C’est bien l’union des droites le tremplin vers la prise du pouvoir par les relais de Trump et Poutine en France qui veulent en finir avec les libertés publiques et l’État de droit. Là où il doit choisir, il choisit l’union des droites extrêmes, comme à Nice. C’est là la raison, avec la désunion à gauche, pour laquelle le RN peut conquérir des mairies importantes au second tour comme à Marseille, et non pas une poussée massive en sa faveur.
À gauche, les scores de LFI demandent une analyse politique précise, car ils combinent deux facteurs : des percées municipales par ancrage local et un évident affaiblissement de l’élément national-présidentiel dans la place de LFI. Les succès incontestables à Saint-Denis, Roubaix, Limoges, Toulouse, Courbevoie …, ne doivent donc pas être interprétés (ainsi que le fait bien entendu la direction de LFI) comme la confirmation de la « juste ligne », car ils se combinent à de vastes zones de faiblesse et au score « tassé » des deux candidatures LFI les plus liées à la stratégie nationale de division, Delogu à Marseille et surtout Chikirou à Paris. Ces résultats n’augurent donc rien concernant les présidentielles, et sont même potentiellement porteurs de crise d’un mouvement initialement fondé sur le seul présidentialisme.
À l’exception notable du Nord/Pas-de-Calais, les listes à dominante PS ou d’union dominée par le PS résistent bien, et les écologistes semblent capable de « sauver » Lyon, Bordeaux et peut-être Grenoble. En simplifiant, le vote populaire à gauche se porte sur les listes les plus susceptibles de gagner, et quand en plus, elles peuvent sembler tirer la dynamique d’ensemble le plus à gauche possible, cela leur profite.
Ces réalités ont produit un infléchissement dans l’orientation de LFI qui parle désormais de « front antifasciste » et de « fusions techniques ».
Front antifasciste ? Bien sûr, mais soyons précis : le front antifasciste, c’est le front commun contre l’union des droites, sur le plan électoral, et c’est la centralisation des luttes contre patronat et gouvernement, au plan social – les syndicats y ont vitalement leur place. Le front antifasciste ne consiste pas à saisir la « main tendue » par LFI, mais à frapper ensemble tout en marchant séparément et en discutant des orientations.
Fusions techniques ? Oui, mais rien n’est plus politique qu’une fusion technique ! Une fusion technique veut dire qu’on veut faire prévaloir les besoins sociaux et démocratiques communs contre les ennemis des libertés : ce n’est pas rien ! Et même si ceci ne conduit pas à des majorités municipales officiellement unies, ceci peut y pousser. Des fusions techniques voir plus s’imposent évidemment dans toutes les communes où les listes LFI sans dominer réalisent des scores significatifs dont l’apport est nécessaire pour barrer la route à l’union des droites, de Toulouse à Marseille en passant par Clermont-Ferrand et Lyon. Il faut donc combattre pour elles.
À Paris, Sophia Chikirou qui avait défini la nature politique de sa candidature en disant qu’elle visait à ce que le PS ne tienne plus la mairie, a déclaré hier soir que le danger était la droite et l’extrême-droite, mais pour faire porter toute la responsabilité du danger au seul PS sommé de « répondre à son appel ». Cette manière de tendre la main, à la manière du KPD allemand engagé dans une division forcenée et violente qui, soudain, le 20 juillet 1932, somme les sociaux-démocrates de le rejoindre dans une grève générale… le lendemain matin, est volontairement contre-productive et prolonge en fait la stratégie du secteur dirigeant de LFI que représente Chikirou, faisant le jeu de l’union des droites au compte de l’axe Trump-Poutine.
Mais, dans tout le pays, cette orientation vacille, de même que vacille la position imprimée au PS de refuser « tout accord national » avec LFI, comme l’a répété hier soir Olivier Faure, laissant entendre toutefois que des accords locaux sont possibles. Évidemment, puisqu’ils sont nécessaires, et le reconnaître est une position nationale !
Le 8 mars dernier, le 14 mars, et maintenant dans la pression pour stopper l’union des droites de Paris à Marseille et dans tout le pays, la poussée d’en bas imposant l’unité est engagée.
Dans les urnes, dans la grève et dans la rue, front commun contre l’union des droites !
Remarques reçues de LD :
Sans verser dans le localisme, ni savoir si cela doit être intégré ou pas :
– les écolos n’hésitent pas à fusionner avec LFI, y compris pour ravir la place au PS à Lille,
– les candidat-es LFI dans les arrondissements parisiens font des scores bien supérieurs à celui de Chikirou comme il y a un vote d’adhésion à ce niveau et un vote de raison pour la mairie centrale,
– le grand perdant, c’est ce qui reste du parti présidentiel qui n’est même pas en position d’arbitrer quoi que ce soit contrairement aux législatives de 2024.
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Sur la situation à Toulouse : extraits d’un article de La Dépêche
Deuxième tour des élections municipales à Toulouse, accord conclu pour l’union de la gauche entre François Piquemal et François Briançon, l’objectif s’écrit en un seul mot, victoire
Union de la gauche à Toulouse, les listes de François Piquemal et de François Briançon fusionnent pour le second tour des élections municipales. Un accord de gouvernance prévoit une répartition proportionnelle et un programme commun pour tenter de battre la majorité sortante.
Après une nuit de négociations, les deux listes de gauche, la liste du Mouvement de la France Insoumise (MFI) de François Piquemal et la liste de l’union de la gauche de François Briançon, ont annoncé un accord de gouvernance dans la matinée du lundi 16 mars 2026, devant un parterre de journalistes. Leur but est d’unir leurs forces au second tour des élections municipales.
François Piquemal prend la tête de la liste pour devenir, en cas d’élection, maire de Toulouse, et François Briançon deviendrait président de la Métropole. La liste, qui s’appellera « demain Toulouse, la gauche unie », sera déposée à la fin de la journée du lundi 16 mars 2026.
« C’est une fusion qui s’appuie sur un programme commun et une gouvernance partagée, avec une répartition à la proportionnelle, selon les scores des deux listes », dit François Piquemal, qui a remporté le match des deux gauches, dimanche 15 mars 2026, à l’issue de la première phase du scrutin, avec vingt-sept pour cent des voix contre vingt-cinq pour cent des voix pour son rival François Briançon.
« Le score montre qu’une majorité de Toulousains veut mettre fin à la droite de Jean-Luc Moudenc. Il fallait trouver une liste de gauche en capacité d’ouvrir une nouvelle ère à Toulouse. Nos deux listes ont pris leurs responsabilités. Nous ne pouvons pas assumer une division permettant un nouveau hold-up du maire sortant », dit François Piquemal.
« Le chemin du rassemblement ne pouvait pas en être autrement, mais la campagne n’est pas terminée et notre objectif s’écrit en un seul mot, victoire. Le score du maire sortant montre que la possibilité existe. Nous voulons créer les conditions d’une alternance politique attendue », dit François Briançon.
Malgré l’annonce du bureau national du Parti Socialiste, dimanche 15 mars 2026, qui s’oppose à toute alliance avec le MFI, François Briançon assume et il assure qu’Olivier Faure a été tenu au courant. Il dit qu’il est rassuré, suite aux clarifications qu’il exigeait de la part du candidat du MFI. « Mes décisions, je les prends avant tout dans l’intérêt des Toulousains », dit François Briançon. « Nous avons été assez rapides pour nous marier », plaisante François Piquemal, se félicitant d’un accord trouvé en un temps record.
De son côté, Régis Godec, leader d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) à Toulouse, Régis Godec, renonce à la Métropole, « c’était un principe de responsabilité que de se retirer. Nous avons conclu que nous avions beaucoup de convergences programmatiques ».
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Sur la situation à Toulouse : article de Médiapart
À Toulouse, la nuit accouche d’une solide union de gauche
Le scénario espéré par le peuple de gauche toulousain est en train de s’écrire. Dimanche prochain, une liste d’union, façon NFP, menée par l’insoumis François Piquemal, affrontera celle du sortant Jean-Luc Moudenc. Après douze ans de gouvernance à droite, la troisième ville de France pourrait basculer.
16 mars 2026 à 14h31
ToulouseToulouse (Haute-Garonne).– La possibilité que Toulouse, la troisième ville de France, soit administrée dès la semaine prochaine par un maire insoumis s’est considérablement renforcée dans la nuit de dimanche à lundi 16 mars.
À 9 heures ce matin, les « deux François » – ainsi que les ont affublés durant la campagne les proches du maire sortant Jean-Luc Moudenc (divers droite) –, Piquemal (La France insoumise, LFI) et Briançon (Parti socialiste, PS), ont tenu une conférence de presse pour annoncer un accord d’union de leurs deux listes pour le second tour.
Les deux hommes, comme leurs colistiers et colistières présentes en nombre, avaient les yeux rougis par une nuit de palabre politique, sans sommeil, entamée vers 1 heure du matin.
Dimanche, avec un taux de participation de 56,4 %, les Toulousain·es ont, sans surprise, placé le maire sortant Jean-Luc Moudenc (soutenu par l’ensemble des forces de droite, Renaissance compris) en tête avec 37,23 % des suffrages exprimés. Déjouant les deux sondages des dernières semaines, c’est François Piquemal (liste « Demain Toulouse » rassemblant LFI, l’Assemblée des quartiers, et le NPA anticapitaliste) qui, avec 27, 56 % des suffrages exprimés, a pris la seconde place devant François Briançon (liste « gauche unie » rassemblant le PS et dix autres formations) avec 24,99 % des voix.
Comme l’avait confié hier soir un colistier dépité à Mediapart, ce scénario d’une liste insoumise prenant le leadership de la gauche n’avait pas été envisagé par les troupes de la liste socialiste, très sûres de leur avance. La soirée a donc été particulièrement plombée dans leur café-QG. Le contraste était saisissant avec la liesse observée côté insoumis. Après quelques appels et messages, les deux listes ont cependant vite basculé dans la séquence suivante : une discussion en vue d’établir une liste d’union.
De l’absence d’entente à une fusion totale en passant par un accord « technique », à peu près tous les scénarios étaient encore possibles hier soir à minuit. Celui annoncé ce matin est plutôt mieux-disant. « C’est un bon accord », se félicitait sobrement Thomas Sommer, l’un des colistiers du NPA sur la liste de François Piquemal à la sortie de la conférence de presse tenue à l’Eurêkafé, dans un quartier festif de la ville, où les représentant·es des deux listes ont passé la nuit à négocier.
« Nous sommes parvenus à un accord de gouvernance commun. Il n’y a plus qu’une seule liste de gauche à Toulouse qui s’appellera “Demain Toulouse, la gauche unie” », a annoncé François Piquemal lors de la conférence de presse. Selon cet accord de « gouvernance partagée », le candidat insoumis récupère la mairie, François Briançon la métropole.
La fusion se traduit également par « une répartition à la proportionnelle des scores des deux listes sur les délégations de la ville et de la métropole et sur un programme commun », a résumé le premier. Un programme « dans lequel les points qui faisaient obstacle ont été levés ou en tout cas des méthodologies ont été données pour les résoudre dans le débat démocratique métropolitain ».Le dossier de la ligne grande vitesse (LGV) en particulier est un point de clivage entre les deux listes, les socialistes y étant favorables, contrairement aux insoumis.
La liste finale devrait être un panachage des candidat·es issu·es des deux listes initiales, incluant notamment, en plus des insoumis et des socialistes, des écologistes, des communistes, des membres du NPA et de l’Assemblée des quartiers.« Attente massive »
Les deux têtes de liste ayant souhaité le demeurer, la première victime collatérale de cet accord de gouvernance mairie-métropole est la parité en tête d’affiche. Mais elle est ensuite respectée, y compris politiquement, avec Isabelle Hardy (Archipel, liste Briançon) en seconde position devant Briançon, puis Agathe Roby (LFI, liste Piquemal) quatrième. Et « on s’assurera qu’il y ait une répartition des adjointures paritaires », a promis François Piquemal. Ce petit hiatus pourra cependant difficilement être un angle d’attaque pour Jean-Luc Moudenc qui, dans la mandature sortante, cumule les fonctions de maire et de président de la métropole.
Interrogé pour savoir comment il se situait par rapport aux consignes du PS de refuser toute alliance avec LFI, réitérées ce matin par François Hollande sur France Inter, François Briançon a été très clair : « Pour moi, le rassemblement ne souffre aucune autre possibilité, quand on est de gauche, on rassemble la gauche. » Le désormais candidat à la métropole a assuré s’être « entretenu avec le premier secrétaire du Parti socialiste qui est au courant et qui [lui] a laissé toute la latitude pour pouvoir conclure cette union, c’est ce qu[’il a] fait ».
Les deux hommes ont insisté sur « l’attente massive dans le peuple toulousain pour qu[’ils] réussisse[nt] cette construction et qu’[ils] fasse[nt] vivre cet espoir jusqu’à la victoire », ainsi que l’a résumé François Piquemal.
Frédéric Borras, directeur de cabinet du maire de l’Union
Une éventuelle victoire qu’il faudra malgré tout construire. Certes, en cumulant leurs scores et en y ajoutant les presque 2 % de voix captées par les quatre candidats d’extrême gauche, les deux candidats sont autour de 55 points. Mais en frôlant les 38 % dès le premier tour, Jean-Luc Moudenc réalise un bon score et rappelle que la droite reste solide à Toulouse.
Il n’est cependant pas loin d’avoir fait le plein. Le candidat du RN Julien Leonardelli, qui a mené une campagne très médiocre, obtient à peine 5,38 % des voix. Même avec le score de 1,24 % du candidat Reconquête, l’extrême droite reste en dessous de 7 %.
« Jean-Luc Moudenc a asséché l’extrême droite en menant une campagne très à droite, observe Frédéric Borras, ex-coordinateur de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) de la Haute-Garonne en 2022, désormais directeur de cabinet du maire de l’Union, ville de la métropole toulousaine. Mais du coup, il n’a plus trop de réserves. Si la dynamique se crée autour de la liste d’union de la gauche, à l’image de ce qui s’est passé en 2024 avec le NFP, non seulement Moudenc peut être battu, mais sa défaite peut être cuisante. »
Dans cette configuration, le candidat de la droite toulousaine pourrait grappiller quelques voix de plus dans les rangs des formations de la liste Briançon les plus opposé·es à l’union avec LFI. Dès l’annonce de la fusion, des voix annonçant leur défection se sont fait entendre, notamment celles du conseiller régional socialiste Marc Sztulman et du Pardi radical de gauche (PRG, la formation de la famille Baylet, propriétaire de La Dépêche du Midi). Carole Delga reste aussi vent debout contre toute alliance avec LFI comme elle l’a encore récemment fait savoir. Tout comme Place publique de Raphaël Glucksmann, présent dans liste Gauche unie initiale et qui se tient sur les mêmes positions.
L’autre inconnue réside dans la mobilisation des abstentionnistes : presque 44 % des Toulousain·es inscrit·es sur les listes électorales ne se sont pas déplacé·es aux urnes dimanche. Les deux camps ont une semaine pour en convaincre le plus possible d’aller voter. « On n’a pas dormi mais on a bu beaucoup de café. On va se reposer quelques heures et on y retourne dès cet après-midi », a promis François Briançon, « avec enthousiasme », en fin de conférence de presse.
Emmanuel Riondé
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Billet de blog de Laurent Degousée :
Quelques leçons des Municipales
1) L’abstention, premier bloc électoral :
Certes, avec près de 58 %, la participation est majoritaire et meilleur que lors des précédents élections Municipales de 2020, marquées par le Covid, mais c’est une des plus basses de la 5ème République.
2) Le RN en voie de notabilisation :
Ses maires sortants ou apparentés sont réélus dès le premier tour (Béziers, Fréjus ou Perpignan).
3) LFI, attracteur ou diviseur ?
Face aux élus de droite sortants, ses candidats, le plus souvent députés, cartonnent (Argenteuil, Limoges, Roubaix ou Toulouse) et passent même devant le PS ; face à la gauche unie, iels accèdent peu ou prou au second tour (Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes et Paris) ce qui sert le dessein pour 2026 de son leader.
Dans le 93, LFI is the new PCF.
A Lille enfin, les écologistes sont les faiseurs de roi.
4) La situation de quelques personnalités :
A l’extrême droite, Ciotti est en passe de détrôner Estrosi qui rivalise pourtant avec lui dans la démagogie, Knafo se qualifie tout juste pour le second tour.
Les affaires de la droite n’empêche pas le retour de la droite aux affaires à Drakcy et à Grenoble et le fils Sarkozy va à nouveau pouvoir méditer sur le destin de Napoléon.
Au centre, Philippe est à nouveau dans la course présidentielle là où l’alliance PCF-LFI, qui ne peut plus se faire, aurait pesé.
A gauche, Roussel devient lui maire de Saint-Amand-les-Eaux, Glucksman confirme son rôle d’idiot utile et Castets deviendra maire du 12ème dimanche prochain.
A l’extrême gauche, la vraie, saluons le score de la liste de Révolution Permanente à Saint Avold, qui dépasse les 5 %, et Elsa Marcel serait élue conseillère municipale révolutionnaire à Saint-Denis.
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